Emmanuel Aznar : l'avant-centre des trophées
L'homme
Algérie française, milieu des années 1910. Emmanuel Aznar grandit dans cette Méditerranée des deux rives où le football commence à mordre les terrains de cendrée et les cours d'école. Comme tant d'autres gamins d'Afrique du Nord à l'époque, il est happé par le ballon avant même d'avoir vraiment choisi. Quand la métropole l'appelle, c'est Marseille qui aimante. Le port, l'accent, les odeurs familières, et un club qui monte en puissance après deux décennies à se construire.
Il pose ses crampons à l'OM en 1936. Il a une vingtaine d'années, le profil net de l'avant-centre instinctif, le sens du but chevillé au pied. Le championnat de France professionnel n'a que quatre ans, l'OM vient de s'installer dans la cour des grands, et il arrive au moment exact où le club bascule.
À l'OM
Treize saisons d'un trait, de 1936 à 1949, puis un retour le temps d'une dernière pige en 1951-1952. La fidélité longue, presque inimaginable au regard des carrières modernes, dit à elle seule la place qu'il occupe dans l'histoire ancienne du club. Aznar n'est pas un joueur qu'on prête, pas un mercenaire de passage. C'est l'avant-centre maison, le finisseur qu'on retrouve à chaque feuille de match, le numéro neuf qui justifie sa présence par les buts qu'il enfile.
Sur le terrain, il évolue dans cette attaque marseillaise qui passe d'une génération à l'autre. À ses débuts, il croise encore les derniers feux de Jean Boyer, pionnier du club et premier grand scoreur olympien. Il joue surtout aux côtés de Joseph Alcazar, milieu offensif raffiné qui sait l'alimenter en bons ballons. L'OM dispute alors ses matchs au stade de l'Huveaune jusqu'à l'inauguration du Vélodrome en 1937, puis dans la nouvelle enceinte qui va accueillir toutes les grandes pages du club.
Au milieu, la guerre coupe le rythme du football français. Championnats de zone, équipes fédérales, joueurs qui s'accrochent à un sport pour tenir debout : Aznar traverse cette parenthèse trouble et reprend son poste dès que le pro reprend ses droits. Il va même prolonger jusqu'à la trentaine bien tassée, signe d'un avant-centre qui sait durer.
Le palmarès
Champion de France 1937. Le premier titre national de l'histoire de l'OM, gravé dans le marbre par cette équipe dont Aznar est l'un des hommes forts en attaque. Pour un club qui a longtemps couru après la reconnaissance hexagonale, c'est un événement.
Vainqueur de la Coupe de France 1938, face à Metz. Une finale qui reste dans les anthologies du club et où Aznar se distingue par sa capacité à conclure dans les grands rendez-vous. Le doublé Championnat-Coupe, à un an d'intervalle, scelle l'identité d'une génération conquérante. Plusieurs sélections en équipe de France viennent compléter le tableau, à une époque où les Bleus ouvrent doucement leurs portes au sud.
Ce qu'on retient
Avant-centre majeur de l'histoire ancienne du club, il figure parmi les grands scoreurs olympiens. La phrase, simple, dit l'essentiel. Quand on remonte le fil des grands buteurs marseillais, avant Skoblar, avant Papin, avant Drogba, on tombe sur cette poignée de noms qui ont planté les bornes : Boyer, Alcazar, et Aznar au milieu, en pivot de la première grande période dorée.
Sa fidélité raconte autre chose. Treize saisons d'un trait, plus une pige finale, dans un foot qui ne connaissait pas encore les transferts à coups de millions, c'est une forme de loyauté qui appartient au patrimoine du club. Aznar, c'est l'OM des premiers titres, l'OM qui apprend à gagner gros, l'OM qui s'installe dans la durée.
Après l'OM
Au début des années 1950, Aznar raccroche définitivement les crampons. La carrière a été longue, traversée par une guerre, et il quitte le foot pro à un âge où la plupart de ses cadets n'ont même pas commencé. Comme tant d'anciens de cette génération, il reste à Marseille, ville qui l'a adopté et où il restera lié à l'histoire du club.
Son nom, comme celui des autres pionniers de l'OM d'après-guerre, s'efface peu à peu derrière les fracas des décennies suivantes : la grande équipe des années 1970, l'ère Tapie, les Champions d'Europe 1993. Il reste pourtant inscrit, en lettres discrètes, dans la liste des légendes du club. Un avant-centre des trophées, à l'époque où l'OM commençait tout juste à en soulever.