Klaus Allofs

Attaquant Allemagne 1987-1989 Légende
1956-12-05 Naissance

L'homme

Klaus Allofs naît le 5 décembre 1956 à Düsseldorf, dans cette Allemagne de l'Ouest qui sortait à peine de la reconstruction et qui se donnait des airs de pays sérieux. Lui, dès l'adolescence, choisit le ballon plutôt que les rangs propres. Il commence au Fortuna Düsseldorf, le club de son quartier, avec son frère Thomas qui jouera aussi en pro. Une histoire de famille, une histoire de Ruhr, une histoire de bosseurs.

Quand il arrive à Marseille, il a déjà tout vu ou presque. Meilleur buteur de l'Euro 1980 avec trois buts contre les Pays-Bas en match de poule (l'Allemagne finit championne d'Europe), finaliste de la Coupe du monde 1986 face à l'Argentine de Maradona, 56 sélections en Mannschaft, six saisons à brûler les défenses du 1. FC Köln. Un palmarès qui aurait suffi à beaucoup pour vivre tranquillement. Sauf que Bernard Tapie n'aime pas les joueurs tranquilles.

À l'OM

Été 1987. Tapie a repris l'OM depuis un an, le club sort de saisons à oublier, et le patron veut frapper fort. Il fait venir Allofs de Cologne. À 30 ans, l'Allemand débarque avec sa réputation de buteur clinique et une réputation de pro irréprochable. Sur la Canebière, on regarde ça d'un œil curieux. Un attaquant allemand à l'OM, ça ne s'était jamais vu. Et puis il y a déjà ce gamin qui s'appelle Papin et qui commence à faire parler de lui.

La première saison, 1987-1988, est celle de la reconstruction. L'OM termine sixième en Division 1, loin du compte mais avec des promesses. Allofs s'adapte au championnat français, il marque, il fait marquer, il sert d'appui à un Papin encore en train de devenir Papin. Le duo prend forme dans la difficulté, sous la houlette de Gérard Banide puis de Gérard Gili. Le travail paie.

1988-1989, c'est l'année du basculement. Gili a structuré l'équipe, Cantona arrive de l'AJ Auxerre, Abedi Pelé apporte sa magie ghanéenne, et devant, Allofs et Papin se complètent à merveille. L'un est l'éclair, l'autre est l'intelligence qui pose les conditions de l'éclair. Allofs joue dos au but, décroche, remise, occupe le défenseur central pour que JPP puisse plonger dans le dos. Le championnat tombe au mois de mai, le premier d'une longue série. Quelques semaines plus tard, l'OM soulève la Coupe de France contre Monaco au Parc des Princes. Le doublé. La page qui se tourne pour de bon.

Allofs aura disputé une cinquantaine de matchs sous le maillot blanc, planté autour de vingt buts toutes compétitions confondues. Pas les chiffres délirants qui font les statues, mais l'apport décisif d'un joueur de complément intelligent dans le moment précis où le club avait besoin d'un cadre allemand pour stabiliser un vestiaire en pleine ébullition.

Le palmarès

Champion de France 1989. Vainqueur de la Coupe de France 1989. Le doublé, dès la deuxième saison phocéenne. Pour un gars passé deux ans à l'OM, c'est un retour sur investissement qui ferait pâlir bien des carrières plus longues.

À titre individuel, son passage marseillais s'inscrit dans une trajectoire déjà ornée : champion d'Europe des nations 1980, vice-champion du monde 1986, vainqueur de la Coupe d'Allemagne 1983 avec Cologne, meilleur buteur du championnat allemand 1985. Le genre de CV qu'on lit deux fois.

Ce qu'on retient

On retient un buteur du renouveau, exactement comme l'angle l'annonce. Allofs n'est pas le joueur qui fait lever le Vélodrome sur une frappe enroulée des trente mètres, ce n'est pas Papin et il ne prétend pas l'être. Il est l'autre, celui qui rend possible. Le mec qui prend les coups dans le dos, qui retombe propre, qui remet de la tête au point de penalty pendant que son partenaire termine. Sans Allofs, le doublé 1989 ne se serait peut-être pas fait. Sans ce doublé, l'OM n'aurait pas eu la dynamique qui allait porter le club jusqu'à Munich quatre ans plus tard.

On retient aussi un caractère. Allofs ne fait pas de bruit, ne se plaint pas, ne réclame rien. Il bosse. Dans un vestiaire où les egos prennent vite des proportions méditerranéennes, ce calme nordique faisait du bien. Tapie l'aimait pour ça. Les coéquipiers aussi.

Grand buteur allemand, il a contribué au retour de l'OM au sommet à la fin des années 1980. La phrase est simple, elle dit l'essentiel, et elle suffit à inscrire son nom dans la liste des grands buteurs qui ont marqué le club. Aux côtés de Jean-Pierre Papin puis, plus tard, de Rudi Völler, Allofs ouvre la voie d'une lignée de joueurs allemands à l'OM. Un fil germanique qui traversera toute l'ère Tapie.

Après l'OM

Été 1989. Allofs quitte Marseille pour Bordeaux où il passe une saison discrète. Puis il rentre à la maison, au Werder Brême, où il termine sa carrière en 1993 avec un titre de champion d'Allemagne 1993 et une Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe 1992 dans la besace. Le mec a vraiment tout gagné ou presque, à part la Ligue des champions qu'il aura ratée de peu à chaque étape.

La reconversion est exemplaire. Directeur sportif au Werder de 1999 à 2012, il en fait l'un des clubs les mieux gérés d'Europe, double champion d'Allemagne 2004, finaliste de la Coupe UEFA 2009. Puis Wolfsburg, puis le retour au Werder en 2023 comme directeur sportif. Le foot allemand le respecte comme peu d'autres : un homme de coulisses, méthodique, fidèle à une certaine idée du jeu.

À Marseille, on l'a un peu oublié, parce qu'il est passé entre Papin et la décennie folle qui allait suivre. Mais ceux qui étaient au stade en mai 1989, quand l'OM redevenait l'OM, savent. Allofs en était. Et ce qu'il a laissé pèse plus lourd que les chiffres ne le disent.