Les joueurs africains qui ont marqué l'OM

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Le lien entre l'OM et les grands joueurs africains se raconte à travers plusieurs générations, trois continents et presque toutes les positions du terrain. De la Ghana à la Côte d'Ivoire, du Cameroun au Sénégal, du Nigeria au Gabon, le club phocéen a accueilli plus de joueurs africains que n'importe quel autre club français de premier plan. Certains y ont planté leurs plus belles saisons, d'autres y ont été formés avant d'exploser ailleurs. Ensemble, ils forment une des veines les plus denses du recrutement marseillais moderne.

Cette relation n'a rien de fortuit. Marseille est une ville méditerranéenne tournée vers l'Afrique depuis toujours, port d'arrivée de plusieurs générations de migrants, chaînon culturel évident entre l'Europe et le continent africain. Les joueurs qui y débarquent trouvent rarement un environnement hostile. Ils trouvent souvent, au contraire, une communauté qui les reconnaît, des tribunes qui les portent, une ville qui comprend instinctivement d'où ils viennent.

Les pionniers des années 80 et 90

Le premier grand Africain à s'imposer au Vélodrome est un gardien camerounais, Joseph-Antoine Bell. Recruté en 1985, il défend la cage olympienne pendant trois saisons, à une époque où le club remonte de Ligue 2 et cherche à se réinstaller dans l'élite. Bell reste dans les mémoires pour sa personnalité autant que pour ses arrêts : vocal, lucide, prêt à dire ce qu'il pense du fonctionnement d'un club qu'il trouve mal géré. Son passage ouvre symboliquement la porte africaine à l'OM.

Arrive ensuite celui qui va faire basculer le rapport du club au continent. Abedi Pelé, Ghanéen de Dome, rejoint l'OM en 1987 et y reste six saisons. Trois fois élu Ballon d'Or africain (1991, 1992, 1993), meneur de jeu à la technique soyeuse, il incarne la génération dorée de Tapie. Quatre titres de champion de France et, surtout, la Ligue des Champions 1993, dont il ne jouera pas la finale pour cause de suspension mais dont il aura été l'un des architectes tout au long de la campagne. Abedi Pelé est le premier joueur africain à entrer dans le panthéon de l'OM. Il n'en sortira plus.

À ses côtés dans cette équipe 1993 évolue Marcel Desailly, né à Accra au Ghana avant d'être adopté par un diplomate français. Arrivé à l'OM en 1992 pour six mois de Ligue des Champions, il signe à Milan quelques mois après le sacre de Munich. Son parcours ghanéo-français illustre la frontière parfois floue entre les nationalités sportives, mais la racine africaine du champion d'Europe reste une donnée de son histoire.

La parenthèse Weah et l'ère Drogba

Au tournant des années 2000, l'OM s'offre une légende en fin de course. George Weah, Ballon d'Or 1995, seul Africain à avoir remporté le trophée, débarque à Marseille en janvier 2000 après Chelsea. Sa pige phocéenne est courte, une demi-saison, mais symbolique : le plus grand joueur africain de l'histoire du football est passé par le Vélodrome. Il y marquera cinq buts avant de s'en aller vers les Émirats.

Trois ans plus tard, c'est l'explosion Didier Drogba. Recruté à Guingamp pour une saison pleine en 2003-2004, l'Ivoirien claque 32 buts toutes compétitions confondues, emmène l'OM en finale de Coupe UEFA perdue face à Valence, et plante aux yeux du monde la trajectoire d'un futur géant. Son passage à Marseille ne dure qu'un an, mais c'est l'une des saisons individuelles les plus spectaculaires de l'histoire récente du club. Drogba sera vendu à Chelsea à l'été 2004 pour 38 millions d'euros, record de l'époque. Pour l'OM, cette année reste un rappel de ce qu'un attaquant de classe mondiale peut faire, seul, à un club en quête d'identité.

La décennie sénégalo-nigériane et la génération Ayew

Les années 2000 voient l'OM consolider son ancrage africain. Habib Beye, latéral droit sénégalais arrivé en 2003, devient capitaine et finaliste de la Coupe UEFA 2004 aux côtés de Drogba. Mamadou Niang, compatriote recruté en 2005, finira l'aventure en porteur du brassard et meilleur buteur de Ligue 1 lors du sacre 2010. Taye Taiwo, latéral gauche nigérian à la frappe dévastatrice, occupe son couloir pendant six saisons.

Dans le même temps, le centre de formation marseillais sort une fratrie ghanéenne. André Ayew, fils d'Abedi, forme à l'OM entre 2007 et 2015, enchaîne 205 matchs sous le maillot, remporte la Ligue 1 2010 et le titre honorifique de meilleur joueur africain en 2011. Son frère Jordan, formé lui aussi à la Commanderie, joue un rôle plus discret mais prolonge la présence d'un nom lourd. La filiation Abedi-André-Jordan fait de la famille Ayew la plus marseillaise des familles ghanéennes.

Nicolas Nkoulou, défenseur central camerounais, tient la charnière de 2011 à 2017 et reste l'un des stoppeurs les plus réguliers du club dans cette période trouble.

Aubameyang, le retour à la maison

L'histoire fait parfois des boucles. Pierre-Emerick Aubameyang, Gabonais formé à la Commanderie entre 2008 et 2011, n'avait jamais réussi à s'imposer dans l'effectif professionnel de l'OM avant de partir chercher ailleurs la carrière qu'on connaît. Borussia Dortmund, Arsenal, Chelsea, Barcelone, les buts par centaines. Il revient à Marseille en 2023, quinze ans après ses débuts, pour écrire enfin son chapitre en bleu et blanc. La saison 2023-2024 lui permet de finir meilleur buteur européen du club et de rattraper, d'une certaine façon, le départ qui n'avait jamais vraiment été un au revoir.

Une affaire de fidélité

Ce qui relie ces parcours, de Bell à Aubameyang, c'est une forme d'attachement qui dépasse la simple transaction sportive. Drogba parle encore de sa saison marseillaise comme d'un tournant humain. Abedi Pelé revient régulièrement au Vélodrome. Les Ayew cultivent une marseillanité qui transparaît dans leurs interviews. Aubameyang a fini par rentrer. L'Afrique n'envoie pas seulement des joueurs à l'OM : elle y envoie des histoires qui durent, et qui, saison après saison, continuent de nourrir la mémoire du club.