Taye Taiwo, le boulet de canon du couloir gauche
Un gamin de Lagos au pied d'acier
Taye Ismaila Taiwo naît le 16 avril 1985 à Lagos, au Nigeria. Il grandit dans un pays où le football est religion et la rue, premier centre de formation. Le gamin tape dans tout ce qui ressemble de près ou de loin à un ballon, et très vite, un truc saute aux yeux : son pied gauche est une arme. Pas un pied de footballeur classique. Un lance-roquettes.
Repéré par Lobi Stars, club du plateau de Jos, il passe ensuite par Gabros International avant d'attirer l'attention en Europe. C'est Marseille qui dégaine, en 2005. Taiwo a 20 ans, il débarque dans une ville qu'il ne connaît pas, dans un championnat qu'il n'a jamais vu de près. Il ne sait pas encore qu'il va y rester six ans et y devenir un personnage.
Le TGV du couloir gauche
À l'OM, Taiwo s'installe vite à gauche de la défense. Son profil ne ressemble à rien de connu. On a vu des latéraux rapides, des latéraux costauds, des latéraux techniques. Taiwo, c'est tout ça en même temps, mais avec un grain de folie qui rend le mélange imprévisible. Quand il part balle au pied dans son couloir, il y a ce moment de flottement dans les tribunes : personne ne sait si ça va finir en centre parfait ou en frappe à arracher les filets depuis 35 mètres.
Parce que c'est ça, la marque Taiwo : les frappes. Des missiles sol-air qui font trembler les montants et les gardiens. Au Vélodrome, le public guettait ces moments. Quand Taye armait son gauche à l'entrée de la surface, il y avait ce frisson collectif, ce "oh" d'anticipation. Certains coups francs sont restés gravés. Celui contre Nantes en 2006, celui contre le PSG en 2007, ce tir en pleine lucarne qui a fait le tour des bêtisiers (pour le gardien adverse, pas pour Taiwo).
Sous les ordres d'Albert Emon, d'Éric Gerets puis de Didier Deschamps, il s'adapte à chaque système. Il connaît des périodes où il est titulaire indiscutable et d'autres où il doit se battre pour sa place, notamment face à la concurrence de Gabriel Heinze, arrivé en 2009. Mais Taiwo ne lâche rien. C'est dans son ADN : la générosité physique, l'engagement total, le combat sur chaque ballon.
Aux côtés de Habib Beye dans les premières saisons, il forme un duo de latéraux complémentaires : Beye le métronome à droite, Taiwo l'électron libre à gauche. Deux personnalités fortes, deux profils opposés, et pourtant une charnière qui tient la baraque.
Champion de France, tout simplement
La saison 2009-2010, c'est celle de la consécration. Deschamps construit une machine collective, et Taiwo y trouve sa place. Il dispute 29 matchs de Ligue 1, apporte sa puissance dans les deux phases de jeu, et participe pleinement à la reconquête du titre, dix-huit ans après. Le soir du sacre, au Vélodrome, Taye est là, avec ce sourire immense qui le caractérise.
Deux titres de champion du Nigeria (2005 et 2007), une présence à la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud : Taiwo n'a pas un palmarès de galactique, mais il a ce titre de champion de France 2010 qui vaut tout l'or du monde pour un supporter de l'OM. Il fait partie de cette équipe qui a ramené le trophée à la maison. Ça, personne ne peut le lui enlever.
En six saisons marseillaises, il accumule plus de 180 matchs toutes compétitions confondues. Pas mal pour un gamin de Lagos dont personne ne connaissait le nom à son arrivée.
Le joueur qu'on n'oublie pas
On pourrait résumer Taiwo à son pied gauche. Ce serait passer à côté de l'essentiel. Ce qui a rendu Taye si populaire au Vélodrome, c'est l'énergie. Cette capacité à monter et descendre son couloir pendant 90 minutes sans jamais donner l'impression de forcer. Ce sourire permanent, même dans les matchs tendus. Cette façon de se donner complètement, de ne rien calculer.
Les supporters de l'OM aiment les joueurs qui mouillent le maillot. Taiwo le trempait. Il incarnait quelque chose de simple et de puissant : le plaisir de jouer, la joie d'être là, dans ce stade, avec ce maillot. Pas de grandes déclarations, pas de polémiques. Juste un type qui donnait tout, match après match, saison après saison.
Son énorme pied gauche et son énergie ont fait de lui une figure très aimée des années 2000 marseillaises. Parmi les défenseurs qui ont compté dans l'histoire du club, Taiwo occupe une place à part : celle du joueur qu'on cite avec le sourire, celle du mec dont on se rappelle un but précis, une course folle, un coup franc qui a fait se lever 60 000 personnes.
Après Marseille
En 2011, libre de tout contrat, Taiwo quitte l'OM pour tenter l'aventure au Milan AC. Le rêve italien tourne court. Prêté à Queens Park Rangers puis au Dynamo Kiev, il ne retrouve jamais la stabilité et l'amour qu'il avait à Marseille. Il passe ensuite par le HJK Helsinki, l'AFC Eskilstuna en Suède, avant de raccrocher les crampons.
L'après-carrière se fait plus discrète, loin des projecteurs européens. Mais à Marseille, son souvenir reste intact. Dans les conversations de supporters, quand on parle des joueurs qui ont marqué la décennie 2000-2010, quand on évoque l'équipe championne de 2010, le nom de Taye Taiwo revient toujours. Pas comme une superstar. Comme un des nôtres.