Les plus grands buteurs de l'OM

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Des pionniers aux stars modernes, les buteurs qui ont fait trembler le Vélodrome. L'OM a toujours été un club d'attaquants. Pas par choix tactique, pas par idéologie de jeu, mais par ADN. Un club qui remplit 60 000 places ne peut pas se contenter du 0-0. Le public marseillais veut du but, du geste, du frisson. Et l'histoire du club lui a donné raison : les plus grands moments de l'OM portent presque tous la signature d'un finisseur.

Retracer la lignée des meilleurs buteurs de l'histoire de l'Olympique de Marseille, c'est traverser huit décennies de football, des terrains cabossés de l'après-guerre aux pelouses impeccables de la Ligue des Champions. Chaque époque a eu son homme providentiel devant le but. Certains sont restés longtemps, d'autres juste le temps de graver leur nom dans les mémoires. Tous ont partagé un point commun : le sens du but, cette capacité à se trouver au bon endroit quand le ballon brûle.

Gunnar Andersson, le patriarche (194 buts)

Tout commence par un Suédois. Gunnar Andersson débarque à Marseille en 1950 et va rester huit saisons, le temps d'empiler 194 buts et de s'installer au sommet d'un classement que personne n'a délogé depuis. Cent quatre-vingt-quatorze réalisations. Le chiffre donne le vertige, d'autant qu'il a été compilé à une époque où les saisons comptaient moins de matchs et où les terrains ressemblaient davantage à des champs labourés qu'à des surfaces de jeu.

Trois fois meilleur buteur du championnat de France (1952, 1954, 1958), Andersson a porté l'attaque marseillaise avec une constance qui confine à l'obsession. Attaquant complet, aussi à l'aise de la tête que du pied, il possédait un instinct de placement que les défenseurs de Division 1 n'arrivaient pas à contrer. Pendant huit ans, les supporters du Vélodrome ont eu la certitude que leur numéro 9 finirait par trouver la faille. Et il la trouvait.

Son record tient toujours. Plus de soixante-dix ans après, aucun joueur n'a réussi à inscrire autant de buts sous le maillot olympien. Ni Skoblar, ni Papin, ni personne. Andersson reste le meilleur buteur de l'histoire de l'OM, et ça dit quelque chose sur la dimension du bonhomme.

Josip Skoblar, le recordman absolu (122 buts)

Si Andersson détient le record du nombre total de buts, Josip Skoblar possède celui qui fait le plus tourner les têtes : 44 buts en une seule saison de championnat, en 1970-71. Quarante-quatre. Un chiffre qui n'a jamais été approché en Ligue 1, un demi-siècle plus tard. Le Croate (yougoslave à l'époque) ne se contentait pas de marquer, il écrasait la concurrence.

Soulier d'Or européen cette saison-là, Skoblar formait avec Roger Magnusson un tandem d'une complémentarité rare. Le Suédois centrait, le Yougoslave finissait. La mécanique était simple. La défendre, personne n'y arrivait. En six saisons à Marseille (1966-1975), Skoblar a inscrit 122 buts, avec une facilité déconcertante devant le but. Pied gauche dévastateur, placement de renard, sang-froid imperturbable face au gardien.

Ce qui distingue Skoblar dans l'histoire des buteurs marseillais, c'est la concentration de ses performances. Là où Andersson a construit son total sur la durée, Skoblar a connu des saisons d'une densité offensive inouïe. Ses meilleures années à l'OM tiennent du phénomène statistique, une anomalie que les livres d'histoire n'ont pas fini de commenter.

Jean-Pierre Papin, le génie (181 buts toutes compétitions)

On peut débattre des chiffres, des contextes, des époques. Mais si on demande à un supporter de l'OM de nommer LE buteur, la réponse est presque toujours la même : Jean-Pierre Papin. JPP n'a pas seulement marqué des buts. Il a inventé une façon d'en marquer. Les "papinades", ces frappes en demi-volée, de dos, le ballon qui part comme un missile dans la lucarne, n'appartenaient qu'à lui. Aucun attaquant, avant ou après, n'a reproduit ce geste avec la même régularité.

Cinq saisons au Vélodrome (1986-1992), cinq titres de meilleur buteur du championnat consécutifs, un Ballon d'Or en 1991. Papin a marqué 181 buts toutes compétitions confondues sous le maillot marseillais, un ratio qui ferait pâlir n'importe quel attaquant moderne. Mais les chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne racontent qu'une partie de l'histoire.

Papin au Vélodrome, c'était un spectacle à part entière. Le public se levait dès qu'il récupérait le ballon aux abords de la surface. Pas par espoir, par certitude. Le miracle était possible à chaque touche de balle, à chaque prise d'élan, à chaque armé de frappe. Le Vélodrome a vibré pour beaucoup de joueurs. Pour Papin, il entrait en transe. Quand il quitte l'OM pour le Milan AC à l'été 1992, Marseille perd son prodige, son gamin, son artiste. Le club continuera à gagner. Mais le football marseillais ne sera plus jamais tout à fait le même.

Mamadou Niang, le rescapé devenu patron (60 buts)

L'histoire de Mamadou Niang à l'OM commence mal. Prêté par Fenerbahçe en 2005, l'attaquant sénégalais ne convainc personne lors de ses premiers mois. Trop brouillon, pas assez régulier, loin du niveau espéré. Et puis quelque chose se débloque. Niang se met à marquer, d'abord par à-coups, puis avec une constance qui surprend tout le monde.

Entre 2005 et 2012, il inscrit 60 buts sous le maillot marseillais. Pas le total le plus spectaculaire de cette liste, mais des buts qui comptent. Des buts en Ligue des Champions, des buts dans les derbys, des buts qui maintiennent l'OM dans la course au titre. Niang n'avait pas la grâce de Papin ni l'efficacité mécanique de Skoblar. Il avait autre chose : la combativité, la présence physique, la capacité à exister dans les grands rendez-vous. Attaquant de devoir autant que de talent, il a incarné un OM de transition, entre les promesses du rachat par Dreyfus et les ambitions de l'ère Diouf, et il l'a fait avec une loyauté que le Vélodrome n'a pas oubliée.

Didier Drogba, l'éclair (32 buts en une saison)

Une seule saison. 2003-2004. Didier Drogba n'a passé qu'un an à l'OM, et c'est largement suffisant pour figurer dans n'importe quelle liste de grands buteurs marseillais. 32 buts toutes compétitions confondues, dont 19 en championnat et des performances européennes qui ont mis toute l'Angleterre en alerte. L'Ivoirien explose littéralement cette saison-là. Puissant, rapide, technique, capable de marquer de la tête comme du pied, de loin comme de près, en pivot comme en profondeur.

Sa demi-saison retour est un festival. Drogba porte l'OM jusqu'en finale de la Coupe UEFA, où Marseille s'incline face à Valence. Mais l'essentiel est ailleurs : en quelques mois, un attaquant quasiment inconnu du grand public est devenu l'un des avant-centres les plus convoités d'Europe. Chelsea met 38 millions d'euros sur la table. L'OM ne peut pas refuser.

Le passage de Drogba à Marseille pose une question fascinante : combien de buts aurait-il marqués s'il était resté trois ou quatre saisons ? Avec sa puissance et sa progression fulgurante, le record d'Andersson aurait vacillé. Mais Drogba est parti, comme tant d'autres avant lui. L'OM a gardé les souvenirs et les 38 millions d'euros. Les souvenirs valent probablement davantage.

Florian Thauvin, le buteur inattendu (86 buts)

Florian Thauvin n'était pas censé devenir un grand buteur. Ailier de formation, dribbleur compulsif, le gamin d'Orléans arrive à l'OM en 2013 avec l'étiquette d'un joueur de percussion, pas d'un finisseur. Les premières saisons confirment cette impression : des éclairs de génie, des dribbles spectaculaires, mais une irrégularité qui agace le Vélodrome autant qu'elle le séduit.

Et puis Thauvin mûrit. De retour d'un prêt raté à Newcastle, il revient transformé. Plus costaud, plus appliqué, plus décisif. La saison 2017-2018 le voit inscrire 26 buts toutes compétitions confondues, un total hallucinant pour un ailier. Son pied gauche devient une arme redoutable : frappes enroulées, coups francs, buts sur coups de pied arrêtés. En huit saisons cumulées à l'OM (en deux passages), il plante 86 buts et s'impose comme l'un des joueurs offensifs les plus prolifiques de l'ère moderne du club.

Thauvin divise les supporters. Certains lui reprochent son départ libre à Tigres, d'autres regrettent ses saisons tronquées par les blessures. Personne ne conteste ses chiffres. 86 buts pour un ailier, dans un OM qui n'a pas toujours brillé collectivement, ça force le respect.

Le fil rouge : Marseille, terre de buteurs

Ce qui frappe quand on aligne les noms d'Andersson, Skoblar, Papin, Niang, Drogba et Thauvin, c'est la diversité des profils. Un Suédois méthodique des années 50, un Yougoslave flamboyant des années 70, un Français génial des années 80, un Sénégalais besogneux des années 2000, un Ivoirien explosif de passage, un ailier reconverti en buteur. Aucun moule, aucun prototype. Le buteur marseillais n'a pas de fiche technique standard.

Ce qu'ils partagent, c'est autre chose. Une relation particulière avec le Vélodrome. Ce stade a toujours su porter ses attaquants, les transcender dans les grands soirs, leur pardonner les matchs sans quand ils livraient les soirs avec. Le buteur qui débarque à Marseille sait qu'il joue devant un public qui comprend le football dans ce qu'il a de plus viscéral : le but. Pas la possession, pas le pressing, pas les stats xG. Le but. Le filet qui tremble. Le cri qui monte des tribunes.

De 1950 à nos jours, l'OM n'a jamais cessé de produire ou d'attirer des buteurs d'exception. Le record d'Andersson tient toujours. La saison de Skoblar reste inégalée. Les papinades de JPP restent uniques. Et quelque part dans un centre de formation ou sur un terrain de quartier, le prochain grand buteur marseillais tape peut-être déjà dans un ballon sans savoir ce qui l'attend.