L'OM finaliste européen en 1999

page-epoque 1998-1999

À la fin des années 1990, l'OM redevient un club européen. Six ans après le sacre de Munich et trois ans après la remontée en première division, l'équipe construite par Robert Louis-Dreyfus retrouve une scène continentale qu'elle avait dû déserter. La saison 1998-1999 cristallise ce renouveau : un effectif d'internationaux confirmés, un parcours en Coupe UEFA jusqu'à la finale de Moscou, et une lutte pour le titre maintenue jusqu'aux toutes dernières journées de Ligue 1. C'est l'une des saisons les plus abouties de la décennie, même si elle se solde sans trophée.

Une équipe construite pour gagner tout de suite

Le projet sportif assumé par Robert Louis-Dreyfus depuis 1996 atteint sa maturité durant cet exercice. Pour s'attaquer simultanément au championnat et à la coupe d'Europe, le club aligne un onze composé presque intégralement de joueurs d'envergure internationale. La direction sportive s'appuie sur le retour d'un ancien Bleu en fin de carrière, sur une recrue offensive parmi les plus prolifiques d'Europe et sur un milieu créatif issu du championnat de France.

Laurent Blanc revient au pays après ses années en Italie. Posté en libéro devant la défense, capitaine, lecteur de jeu, il devient le métronome de l'équipe. Sa relance propre et son autorité naturelle structurent une charnière jusque-là instable et apportent à Marseille une crédibilité immédiate dans les rendez-vous européens. Aux côtés de Fabrizio Ravanelli, recruté pour faire trembler les filets, l'OM s'offre un avant-centre rugueux, technique et déjà sacré en Ligue des champions avec la Juventus. La Penna Bianca s'impose comme le meilleur buteur du club et signe quelques-uns des buts les plus marquants du parcours européen.

L'animation offensive doit beaucoup à Robert Pirès, arrivé en provenance de Metz à l'été 1998. Son sens du dribble dans les couloirs, son association avec les attaquants et sa capacité à fixer plusieurs adversaires donnent à l'équipe la verticalité qui lui manquait. Autour de ce trio, le vestiaire compte des cadres aguerris comme Christophe Dugarry, Peter Luccin, Florian Maurice, Daniel Bravo et le gardien allemand Andreas Köpke. La défense voit aussi émerger un jeune William Gallas, formé au club, prêt à prendre une dimension internationale.

Le parcours en Coupe UEFA

L'aventure européenne commence dès l'automne et monte en puissance tour après tour. L'OM franchit chaque étape sans faillir, alternant maîtrise tactique et nuits enflammées au Vélodrome. Le rendez-vous des demi-finales, où Marseille élimine Bologne, redonne à la ville le goût des grands soirs continentaux qu'elle n'avait plus savourés depuis les années Tapie. Le stade retrouve une intensité comparable à celle des nuits de C1, et la presse européenne reprend l'habitude d'écrire que l'OM compte de nouveau parmi les places fortes du Vieux Continent.

La finale est programmée le 12 mai 1999 au stade Loujniki de Moscou, sur un terrain glacé et un public massivement neutre. En face, Parme aligne l'une des plus belles équipes de son histoire, articulée autour de Buffon, Cannavaro, Thuram, Veron et Crespo. Le scénario tourne court. L'AC Parme s'impose 3-0 grâce à des buts de Crespo, Vanoli et Chiesa, et prive l'OM d'un trophée européen qui aurait offert une suite logique au sacre de 1993. La défaite est rude, mais elle ne ternit pas la trajectoire d'une équipe qui a tenu son rang jusqu'à la dernière marche.

Une lutte pour le titre perdue dans la dernière ligne droite

En parallèle de la coupe d'Europe, le championnat se joue au coude-à-coude avec les Girondins de Bordeaux. Les deux clubs se livrent un duel d'une rare intensité tout au long du printemps. L'OM occupe longtemps la première place, profite de son réservoir offensif et de la solidité installée par Blanc, mais s'incline lors d'un choc décisif face à Bordeaux qui rebat les cartes en fin d'exercice. Marseille termine deuxième de Ligue 1, dauphin d'un adversaire qui décroche un titre disputé jusqu'à l'ultime journée.

Cette deuxième place a longtemps laissé un goût amer, parce qu'elle se cumule avec l'échec moscovite. La saison aurait pu offrir un doublé de prestige, elle se solde par deux médailles d'argent. Mais elle ramène l'OM en Ligue des champions et rétablit le club, sportivement, parmi les places fortes du football français.

Une saison fondatrice malgré tout

L'exercice 1998-1999 reste l'un des plus aboutis de l'OM moderne. Il marque la confirmation que le club, après les années noires de la descente administrative et de la reconstruction, est de nouveau capable de rivaliser avec les meilleures équipes européennes. La présence en finale d'une Coupe UEFA face à un cador italien, l'accumulation de cadres internationaux et la lutte pour le titre national jusqu'à la dernière journée fixent un standard que les saisons suivantes auront du mal à égaler.

Sur le plan symbolique, cette équipe a aussi révélé ou confirmé plusieurs joueurs majeurs du football français de l'après. Robert Pirès et William Gallas y ont fait leurs gammes au plus haut niveau avant de devenir des cadres en sélection et en Premier League, Laurent Blanc y a préparé sa fin de carrière en libéro stratège, et Fabrizio Ravanelli s'y est affirmé comme l'un des attaquants les plus marquants de l'ère Louis-Dreyfus. Pour beaucoup de supporters, la finale de Moscou demeure une cicatrice, mais l'ensemble de la saison s'inscrit comme la première vraie reconquête européenne du club après le sacre de 1993.