Jordan Ayew, le minot dans l'ombre du grand frère

Légende

L'homme

Jordan Pierre Ayew naît le 11 septembre 1991 à Marseille. Pas à Accra, pas à Lyon, pas à Seclin comme son grand frère. À Marseille. Le détail compte, parce que toute la trajectoire du petit Ayew va se jouer là, entre les terrains du sud de la France et l'héritage ghanéen qui pèse sur ses épaules.

Le père, c'est Abedi Pelé, triple Ballon d'Or africain, monument du football marseillais des années 1990. Le grand frère, c'est André Ayew, déjà installé dans l'effectif pro quand Jordan pousse la porte du centre de formation. Autant dire que le gamin grandit avec une étiquette collée au front : fils de, frère de. Lourd à porter pour un adolescent qui veut juste taper dans le ballon.

Sauf que Jordan a un truc à lui. Plus puissant, plus tranchant que son aîné, moins éclatant techniquement mais une vraie présence dans la surface. Un buteur dans l'âme, formé à la dure dans les catégories jeunes de l'OM, où il enquille les buts en CFA avant même d'avoir le permis.

À l'OM

Sa première feuille de match en pro tombe le 28 octobre 2009, à 18 ans, face à Grenoble en Coupe de la Ligue. Quelques minutes en fin de match, le temps de toucher quelques ballons et de comprendre que la marche est haute. La saison du titre 2009-2010 le voit gratter du temps de jeu par bribes, sous Didier Deschamps. Trop jeune pour peser sur la course au championnat, mais déjà dans le groupe pro à 19 ans, dans un vestiaire qui compte Lucho González, Mamadou Niang, Souleymane Diawara, son frère André.

Les saisons suivantes ressemblent à un parcours d'apprentissage. Quelques apparitions en Ligue 1, des prêts pour aller chercher du temps de jeu : Arles-Avignon en 2011-2012, puis Lorient en 2012-2013. À chaque retour à Marseille, Jordan tente de griller les étapes, mais la concurrence est rude. Devant lui, il y a André-Pierre Gignac, Loïc Rémy, Brandão. Difficile de se faire une place quand on n'a pas encore le coffre des cadres.

Son style colle pourtant bien à l'idée qu'on se fait d'un attaquant marseillais. Du combat dans le dos des défenseurs, des appels en profondeur, une frappe sèche du droit. Pas un finisseur clinique à la Papin, plutôt un grattouilleur qui fatigue les arrières et finit par trouver la faille. Le Vélodrome aime ce profil. Il aurait peut-être fini par s'imposer, dans une autre configuration. Mais le timing n'a jamais été le bon.

Le palmarès

Le palmarès marseillais de Jordan Ayew tient sur quelques lignes : il fait partie du groupe champion de France 2009-2010, même si son apport sur le terrain reste anecdotique cette saison-là. Il décroche également les Trophées des Champions 2010 et 2011, et goûte à la Ligue des Champions sous le maillot blanc.

Côté chiffres bruts à l'OM, on est sur une cinquantaine d'apparitions en pro et une poignée de buts en Ligue 1. Ce sont les statistiques d'un joueur formé au club qui n'a jamais réussi à devenir titulaire indiscutable, mais qui a porté le maillot dans des matchs européens et des soirées chaudes du Vélodrome.

Avec le Ghana, l'histoire est plus dense. Jordan a disputé plusieurs Coupes d'Afrique des Nations et participé à la Coupe du Monde 2014 au Brésil, aux côtés de son frère. La sélection ghanéenne lui a offert la vitrine internationale que l'OM ne lui a pas tout à fait donnée.

Ce qu'on retient

Un parcours de minot, voilà ce qu'on retient. Jordan Ayew n'est pas une star marseillaise au sens classique du terme. Il n'a pas eu de soirée magique au Vélodrome qu'on raconte encore aujourd'hui dans les bars du Vieux-Port. Il n'a pas planté un but décisif en Ligue des Champions qui fait basculer une saison. Il est resté dans l'ombre, celle de son frère, celle de buteurs plus installés, celle d'une époque où l'OM cherchait sa stabilité.

Mais sa trajectoire raconte quelque chose d'important sur le club. C'est l'histoire d'un gamin né à Marseille, formé à Marseille, qui a porté le maillot pro avant 19 ans et qui a fait partie d'un effectif champion de France. Ce parcours-là, peu de joueurs peuvent s'en prévaloir. Il s'inscrit dans la lignée des joueurs formés ou révélés à l'OM, ces produits de la Commanderie qui n'ont pas tous explosé mais qui ont gravé leur nom dans la liste des minots du club. Aux côtés de son frère et plus tard de Boubacar Kamara, il représente cette filière marseillaise qu'on aimerait voir plus souvent.

Moins iconique que son frère, il reste un pur produit marseillais au parcours international solide. La phrase tient en une ligne, mais elle dit l'essentiel sur Jordan Ayew : celui qui a fait le job, sans bruit, en attendant son tour. Il fait aussi partie de cette génération de joueurs africains qui ont traversé l'histoire de l'OM, portant un héritage qui dépasse le simple cadre du club.

Après l'OM

Quand Jordan quitte Marseille en 2014, direction Lorient pour de bon, puis Aston Villa en Premier League dès 2015. Le championnat anglais va devenir sa vraie maison. Swansea entre 2016 et 2018, Crystal Palace ensuite pendant cinq saisons pleines, où il décroche une vraie reconnaissance comme attaquant fiable, voire indispensable certaines saisons. Il y plante des buts décisifs, gagne en maturité, fait progressivement oublier l'étiquette de petit frère.

La carrière se poursuit avec un transfert à Leicester puis d'autres aventures en Angleterre, sans jamais retomber dans l'anonymat. À l'international, il reste un cadre de la sélection ghanéenne, capitaine à plusieurs reprises, dépositaire d'un héritage familial qui pèse autant qu'il porte.

Le destin de Jordan Ayew, c'est celui d'un joueur qui a compris très tôt qu'il devait construire sa carrière ailleurs pour exister pleinement. L'OM l'a formé, lui a donné ses premières feuilles de match, son premier titre. La suite, il l'a écrite seul, sur d'autres pelouses. Mais à Marseille, on se souvient du minot qui marchait dans les pas de son grand frère, sans jamais vraiment réussir à sortir de son ombre, et qui a fini par tracer sa propre route, à sa manière, discrète et tenace.