Mario Zatelli : l'attaquant des deux époques
L'homme
Bône, Algérie française, début des années 1910. Mario Zatelli grandit dans cette colonie méditerranéenne où l'on joue au football sur des terrains de poussière, fils d'une mosaïque d'immigrés italiens, espagnols, maltais. Comme beaucoup de gamins du sud, il forge son jeu loin du regard des recruteurs métropolitains, à l'instinct, dans des clubs locaux où le ballon roule au ras des cailloux. L'attaquant qui débarque à Marseille au milieu des années 1930 a déjà cette technique rugueuse, ce sens de l'opportunité qui le distinguera longtemps.
Il pose ses crampons à l'OM en 1935. Le championnat professionnel français n'a que quatre ans, et l'Olympique de Marseille s'apprête à basculer dans sa première grande période dorée.
À l'OM
Trois saisons pleines, de 1935 à 1938. Zatelli s'installe dans l'attaque marseillaise qui domine la scène française à la fin des années trente. Il joue aux côtés d'Emmanuel Aznar, avant-centre des trophées, dans une équipe qui grave son nom au palmarès national. Le Vélodrome est inauguré en 1937 et Zatelli y plante ses buts dans la jeune enceinte qui n'a pas encore vu défiler les grands soirs européens.
Puis la guerre. Le championnat éclate, les joueurs se dispersent. Quand le football professionnel reprend ses droits, Zatelli revient au club en 1943. Cinq nouvelles saisons jusqu'en 1948, à un âge où la plupart raccrochent déjà. La fidélité longue, presque inimaginable au regard des carrières modernes, dit la place qu'il occupe dans l'histoire ancienne du club.
Le palmarès
Champion de France 1937, premier titre national de l'histoire de l'OM. Vainqueur de la Coupe de France 1938 face à Metz, doublé à un an d'intervalle qui scelle l'identité d'une génération conquérante. Quelques sélections en équipe de France complètent le tableau, à une époque où les Bleus s'ouvraient lentement aux joueurs du sud.
Ce qu'on retient
Quand on remonte le fil de l'OM d'avant-guerre, avant les grandes équipes des années 1970, avant Tapie, avant 93, on tombe sur cette poignée de noms qui ont planté les bornes. Aznar, Roger Scotti, Zatelli. Attaquant historique, il a laissé une trace profonde dans l'OM de l'avant et de l'après-guerre. Le pont vivant entre deux époques, celui qui a vu le club gagner ses premiers gros titres puis s'est accroché à son maillot après la parenthèse trouble du conflit.
Après l'OM
Zatelli raccroche en 1948 et rejoint progressivement les bancs. Il reviendra plusieurs fois entraîner l'OM dans les décennies suivantes, fidélité rare qui le rattache à l'histoire profonde du club. Son nom, comme celui des pionniers de l'OM d'après-guerre, figure dans la liste discrète mais essentielle des légendes olympiennes.