Les grands Sud-Américains passés par l'OM

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Un autre angle pour raconter le prestige international de l'Olympique de Marseille consiste à suivre la trace de ses grands joueurs venus d'ailleurs. Et parmi tous les ailleurs possibles, celui qui revient le plus souvent dans l'histoire phocéenne, c'est l'Amérique du Sud. Le club a recruté ses Brésiliens, ses Argentins, ses Uruguayens à toutes les époques, et plusieurs d'entre eux figurent aujourd'hui dans la galerie restreinte des joueurs qui ont vraiment compté.

Cette compatibilité entre le football sud-américain et le Vélodrome n'a rien d'accidentel. À Buenos Aires, à Rio, à Montevideo, on grandit dans des villes où le club se vit comme une affaire de famille, parfois de quartier, toujours de viscères. Quand les latinos atterrissent à Marseille, ils retrouvent une chose qu'ils connaissent déjà : un public qui ne pardonne pas la tiédeur, mais qui rend au centuple à ceux qui se donnent vraiment.

La filière brésilienne, du sacre 93 à la décennie 2020

L'épopée européenne de 1993 doit beaucoup à un défenseur central brésilien. Carlos Mozer arrive de Benfica en 1989 et installe pendant cinq saisons une autorité physique rare dans le championnat français. Le 26 mai 1993 à Munich, c'est lui qui verrouille la défense aux côtés de Basile Boli quand l'OM bat le Milan AC en finale de la Ligue des Champions. Mozer fait partie des Brésiliens qui n'ont jamais cherché à séduire par le folklore : il est arrivé pour défendre, et il l'a fait avec une rigueur qui aurait pu être germanique si la voix n'avait pas été aussi chantante.

Plus tard, c'est un autre Brésilien qui s'imposera sur la durée : Brandão. Solide, athlétique, attaquant de surface, il a porté le maillot de l'OM entre 2009 et 2012, dans cette période charnière où le club a renoué avec le titre de champion de France. Ses buts ne figurent pas tous dans les anthologies, mais il a longtemps été l'attaquant qui faisait le sale boulot avant que les autres ne brillent.

Plus près de nous, Gerson est venu rappeler ce que pouvait être un milieu de terrain brésilien dans la tradition de l'école de Flamengo. Recruté à coup de plusieurs millions, il a apporté une qualité technique et une vision rares en Ligue 1, sans toujours convaincre dans la durée. Luis Henrique, dans le couloir, a montré cette capacité brésilienne à dribbler en accélération que le Vélodrome aime tant. Tous n'ont pas laissé une trace décisive, mais le passage du Brésil à l'OM est une constante qui traverse les époques.

La griffe argentine : Heinze, Lucho et leur descendance

Aucun pays sud-américain n'a fourni autant de joueurs à l'OM que l'Argentine. La fiche dédiée aux joueurs argentins de l'OM en compte vingt-trois sur sept décennies, ce qui en dit long sur la régularité du lien.

Le couple le plus marquant reste celui formé par Gabriel Heinze et Lucho González, recrutés tous deux à l'été 2009 et architectes du titre de champion de France 2010, le premier du club depuis dix-huit ans. Heinze, défenseur formé à Newell's Old Boys, passé par Manchester United et le Real Madrid, apporte cette agressivité argentine qui ne se négocie pas. Lucho, El Comandante, recruté à Porto pour dix-huit millions d'euros, dépose dans le milieu de terrain marseillais une intelligence de jeu et une qualité de passe que les statistiques peinent à traduire. Ensemble, ils ont incarné ce que l'OM pouvait obtenir de meilleur quand il faisait confiance à des joueurs sud-américains aguerris.

Lucas Ocampos, débarqué en 2015 d'un Monaco où il s'était égaré, a fini par trouver à Marseille la dimension qu'on lui prêtait. Sa saison 2017-2018, ponctuée par une finale de Ligue Europa face à l'Atlético Madrid, reste l'illustration de ce que peut donner un ailier argentin quand il atterrit dans le bon système au bon moment.

D'autres ont suivi : Dario Benedetto en attaque, Leonardo Balerdi devenu capitaine et Argentin le plus capé de l'histoire du club, Geronimo Rulli dans les buts. L'Argentine n'envoie plus seulement des joueurs à l'OM, elle y entretient une présence presque continue.

La parenthèse uruguayenne et la famille du Río de la Plata

Au milieu de cette dominante brésilienne et argentine, l'Uruguay a fourni l'un des plus beaux passages individuels de l'histoire du club. Enzo Francescoli, surnommé El Príncipe pour son port de tête et la finesse de son toucher de balle, débarque à l'OM à l'été 1989 après avoir été élu meilleur joueur étranger du championnat de France à Racing Paris 1. Il ne reste qu'une saison sur la Canebière, mais elle se solde par un titre de champion de France et par des images qui resteront dans la mémoire collective. Son départ vers le Cagliari à l'été 1990 a longtemps été regretté par ceux qui avaient vu en lui le numéro 10 idéal pour l'aventure européenne qui se préparait.

L'Uruguay a fourni d'autres joueurs au club, plus discrets, mais Francescoli reste la signature, celle qui a installé l'idée qu'un Sud-Américain de classe pouvait jouer à Marseille pour gagner des trophées plutôt que pour finir une carrière.

Une affinité durable

Ce qui frappe en parcourant cette histoire, c'est la régularité du recrutement sud-américain au club, sur sept décennies. L'OM n'a jamais eu de "politique sud-américaine" affichée comme certains clubs italiens ou espagnols ont pu en avoir. Mais au moment de chercher un défenseur central qui ne se laisserait pas marcher dessus, un milieu capable de tenir la pression du Vélodrome, un attaquant qui n'aurait pas peur des soirs de doute, le club est revenu, encore et encore, vers des joueurs formés à Buenos Aires, Rio, Montevideo ou Porto Alegre.

Cette fidélité dit quelque chose de plus profond qu'un simple marché. À Marseille comme dans les grandes villes du Río de la Plata, le football n'est pas un loisir : c'est une question d'identité. Les joueurs qui comprennent cela en arrivant gagnent le public en quelques semaines. Ceux qui ne le comprennent pas n'ont jamais vraiment existé sur la Canebière, quel que soit leur talent. La liste des Sud-Américains qui ont laissé une trace durable à l'OM est, en ce sens, une liste de joueurs qui avaient déjà compris Marseille avant même d'y poser les pieds.