Dragan Stojković — Piksi, l'artiste yougoslave

Légende

L'homme

Dragan Stojković naît le 3 mars 1965 à Niš, dans le sud de la Serbie alors yougoslave. Le surnom "Piksi" lui colle à la peau dès l'enfance, emprunté à un personnage de dessin animé. Formé au Radnički Niš, il rejoint l'Étoile Rouge de Belgrade en 1986 et devient très vite le visage du football yougoslave. Meneur créatif, dribbleur racé, frappeur de balles arrêtées d'une précision rare, il guide la Yougoslavie en quart de finale du Mondial 1990 en Italie, où son doublé contre l'Espagne reste un morceau d'anthologie. Bernard Tapie en pince déjà. À l'été 1990, Piksi s'engage avec l'OM.

À l'OM

Stojković débarque dans un vestiaire pléthorique : Papin, Waddle, Mozer, Tigana, Enzo Francescoli la saison passée, bientôt Abedi Pelé. Sur le terrain, ses passes font tourner la tête. Hors du terrain, le sort s'acharne. Une grave blessure au genou contractée en sélection freine net son démarrage marseillais. La concurrence est féroce, le staff tâtonne. Prêté à Vérone en 1992-1993 pour retrouver du temps de jeu, il revient au Vélodrome sans jamais réussir à imposer sa pleine mesure sur la durée. Quatre saisons au club, des fulgurances, beaucoup de frustration.

Le palmarès

Champion de France 1991 et 1992 avec l'OM. Présent dans l'effectif lors de la conquête de la Ligue des champions 1993, sans entrer en jeu lors de la finale contre le Milan AC. Avec la Yougoslavie puis la Serbie-et-Monténégro, plus de 80 sélections, capitaine emblématique d'une génération dorée privée d'Euro 1992 par les sanctions internationales.

Ce qu'on retient

Le talent pur, brut, irrésistible quand il s'exprimait. Piksi avait dans le pied gauche une autorité que peu de meneurs ont eue à Marseille. On retient les amorties dos au but, les coups francs enroulés, ce don pour ralentir le tempo et soudain l'accélérer. Ses années marseillaises ont été tronquées par les pépins physiques, mais son talent pur nourrit encore le souvenir d'un OM rempli de joueurs d'exception. Aux côtés de Francescoli ou des stars sud-américaines passées par l'OM, il appartient à cette galerie des stars de passage qu'on n'a jamais vraiment vues à 100%.

Après l'OM

Stojković rebondit en 1994 au Japon, à Nagoya Grampus Eight. C'est là qu'il devient une légende totale. Champion, idole, son numéro 10 finira retiré par le club. Devenu sélectionneur de la Serbie en 2021, il qualifie son pays pour la Coupe du monde 2022. Marseille n'a peut-être pas vu le meilleur Piksi, mais la planète foot, elle, s'en souvient.