Lucho González

Milieu de terrain Argentine 2009-2012 Légende
8 Numéro
90 Matchs OM
1981-01-19 Naissance

L'homme

Luciano Fabián González naît le 19 janvier 1981 à Tucumán, dans le nord-ouest de l'Argentine. Tucumán, ce n'est pas Buenos Aires. Pas de lumières, pas de vitrines. On y grandit avec le foot comme seule échappatoire, et Lucho n'a pas raté la sienne. Formé à Huracán puis passé par le River Plate des grandes heures, il s'impose vite comme un milieu de terrain complet, capable de dicter le tempo d'un match sans jamais hausser le ton.

C'est Porto qui le révèle à l'Europe. Recruté en 2005 par le club portugais, González y passe quatre saisons pleines, remporte trois championnats du Portugal consécutifs, une Coupe du Portugal et une Supercoupe. Au Estádio do Dragão, il est le patron du milieu, celui qui oriente le jeu, qui trouve la passe entre les lignes, qui décroche pour relancer quand les autres s'agitent. Son intelligence de jeu impressionne. Ce n'est pas un joueur de highlights, pas un type qui va dribbler trois adversaires et marquer en retourné. C'est un joueur qui fait jouer les autres, qui rend tout le monde meilleur autour de lui. Le genre de profil que les entraîneurs adorent et que les observateurs occasionnels sous-estiment.

À 28 ans, quand Didier Deschamps cherche à muscler l'entrejeu marseillais pour monter un effectif capable d'aller chercher le titre, le profil de Lucho coche toutes les cases.

À l'OM

L'été 2009, l'OM recrute González pour environ 18 millions d'euros. Le prix fait jaser, comme toujours à Marseille. Mais Deschamps sait exactement ce qu'il achète : un métronome, un joueur qui va structurer le milieu de terrain et donner une colonne vertébrale à son 4-3-3.

Dès les premiers matchs, le constat s'impose. Lucho ne court pas partout, il n'a pas besoin de courir partout. Il lit le jeu deux temps d'avance, se positionne dans les intervalles, oriente la circulation du ballon avec une propreté technique qui tranche avec la Ligue 1 de l'époque, encore assez physique et verticale. Ses passes entre les lignes trouvent Mamadou Niang dans la profondeur, ses décrochages permettent aux latéraux de monter, ses frappes de loin (pied droit soyeux, souvent enroulé) gardent les défenses adverses sur le qui-vive.

L'axe argentin qu'il forme avec Gabriel Heinze fonctionne comme un câble d'acier au milieu du vestiaire. Les deux se connaissent par la sélection, partagent la même exigence, la même façon de refuser la défaite. Mais là où Heinze est le guerrier, le taulier défensif, Lucho est l'architecte. Celui qui pose les plans, qui distribue, qui temporise quand il faut temporiser et accélère quand il faut accélérer.

Sa première saison, la fameuse saison 2009-2010, est celle du titre. González dispute plus de quarante matchs toutes compétitions confondues. Son empreinte sur le jeu est partout : dans la maîtrise des matchs au Vélodrome, dans la gestion des temps forts et des temps faibles, dans ces rencontres serrées de milieu de tableau où un milieu de terrain intelligent fait toute la différence entre trois points et un nul frustrant. Il marque quelques buts (dont des frappes placées qui rappellent ses meilleures heures à Porto), délivre des passes décisives, mais surtout il donne au jeu de l'OM une cohérence que le club n'avait plus connue depuis longtemps.

Les deux saisons suivantes sont plus contrastées. Des blessures le freinent, le niveau collectif fluctue, l'OM ne parvient pas à confirmer le titre. González reste un titulaire important quand il est disponible, mais la machine s'enraye. Le public du Vélodrome, qui avait adopté l'Argentin comme l'un des siens, sent que le cycle touche à sa fin.

Le palmarès

Le 15 mai 2010, l'OM est champion de France pour la première fois depuis 1992. Dix-huit ans d'attente, de faux espoirs, de saisons prometteuses qui finissent en eau de boudin. Et au coeur de ce titre, González. Le milieu de terrain a aussi contribué à la Coupe de la Ligue remportée la même année face à Bordeaux, complétant un doublé historique.

En trois saisons marseillaises (2009-2012), Lucho totalise environ 90 matchs toutes compétitions confondues et une dizaine de buts. Des chiffres honorables, mais qui ne racontent qu'une partie de l'histoire. Son apport ne se mesure pas en statistiques brutes. Il se mesure dans les lignes de passes réussies, dans le taux de possession, dans la sérénité que procure un milieu de terrain capable de garder le ballon sous pression.

Avec l'Argentine, González a porté le maillot albiceleste à plus de 40 reprises, participant à la Copa América et aux éliminatoires de Coupe du monde. Un international régulier, sans être une star absolue de la sélection, ce qui correspond bien à son profil : décisif sans être tape-à-l'oeil.

Ce qu'on retient

Élégant et intelligent dans le jeu, il fut l'un des grands artisans du titre de 2010. Cette phrase résume Lucho González mieux que n'importe quelle analyse tactique de trois pages. Il y a des joueurs qu'on retient pour un geste, un but, un moment de folie. González, on le retient pour une impression générale : celle d'un type qui avait toujours le bon geste, au bon moment, sans jamais en faire des tonnes.

Le cerveau du titre 2010, c'est lui. Pas le buteur, pas le défenseur héroïque, pas le gardien miraculé. Le cerveau. Celui qui pense le jeu pour les autres, qui transforme un groupe de bons joueurs en équipe championne. Deschamps a posé le cadre tactique, Heinze a apporté la hargne, Niang a mis les buts. Mais la fluidité, la circulation, le liant entre les lignes, c'était González.

Parmi les Argentins passés par l'OM, Lucho occupe une place singulière. Ni le plus flamboyant, ni le plus médiatique, mais peut-être le plus complet. Un joueur qui a compris Marseille (la ville, le club, la pression, les attentes) et qui a répondu avec la seule chose qui compte ici : des résultats et du caractère.

Les supporters qui étaient au Vélodrome cette saison-là se souviennent de ses contrôles orientés qui éliminaient deux adversaires sans effort apparent, de ses transversales millimétrées qui renversaient le jeu en un ballon, de cette façon de ralentir le tempo pour mieux accélérer ensuite. Du football intelligent, du football de connaisseur. Le genre de joueur dont tu mesures l'importance surtout quand il n'est pas là.

Après l'OM

González quitte Marseille en janvier 2012 pour retourner à Porto, le club qui l'avait lancé en Europe. Il y passe deux saisons supplémentaires, remporte encore un championnat du Portugal, confirmant qu'il reste un joueur de haut niveau malgré la trentaine passée.

La suite de sa carrière le ramène en Amérique du Sud. Il passe par l'Atlético Paranaense au Brésil, puis par l'Atlético Mineiro, avant de rentrer en Argentine pour finir chez lui. Les dernières années sont celles d'un joueur qui ralentit mais ne perd jamais sa qualité de passe ni sa lecture du jeu. González raccroche les crampons en 2021, à 40 ans, après une dernière pige à l'Athletico Paranaense. Quarante ans sur un terrain, c'est la preuve que l'intelligence compense tout le reste quand les jambes commencent à lâcher.

Son héritage à Marseille tient en une saison, celle de 2009-2010, et en un rôle : le milieu de terrain qui a fait de l'OM de Deschamps une équipe capable de tenir le ballon, de maîtriser les matchs, de gagner un championnat avec la tête autant qu'avec les jambes. Pour les joueurs cultes du club, c'est une place de choix. Pas la plus visible, pas la plus spectaculaire, mais une de celles qui comptent vraiment quand on regarde l'histoire du club avec honnêteté.