André Tassone : la décennie en silence

Défenseur 1959-1969 Légende

L'homme

André Tassone, c'est un nom qu'on ne croise pas dans les magazines, pas dans les classements de Ballon d'Or, pas dans les compilations YouTube. Et pourtant, ceux qui suivaient l'OM dans les années 60 savent parfaitement de qui on parle. Un défenseur, un vrai, du genre qui ne lâche pas un attaquant d'une semelle pendant 90 minutes et qui repart vestiaire le maillot trempé sans en faire toute une histoire.

Le bonhomme arrive à l'OM en 1959. La date est lourde de sens : c'est l'année où le club commence sa traversée du désert. La descente en D2 n'est pas loin. Pour un jeune défenseur, signer à Marseille à ce moment-là, ce n'est pas signer pour la gloire. C'est signer pour le travail.

À l'OM

Dix saisons. Dix saisons sous le maillot phocéen, dans une période où l'OM n'a rien d'un grand d'Europe. Quand Tassone arrive, l'équipe quitte l'élite. Quand il part, en 1969, l'OM vient de retrouver la D1 depuis trois ans et commence à reconstruire ce qui deviendra le grand OM du début des années 70.

Entre les deux, il y a eu la D2, les déplacements à Limoges ou Rouen, les soirées tristes du Vélodrome à moitié vide, les saisons où on jouait pour la remontée et pas pour le titre. Tassone a traversé tout ça. Pas en vedette, pas en râleur, juste en faisant son boulot de défenseur central, semaine après semaine. Le genre de joueur que les entraîneurs successifs gardent parce qu'ils savent ce qu'ils ont, même quand tout change autour.

Aux côtés d'aînés comme Roger Scotti, figure tutélaire de la décennie précédente, puis avec une nouvelle génération qui pousse, Tassone fait la jonction. Il appartient à cette catégorie de joueurs qu'on appelle parfois les passeurs de témoin. Ils n'écrivent pas les chapitres flamboyants, ils écrivent les pages qui permettent au livre de continuer.

Le palmarès

Pas de titre de champion, pas de Coupe de France soulevée au-dessus de la tête. Le palmarès de Tassone tient dans une ligne : la remontée en D1 en 1966, gagnée avec un OM qui revient enfin parmi les grands. Pour les supporters qui ont vécu les années noires, c'est largement suffisant.

Son vrai trophée, c'est sa fiche de présences. Dans la catégorie des joueurs les plus capés de l'OM, Tassone tient une place qu'on oublie parfois de lui donner. Dix années pleines, dans un club où la stabilité est rare, ça vaut tous les classements individuels.

Ce qu'on retient

L'angle est simple, presque évident : la fidélité. Dans une époque où le football professionnel commençait déjà à brasser les joueurs comme on brasse les cartes, Tassone est resté. Il n'a pas cherché ailleurs quand l'OM était à terre. Il n'a pas posé de conditions quand l'argent manquait. Sa longévité en a fait un visage familier et respecté de plusieurs générations olympiennes.

C'est exactement ce qu'on appelle un joueur du club. Pas une superstar, pas un héros médiatique. Un homme qui a porté le maillot avec sérieux, dans les bons jours et surtout dans les mauvais. Pour les supporters qui ont assisté à cette décennie, le nom de Tassone résonne avec celui d'autres défenseurs emblématiques de l'OM, ceux dont on ne parle pas assez et sans qui rien ne tient.

Après l'OM

En 1969, Tassone quitte le Vélodrome. Il a 30 ans passés, dix saisons phocéennes dans les jambes, et une époque qui se referme. L'OM qu'il laisse n'a plus rien à voir avec celui qu'il a trouvé en 1959. Magnusson va arriver, Skoblar va arriver, le titre de 1971 se prépare. Tassone, lui, passe à autre chose, en silence, comme il a tout fait.

L'histoire des grands clubs s'écrit avec les noms qui brillent. Mais elle tient debout grâce à ceux qui restent. Pour qui veut comprendre l'OM des années 60, période souvent oubliée entre la gloire des années 30-40 et le renouveau des années 70, le nom d'André Tassone fait partie de la liste qu'il faut connaître.