L'OM des années 60 : la traversée du désert

page-epoque annees-1960

Les années 60 n'ont pas la beauté qu'on prête aux décennies suivantes. C'est une période souvent moins racontée, presque escamotée dans les récits glorieux du club, et pourtant essentielle pour comprendre ce qui se joue ensuite. Une décennie de bas-fonds, d'attente, puis de réveil tardif. Un long couloir sombre qui débouche, au tout dernier moment, sur la lumière.

Le club au creux de la vague

L'OM entre dans les années 60 dans un état de fatigue avancée. La descente en deuxième division, actée à l'été 1959, plombe le début de la décennie. Marseille, deuxième ville de France, joue contre Aix, Sète, Boulogne ou Limoges. Le Vélodrome, qui sonnait fort dans les années 50 derrière Roger Scotti et Gunnar Andersson, se vide. Les budgets se contractent, les présidents se succèdent sans projet clair, et le club devient un cas d'école sur la difficulté à exister à l'échelle nationale quand le passé glorieux s'éloigne.

La remontée en D1, en 1962, ne règle rien. L'OM rebondit, redescend, remonte encore. Cette élasticité absurde fait du club un pensionnaire instable, incapable de s'installer dans l'élite. Pendant ce temps, Reims achève son cycle, Saint-Étienne entame le sien, et Marseille reste à quai. Une partie du public local se détourne, le rugby et la pétanque captent l'attention, et la légende du Vélodrome semble appartenir à un autre siècle.

Quelques figures qui sauvent l'honneur

Au milieu de cette grisaille, des joueurs tiennent le club debout. André Tassone, milieu offensif technique, fait partie de ces noms que les anciens citent encore. Il joue dans une équipe modeste mais traverse la décennie avec un sens du jeu qui mériterait mieux que ces championnats à mi-classement. Sa présence rappelle qu'au-delà des résultats, l'OM continue de produire un football regardable quand on lui en donne les moyens.

L'autre figure marquante de cette époque, c'est Joseph Yegba Maya. L'attaquant camerounais débarque dans les années 60 et apporte une dimension internationale rare au club à ce moment-là. Pionnier discret des joueurs africains à Marseille, il prépare en quelque sorte le terrain à toutes les générations qui suivront, jusqu'aux destins immenses des décennies futures. Sa trace dans les statistiques est plus modeste que son rôle symbolique, mais il fait partie de ces hommes qui ont maintenu l'idée d'un OM ambitieux quand tout poussait au renoncement.

Le sursaut Marcel Leclerc

Le tournant porte un nom. Marcel Leclerc, ancien journaliste du Provençal, prend la présidence du club en 1965. Tout change. L'homme a une vision, des relais médiatiques, une conviction que Marseille ne peut pas se contenter d'un rôle de figurant dans le football français. Il remet de l'argent sur la table, redonne du sens au projet, et impose un discours volontariste que la Canebière n'avait plus entendu depuis longtemps.

Sa méthode paye vite. L'OM remonte définitivement en D1 en 1966 après une nouvelle parenthèse en deuxième division, et surtout, en 1969, le club soulève la Coupe de France face à Bordeaux. Premier trophée important depuis une éternité, ce sacre sonne comme une porte qui s'ouvre. Le Vélodrome retrouve un peu de sa voix, les jeunes recommencent à porter le maillot bleu et blanc dans les rues, et Leclerc, dans la foulée, prépare déjà son grand coup en faisant venir un certain Josip Skoblar.

La porte d'entrée des années 70

Les années 60 ne laissent pas de souvenirs flamboyants, et c'est leur honnêteté. Elles racontent un club fragilisé, parfois moqué, qui a dû passer par la deuxième division pour mieux comprendre ce qu'il valait. Sans cette décennie ingrate, pas de réveil possible. Sans le travail souterrain de Leclerc à partir de 1965, pas d'âge d'or des années 70. C'est dans ces années 60 obscures, entre quelques figures attachantes et un président qui voit plus loin que tout le monde, que se prépare en silence la grande renaissance.