Joueurs formés ou révélés à l'OM qui ont brillé ailleurs

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De Marseille vers l'Europe, puis vers les plus grands clubs du continent : l'OM a toujours été un club de passage autant qu'un club de cœur. Son centre de formation, ses détections parfois géniales, sa capacité à repérer des gamins et à les lancer dans le grand bain ont alimenté les effectifs du Real Madrid, d'Arsenal, du Bayern Munich ou de Chelsea. Certains étaient des titis du centre, d'autres des gamins arrivés ados, d'autres encore des joueurs modestes que le Vélodrome a transformés. Le point commun : Marseille les a vus naître au football professionnel, et c'est ailleurs qu'ils ont touché les étoiles.

C'est une fierté amère, celle du club-tremplin. On les forme, on les aime, on les regarde partir. Et quand ils soulèvent un trophée européen sous d'autres couleurs, on oscille entre la fierté du père et la frustration de celui qui sait qu'il aurait pu les garder.

Samir Nasri, le surdoué de la Castellane

Le gamin de la cité Castellane est le produit le plus pur de la formation olympienne des années 2000. Samir Nasri débute en pro à 17 ans sous l'ère Anigo, et il ne faut que quelques touches de balle pour comprendre qu'on a un crack entre les mains. Technique soyeuse, vision au-dessus de la moyenne, une capacité à éliminer dans un mouchoir de poche. Trois saisons pleines suffisent à attirer Arsenal, qui l'enlève en 2008 pour une vingtaine de millions d'euros.

À Londres puis à Manchester City, Nasri confirme tout ce que le Vélodrome avait deviné. Champion d'Angleterre en 2012 et 2014 avec City, il est devenu l'un des milieux offensifs les plus redoutés de Premier League. La blessure, pour le supporter marseillais, c'est de savoir que ce talent-là a été moulé à la Commanderie, et que les finances du club n'ont jamais permis de le retenir.

Franck Ribéry, l'éclair de Boulogne-sur-Mer

Franck Ribéry n'est pas un produit du centre de formation. Il débarque à Marseille en 2005, en provenance de Galatasaray, après un parcours déjà tortueux entre Boulogne, Alès, Brest et Metz. Personne ne sait vraiment ce qu'il a dans le ventre. La réponse vient en quelques semaines : une accélération foudroyante, un sens du dribble dévastateur, une rage de vaincre qui colle parfaitement à l'ADN marseillais.

Deux saisons suffisent. Deux saisons de feux d'artifice, de feintes de corps impossibles, de matchs portés à bout de bras. Le Bayern Munich pose 25 millions sur la table à l'été 2007, et l'OM n'a pas les moyens de refuser. La suite, tout le monde la connaît : douze ans en Bavière, une Ligue des Champions en 2013, un triplé historique, et un podium au Ballon d'Or. Ribéry est devenu l'un des meilleurs joueurs du monde, mais c'est bien à Marseille qu'il a explosé aux yeux de la planète football.

Robert Pirès, la formation avant Arsenal

Avant d'être l'un des Invincibles d'Arsenal, avant la Coupe du monde 1998, Robert Pirès était un jeune formé à l'OM. Passé par le centre de formation au début des années 1990, il fait ses débuts professionnels sous les couleurs olympiennes lors de la saison 1992-1993, puis s'installe progressivement dans l'effectif. Ailier vif, technique, capable de percées dévastatrices, il fait partie de cette génération dorée qui côtoie les champions d'Europe sans avoir encore l'âge de peser sur les matchs.

Son transfert à Metz en 1998 passe presque inaperçu. Celui à Arsenal en 2000 change tout. Sous les ordres de Wenger, Pirès devient un joueur de classe mondiale : deux titres de champion d'Angleterre, la saison invincible de 2003-2004, et un jeu d'une élégance rare. Marseille l'avait repéré, formé, lancé. Londres l'a magnifié.

Boubacar Kamara, le départ silencieux

Boubacar Kamara incarne la version moderne du dilemme marseillais. Formé au club, installé en professionnel dès 2017, il devient en quelques saisons l'un des milieux défensifs les plus prometteurs du football français. Polyvalent (capable de jouer en défense centrale), intelligent dans son positionnement, sobre dans ses interventions. Le genre de joueur qu'on ne remarque pas quand il est là, et dont l'absence se fait cruellement sentir.

En fin de contrat à l'été 2022, il part libre à Aston Villa. Libre. Sans un centime pour l'OM. La frustration est immense, pas tant envers le joueur (qui a donné cinq saisons honnêtes) qu'envers un système économique qui empêche le club de verrouiller ses meilleurs éléments. En Angleterre, Kamara s'impose comme un titulaire régulier en Premier League et confirme ce que tout le monde savait déjà : Marseille avait un joueur de top niveau, et n'a pas su (ou pas pu) le garder.

André Ayew, le fils prodigue

André Ayew est arrivé à Marseille gamin, fils de la légende ghanéenne Abedi Pelé, qui avait lui-même marqué l'histoire du club au début des années 1990. Formé à la Commanderie, le jeune Ayew fait ses débuts en 2007 et s'impose petit à petit grâce à une combativité hors norme, un jeu de tête redoutable et cette capacité à surgir dans les moments importants.

Huit saisons en professionnel à l'OM, un titre de champion de France en 2010, des buts décisifs qui peuplent la mémoire collective. Son départ libre vers Swansea en 2015 laisse un goût amer, mais Ayew prouve en Angleterre qu'il a le niveau Premier League. Passé par West Ham et Crystal Palace, revenu à Swansea, il mène une carrière solide et durable outre-Manche. Son attachement au club reste intact (plusieurs retours ont été évoqués au fil des années), mais c'est bien loin de la Canebière qu'il a accumulé le plus de matchs dans l'élite.

Éric Di Meco, l'exception qui confirme la règle

Dans cette liste de joueurs partis briller ailleurs, Éric Di Meco occupe une place à part. Formé au club, fidèle pendant quatorze saisons (1983-1997), il fait partie de la génération qui a tout gagné : le titre de champion d'Europe en 1993, quatre titres de champion de France, la Coupe de France. Di Meco n'a pas eu besoin de partir pour briller, et c'est précisément ce qui rend son cas intéressant dans le contexte de cette liste.

Son passage tardif à Monaco (1997-2000) puis à Monaco reste anecdotique dans sa carrière. L'essentiel s'est joué à Marseille. Mais Di Meco incarne aussi ce que la formation marseillaise peut produire de mieux quand le joueur reste : un cadre, un capitaine, un symbole. Il est le contre-exemple, la preuve que tous les talents formés à l'OM ne sont pas condamnés à l'exil.

César Azpilicueta, le passage éclair devenu légende à Chelsea

Le cas Azpilicueta est fascinant. Le défenseur basque espagnol passe par le centre de formation de l'OM entre 2006 et 2010, en provenance d'Osasuna. Il dispute ses premiers matchs professionnels sous le maillot olympien, discret, besogneux, sans jamais vraiment convaincre l'encadrement qu'il a le niveau pour être titulaire indiscutable. Son départ vers Chelsea en 2012, via un passage à Osasuna en prêt, ne fait pas la une des journaux marseillais.

Et pourtant. À Chelsea, Azpilicueta devient l'un des défenseurs les plus fiables de Premier League pendant plus d'une décennie. Capitaine des Blues, vainqueur de la Ligue des Champions en 2021, de l'Europa League, de la Premier League. Un palmarès délirant pour un joueur que l'OM n'avait pas jugé indispensable. Son cas rappelle que la formation, c'est aussi savoir évaluer le potentiel à long terme, et que Marseille, parfois, a laissé filer des joueurs dont la marge de progression restait invisible.

Le syndrome du tremplin

Cette liste est loin d'être exhaustive. On pourrait y ajouter Florian Thauvin (passé par l'OM en deux temps, vainqueur de la Coupe du monde 2018), Maxime Lopez (devenu titulaire en Serie A à Sassuolo), ou encore Mathieu Flamini (formé au club, parti à Arsenal puis Milan). Chaque génération produit son lot de départs regrettés.

Le problème n'est pas la formation, qui a régulièrement sorti des joueurs de niveau international. Le problème est structurel : un club qui vit au-dessus de ses moyens sportifs mais en dessous de ses moyens financiers nécessaires pour retenir ses meilleurs éléments. Le DNCG, les propriétaires successifs, les déficits chroniques ont transformé l'OM en exportateur de talents malgré lui.

Il y a dans cette réalité quelque chose de profondément marseillais. La ville a toujours été un port, un lieu de passage, un carrefour. Les joueurs y arrivent, y grandissent, y prennent confiance, puis lèvent l'ancre vers d'autres horizons. L'OM leur donne le Vélodrome, la pression, l'exigence folle d'un public qui ne pardonne rien. Ceux qui survivent à ça sont prêts pour n'importe quel stade du monde.

C'est peut-être ça, finalement, la vraie formation marseillaise : pas seulement apprendre à jouer au football, mais apprendre à jouer sous pression, devant 60 000 personnes qui t'adorent le dimanche et te sifflent le mercredi. Après ça, Old Trafford ou le Santiago Bernabéu, c'est presque reposant.