Joseph Alcazar

Milieu offensif France 1927-1936 ; 1941-1942 Légende

L'homme

Sidi Bel Abbès, début du siècle. Joseph Alcazar naît dans l'Algérie française, dans une famille d'origine espagnole comme tant d'autres dans cette ville de garnison. La Méditerranée des deux rives, le soleil, le foot qui commence à prendre dans les cours d'école et sur les terrains vagues. Quand sa famille passe en métropole, c'est tout naturellement vers Marseille que le gamin est attiré. Le port, les accents qui se ressemblent, et un club qui monte : l'Olympique de Marseille, encore amateur, encore en construction, mais déjà puissant dans le sud.

Il a tout juste seize ans quand il pousse la porte de l'OM en 1927. Une époque où le football français n'est pas encore professionnel, où les joueurs sont employés à côté, où les stades sont en bois et les terrains parfois de cendrée. C'est dans ce monde-là, brut, que le jeune Joseph va se construire.

À l'OM

Neuf saisons d'affilée, de 1927 à 1936, puis un retour pendant la guerre en 1941-1942. Sur la durée seul, Alcazar fait partie du noyau dur d'une époque que les supporters d'aujourd'hui ne soupçonnent même pas.

Son poste : milieu offensif, inside-forward dans le vocabulaire de l'époque, capable de décrocher pour organiser comme de surgir dans la surface. Pas un buteur pur comme Emmanuel Aznar, pas un patron de la défense, mais ce profil rare de joueur qui sait tout faire et qui rend les autres meilleurs. Sur les pelouses des années 30, il joue aux côtés de Jean Boyer, autre figure tutélaire de cette période, et participe à la mue du club. L'OM passe progressivement de l'amateurisme rugueux au professionnalisme officialisé en 1932, et Alcazar fait le pont entre les deux mondes.

Le moment fort, c'est la Coupe de France 1935. Marseille soulève le trophée, le quatrième de son histoire, après ceux de 1924, 1926 et 1927. Alcazar est titulaire de cette équipe-là, gravée dans la mémoire du club comme l'une des grandes formations d'avant-guerre. Le Vélodrome n'existe pas encore (il sera inauguré en 1937), on joue au stade de l'Huveaune, devant un public déjà chaud, déjà passionné, déjà en train de bâtir cette ferveur si particulière qui traversera le siècle.

Joseph Alcazar, c'est aussi l'un des premiers Marseillais à porter le maillot bleu. Vingt-deux sélections en équipe de France, plusieurs buts, et une participation à la Coupe du monde 1934 en Italie. Le gamin de Sidi Bel Abbès devenu tricolore : ça ne paraît rien dit comme ça, mais à l'époque, l'équipe de France ouvre à peine ses portes aux clubs du sud, et ce sont les Parisiens et les Stéphanois qui dominent les sélections. Voir un joueur de l'OM convoqué et titularisé, c'était déjà un signal envoyé au reste du foot français.

Le palmarès

Vainqueur de la Coupe de France en 1935. Demi-finaliste de la même compétition à plusieurs reprises sur la décennie. Sélectionné en équipe de France, mondialiste 1934. Sur la page des grands buteurs marseillais, son nom n'est pas en haut de la liste, mais il fait partie de cette première génération qui a planté les graines.

Le championnat de France ? Lancé en 1932, il faudra attendre 1937 pour que l'OM décroche son premier titre, juste après le départ d'Alcazar. La cruauté des dates qu'on retrouvera souvent dans l'histoire du club.

Ce qu'on retient

Pionnier des grandes années marseillaises, il reste l'un des premiers noms forts de l'histoire de l'OM. Quand on liste les grandes légendes du club, tout le monde commence par Skoblar, Papin, Boli, Drogba. Personne ne remonte aussi loin. Et pourtant, sans des joueurs comme Joseph Alcazar, sans cette génération qui a fait tenir l'OM dans la cour des grands à une époque où tout aurait pu basculer autrement, il n'y a pas de tradition, pas d'identité, pas ce truc qu'on appelle "porter le maillot".

Alcazar, c'est le pont. Entre l'amateurisme d'avant et le pro qui démarre, entre le sud rugueux et le foot national, entre la rive sud de la Méditerranée et le Vieux-Port. Un joueur de transition, mais une transition qui dure neuf saisons et qui forge un club.

Après l'OM

Après son premier départ en 1936, Alcazar passe par d'autres clubs avant de revenir à l'OM le temps de la guerre, en 1941-1942, dans cette parenthèse étrange du football français sous l'Occupation, avec ses championnats de zone, ses équipes fédérales, ses joueurs qui jouent pour ne pas oublier.

Sa carrière professionnelle s'arrête peu après. Il reste à Marseille, dans la ville qui l'a adopté. Le nom d'Alcazar, lui, finit par s'effacer doucement de la mémoire des supporters, écrasé par les époques suivantes, par la vague des années 70 et 90 qui occupera tout l'espace. Reste, dans les archives et les vieux livres consacrés au club, ce visage en noir et blanc d'un gamin venu d'Algérie, devenu international, et qui a tracé l'un des tout premiers sillons du grand récit phocéen.