Fabrizio Ravanelli, le Renard argenté
L'homme venu de Turin
Fabrizio Ravanelli débarque à Marseille avec un CV qui ferait trembler n'importe quel défenseur de Ligue 1. Champion d'Europe avec la Juventus en 1996, buteur en finale contre l'Ajax, le Turinois aux cheveux blancs a déjà tout gagné en Italie. Mais l'histoire avec Middlesbrough, en Angleterre, tourne court. Le club descend en deuxième division, et Ravanelli, 29 ans, cherche un projet à sa mesure. L'OM frappe à la porte. On est en 1997, le club remonte à peine la pente après les années noires de la relégation. Quand un type pareil signe chez nous, on se pince.
Né à Pérouse en 1968, Ravanelli a grandi dans le football italien des années 1980, celui où les attaquants devaient survivre à des défenses en béton avant d'espérer marquer. Ça forge un caractère. Et du caractère, il en a. Trop, diront certains.
Le Vélodrome à ses pieds
Dès ses premiers pas au Vélodrome, Ravanelli impose sa méthode. Le geste signature, on le connaît : but, sprint vers le poteau de corner, maillot remonté sur la tête. Le public adore. Le bonhomme joue chaque match comme si c'était le dernier, avec une intensité qui tranche dans un vestiaire où la confiance manque parfois.
Son premier exercice, saison 1997-1998, donne le ton. Les buts rentrent, les supporters s'enflamment, Ravanelli tire l'équipe vers le haut par la seule force de sa rage de vaincre. Sur le terrain, c'est un renard de surface : pas le plus rapide, pas le plus technique balle au pied, mais toujours au bon endroit. Un instinct de tueur qui fait la différence dans les matchs serrés. Ses appels de balle dans le dos des défenseurs, ses reprises de volée, ses têtes rageuses : il a tout dans son répertoire.
Mais Ravanelli, c'est aussi la gueulante permanente. Il s'énerve contre ses coéquipiers, engueule l'arbitre, secoue tout le monde. Certains dans le vestiaire apprécient, d'autres supportent mal. Laurent Blanc, arrivé la même année, incarne le calme et la classe. Ravanelli, c'est l'opposé : le feu, le bruit, la fureur. Les deux se complètent sans forcément se ressembler.
La saison 1998-1999 reste la plus marquante. L'OM de Rolland Courbis monte en puissance, avec un effectif taillé pour jouer le titre. Ravanelli marque des buts décisifs, porte le maillot avec une ferveur que le public reconnaît comme sienne. Cette équipe-là, celle des grandes formations de 1999, laisse une trace dans la mémoire collective.
Le palmarès marseillais
Ravanelli n'a pas gagné de titre majeur avec l'OM. C'est la dure réalité d'une époque où le club court après un trophée sans jamais le saisir complètement. Mais les chiffres parlent : en trois saisons, l'Italien plante plus de 30 buts en Ligue 1 et s'impose comme l'un des attaquants les plus réguliers du championnat. Il termine meilleur buteur du club sur deux exercices consécutifs.
En Coupe UEFA, il fait parler la poudre sur la scène européenne, rappelant au continent que l'OM existe encore. Des soirées de Coupe où le Vélodrome gronde, des buts qui font vibrer les 60 000, des célébrations maillot sur la tête qui deviennent la marque de fabrique du bonhomme.
Ce qu'on retient de Ravanelli
Avec sa personnalité, son caractère et ses buts, il a marqué les supporters dans une période contrastée. Ravanelli incarne quelque chose de rare dans le football moderne : le joueur qui donne tout, tout le temps, même quand l'équipe ne suit pas. Pas un mercenaire venu chercher un dernier contrat au soleil. Un compétiteur pur, presque maladif dans son refus de perdre.
Son statut de joueur culte de l'OM ne vient pas d'un palmarès long comme le bras. Il vient de cette connexion viscérale avec le Vélodrome. Les supporters reconnaissent les leurs, ceux qui transpirent le maillot, ceux qui célèbrent un but en poules de Coupe UEFA comme une finale de Ligue des Champions. Ravanelli était de ceux-là.
Il y a eu des attaquants plus talentueux à Marseille, des buteurs plus prolifiques. Mais peu ont incarné cette rage, cette exigence permanente, cette façon de prendre le club à bras-le-corps dans une période où l'OM cherchait encore sa voie entre grandeur passée et reconstruction.
Après Marseille
Ravanelli quitte l'OM en 2000 pour retourner en Italie, du côté de la Lazio puis de Pérouse, sa ville natale. La fin de carrière se dessine doucement, sans éclat particulier. L'Italien raccroche les crampons en 2005, après un passage en Serie B.
Reconverti dans le coaching, il tente l'aventure sur les bancs sans retrouver la flamme qui l'animait comme joueur. Mais à Marseille, personne n'a oublié le Renard argenté. Son nom revient dans les conversations de supporters dès qu'on parle de la fin des années 1990, de cette époque où l'OM se reconstruisait brique par brique, avec des types comme lui pour poser les fondations. Didier Drogba, quelques années plus tard, reprendra le flambeau de l'attaquant de caractère qui fait vibrer le Vélodrome. Ravanelli lui avait ouvert la voie.