Les joueurs argentins de l'OM

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Vingt-trois joueurs argentins ont porté le maillot de l'Olympique de Marseille. Ce chiffre en dit long sur une relation qui dépasse le simple recrutement sportif. L'Argentine forme le deuxième plus gros contingent de l'histoire du club derrière le Brésil, à égalité avec le Sénégal. Gardiens, défenseurs, milieux, attaquants, entraîneurs : les représentants de l'Albiceleste au Vélodrome couvrent toutes les positions et sept décennies de football. Certains n'ont laissé que des traces légères, quelques matchs dans un registre de doublure. D'autres ont construit quelque chose de durable, qui reste dans la mémoire du club longtemps après leur départ.

Ce que ces joueurs ont en commun, au-delà de la nationalité, c'est une façon de vivre le football qui trouve un écho naturel à Marseille. L'Argentine fabrique des joueurs qui comprennent instinctivement ce qu'est une ville de passion : la pression, l'exigence, l'impossibilité de la demi-mesure. À Buenos Aires comme à Marseille, on ne peut pas être neutre avec son club. On aime ou on déteste, mais on ne reste jamais indifférent. Cette lecture émotionnelle du football, les Argentins qui ont débarqué à l'OM l'avaient déjà en bagage.

Les pionniers des années 70

Avant que l'Argentine ne devienne une source régulière de recrutement pour l'OM, trois joueurs venus du Río de la Plata ont ouvert la voie dans les années 70. Ils arrivent dans un football français encore fermé sur lui-même, découvrent des conditions d'entraînement rudimentaires et un championnat loin de ce qu'ils connaissent. Ils laissent pourtant une empreinte.

Raoul Noguès débarque de Lille en 1974 et passe trois saisons au Vieux-Port. Rapide, percutant, reconnaissable à sa longue tignasse, il contribue à la deuxième place de l'OM derrière Saint-Étienne au printemps 1975. L'année suivante, il ouvre le score en finale de la Coupe de France contre Lyon (2-0) et soulève le seul trophée de son aventure marseillaise. Il quitte le club en 1977 pour Monaco, où il sera champion dès sa première saison.

À ses côtés arrive Hector Yazalde, Soulier d'Or 1975 avec le Sporting Portugal après avoir planté 46 buts en 30 matchs de championnat portugais, un record qui restera intact jusqu'à la saison à 50 buts de Lionel Messi en 2012. Quand l'OM le recrute à l'été 1975, le club fait un coup retentissant. Le bilan est contrasté : 19 buts lors de sa première saison, dont celui de la finale de Coupe de France, mais une deuxième année beaucoup plus discrète avant un retour en Argentine. Yazalde est décédé en 1997 à 51 ans.

Norberto Alonso, lui, arrive à l'OM à l'été 1976 avec le statut de meneur de jeu de River Plate et d'international argentin. L'adaptation tourne court. Le milieu offensif, surpris de jouer avec des crampons en plastique après les terrains argentins, souffre d'ampoules dès son premier match. Une saison morose (12e place au classement), 20 matchs, 4 buts, et il repart à River dès la fin de l'exercice. Anecdotique à l'OM, sa carrière aura une tout autre dimension : champion du monde en 1978, plus de 500 matchs et 149 buts avec River Plate, dont il reste l'une des plus grandes légendes.

La génération du titre 2010

Si une époque cristallise le mieux la relation entre l'OM et l'Argentine, c'est bien celle du titre de champion de France 2010. Deux joueurs argentins en sont des piliers essentiels, recrutés la même année, construits pour un même objectif.

Gabriel Heinze arrive de Real Madrid à l'été 2009. À 31 ans, défenseur formé à Newell's Old Boys, passé par Manchester United puis le Real, il entre dans l'histoire par une porte particulière : avant d'être Marseillais, il avait été Parisien, trois saisons au PSG entre 2001 et 2004 où il avait conservé une grosse cote de popularité. Son arrivée à l'OM suscite donc un enthousiasme à Marseille qui se double d'amertume de l'autre côté. Tantôt défenseur central, tantôt latéral gauche selon les besoins de Didier Deschamps, Heinze marque lors de son premier Classique en novembre 2009. Au terme de cette saison, il est champion de France, le premier titre du club depuis dix-huit ans. Soixante-treize sélections avec l'Albiceleste, une présence physique et une autorité naturelle dans le vestiaire : Heinze apporte à l'OM la colonne vertébrale défensive qui lui manquait. Il reste une saison de plus (2e de L1 en 2010-2011) avant de partir à l'AS Rome.

À ses côtés dans ce groupe titre, Lucho González tient un registre différent. Recruté contre dix-huit millions d'euros, record du club à l'époque, le milieu de terrain de Porto arrive avec 43 sélections en Argentine et une réputation de chef d'orchestre. Ses débuts sont compliqués : une fracture de la clavicule en avant-saison repousse son intégration. Mais quand "El Comandante" trouve son rythme, le Vélodrome comprend vite pourquoi Deschamps l'a voulu. Sa première saison complète se solde par le titre, avec 8 buts et 16 passes toutes compétitions confondues, meilleur passeur de Ligue 1. Sa façon de ralentir ou accélérer le tempo, sa première touche parfaite, sa vision du jeu : autant de qualités qui ne se lisent pas dans les statistiques mais qui se ressentent à chaque match. Lucho González reste deux ans et demi à Marseille avant de retourner à Porto en janvier 2012. Son passage reste l'un des plus marquants de l'histoire du club.

L'entre-deux : les passages solides et les occasions manquées

Entre les pionniers des années 70 et la génération 2010, plusieurs Argentins ont porté le maillot de l'OM avec des fortunes diverses.

Lucas Bernardi arrive en janvier 2001 dans un contexte de crise. L'OM traverse une saison chaotique, Bernard Tapie revient aux affaires en urgence et recrute ce milieu défensif de 24 ans en provenance de Newell's Old Boys. En huit matchs, Bernardi s'impose immédiatement comme un élément clé du maintien arraché à la dernière journée. Le club, en manque de liquidités, ne peut pas le conserver et le vend à Monaco. En sept ans dans la Principauté, il deviendra un pilier, jouant la finale de Ligue des Champions 2004 et devenant international argentin. L'OM l'avait sauvé, puis laissé partir : un classique.

Renato Civelli débarque de Banfield en janvier 2006. Il passe trois saisons à l'OM en pointillés, alternant titularisations et passages en prêt à Gimnasia La Plata pour s'aguerrir. Soixante-trois matchs étalés sur trois ans, avant de rejoindre Nice à l'été 2009. Pas le profil qui fait les unes, mais un joueur sérieux dans un club en reconstruction.

Lucas Ocampos, lui, rejoint l'OM en janvier 2015, à 21 ans, en perdition à Monaco. Sa trajectoire marseillaise est tout sauf linéaire : d'abord prêté, engagé définitivement, puis prêté à son tour au Genoa puis à Milan en 2016-2017, faute de place et de régularité. Le tournant vient avec le retour de Rudi Garcia et le système en 4-2-3-1 qui lui convient parfaitement. Titulaire sur le côté gauche, infatigable, il inscrit 16 buts en 2017-2018 et participe à toute l'épopée de la Ligue Europa, finale comprise face à l'Atletico Madrid. Il part au Séville FC l'été suivant. Ocampos est l'exemple de ce que peut donner un joueur argentin à Marseille quand il trouve enfin la bonne case dans un bon système.

Dario Benedetto (71 matchs entre 2019 et 2022) et Joaquin Correa (19 matchs en 2023-2024) complètent cette galerie des passages notables mais incomplets, des attaquants qui ont entretenu la tradition sans jamais pleinement s'y installer.

La génération actuelle

La présence argentine à l'OM n'a jamais été aussi dense qu'à partir des années 2020, avec trois joueurs installés durablement dans l'effectif.

Leonardo Balerdi arrive prêté par le Borussia Dortmund en 2020 à 21 ans. Ses débuts sont difficiles, ses premières saisons irrégulières. Son option d'achat est tout de même levée, preuve que le club croit en son potentiel. Le tournant vient sous Igor Tudor, en 2022-2023 : Balerdi devient enfin un titulaire indiscutable en défense centrale. Saison après saison, il construit son statut de cadre. En 2024, le brassard de capitaine lui est confié. Argentin le plus capé de l'histoire de l'OM avec plus de 164 matchs, deuxième joueur le plus ancien de l'effectif derrière Valentin Rongier, il incarne la continuité dans un club qui en manque souvent. Son parcours illustre ce qu'un club peut accomplir avec un jeune joueur sud-américain quand il lui accorde du temps.

Geronimo Rulli arrive à l'été 2024 en provenance d'Ajax Amsterdam. Champion du monde 2022 avec l'Argentine, passé par Montpellier, la Real Sociedad, Villarreal et les Pays-Bas, il apporte une expérience européenne solide au poste de gardien. Ses qualités au pied correspondent aux exigences du football moderne, et sa première saison le voit tenir son rang dans une équipe pas toujours bien protégée devant lui.

Facundo Medina, défenseur central de 26 ans prêté par le RC Lens à l'été 2025, devient le 23e joueur argentin de l'histoire du club. Formé à River Plate, révélé à Talleres de Córdoba avant de s'imposer en Ligue 1 avec les Sang et Or pendant cinq saisons, il arrive avec le profil du défenseur solide et expérimenté dans le championnat français.

Le banc argentin : Bielsa et Sampaoli

On ne peut pas évoquer les Argentins de l'OM sans mentionner ceux qui ont occupé le banc. L'apport argentin au club ne s'est pas limité aux joueurs.

Marcelo Bielsa prend en charge l'OM en 2014 pour une saison unique en son genre. "El Loco" installe un système hybride, sorte de 3-3-3-1 que peu d'équipes de Ligue 1 arrivent à lire. Le résultat final (4e de Ligue 1) est en dessous des espérances, mais la première partie de saison, la deuxième attaque du championnat avec 76 buts inscrits, les victoires fleuve et le style de jeu emballant ont laissé une empreinte indélébile. Sa glacière au bord du terrain, ses conférences de presse fleuve, sa philosophie du jeu : Bielsa a marqué le club d'une façon que les résultats seuls ne sauraient expliquer. Il démissionne dès la première journée de la saison suivante, après une défaite contre Caen, fidèle à lui-même jusqu'au bout.

Jorge Sampaoli arrive en mars 2021, avec un style différent et une ambition plus pragmatique. Moins éclatant dans le jeu, l'ancien sélectionneur de l'Albiceleste parvient à qualifier l'OM en Ligue des Champions grâce à une deuxième place en 2021-2022, et conduit le club jusqu'en demi-finales de Ligue Conférence cette même saison. Il quitte le club à l'été 2022.

Une affaire de culture

Ce qui frappe, en dressant ce panorama de sept décennies, c'est que les meilleurs passages argentins à l'OM ont rarement été liés au talent seul. Yazalde avait le talent, et son séjour reste en demi-teinte. Alonso aussi, et il n'a passé qu'une saison. Ce qui a fait la différence, c'est la capacité à s'intégrer dans un collectif et à répondre à l'exigence particulière du Vélodrome.

Heinze avait cette agressivité et cette présence qui transcendaient les matchs importants. González avait cette intelligence de jeu capable de faire gagner une équipe sur une passe au moment où personne d'autre ne la voyait. Balerdi a mis du temps, mais il a compris que Marseille n'attendait pas seulement du talent : le club attendait de l'engagement. Ocampos a mis du temps lui aussi, avant de devenir un des joueurs les plus importants de sa génération dans ce maillot.

L'Argentine envoie à Marseille des joueurs formés dans des championnats où la pression est totale et la tolérance pour la médiocrité, nulle. Cette compatibilité de cultures explique, mieux que n'importe quelle politique de recrutement, pourquoi cette relation dure depuis cinquante ans.