César Azpilicueta, le Basque qui a grandi au Vélodrome

Légende

L'homme

Pampelune, Navarre, un gamin de vingt ans qui sort du centre de formation d'Osasuna avec déjà trente-sept matchs de Liga dans les jambes. Quand on parle de César Azpilicueta, on parle d'abord de ça : un Basque espagnol, fils d'une terre où le football se joue droit, avec la rigueur d'un comptable et la dureté d'un bûcheron. Rien d'un crack surmédiatisé, rien d'un feu follet de la Masia. Un défenseur. Un vrai. Celui qu'on envoyait déjà à quinze ans tenir le poste quand les grands se blessaient.

À Osasuna, on l'appelait Dave, parce qu'un coéquipier trouvait que son nom était imprononçable et que ça ressemblait vaguement à "Azpili". Le surnom l'a suivi toute sa carrière, y compris sur la Canebière où les supporters ont mis un certain temps à comprendre qu'on pouvait être aussi pro, aussi appliqué, à vingt ans à peine.

À l'OM

Été 2010. Didier Deschamps vient de décrocher le titre avec une défense en béton armé et cherche à préparer la suite. Le club sort de neuf mois magnifiques, le trophée est dans la vitrine pour la première fois depuis 1992, et Pape Diouf a laissé la place à José Anigo sur le recrutement. On flaire le coup à Pampelune : Azpilicueta est libre, la formule plaît. Le transfert se fait autour de six millions d'euros, une bonne affaire pour un international espoirs déjà rôdé à la Liga.

Son premier match sous le maillot blanc, il le dispute au Trophée des Champions à Tunis contre le PSG. Le 28 juillet, l'OM gagne, et le petit Basque tient son couloir droit avec un sérieux qui détonne. Deschamps l'aime tout de suite : un joueur qui ne râle pas, qui écoute, qui bosse, qui joue simple. Tout ce qu'un coach veut.

La première saison est compliquée sur le plan collectif. L'OM lâche le titre, termine deuxième derrière Lille, mais soulève la Coupe de la Ligue à Saint-Denis face à Montpellier. Azpi enchaîne les matchs, s'installe comme titulaire, et dispute aussi sa première Ligue des Champions. Huitième de finale contre Manchester United, la bête noire. Au retour à Old Trafford, face à Nani et Rooney, le gamin de Pampelune tient le choc avec un calme glaçant. Ferguson en parlera plus tard en disant qu'il avait noté son nom ce soir-là.

Avec Gabriel Heinze dans la charnière et un milieu qui prend de l'épaisseur, la défense marseillaise reste l'une des meilleures d'Europe. Azpi, lui, apprend tout : il joue latéral droit, parfois latéral gauche, parfois même dans l'axe. Cette polyvalence, cette capacité à obéir au poste qu'on lui demande sans jamais se plaindre, c'est déjà la marque du joueur qui deviendra plus tard capitaine de Chelsea.

Deuxième saison, 2011-2012. L'OM s'enfonce en championnat (dixième place à l'arrivée) mais accroche une nouvelle Coupe de la Ligue, en battant Lyon en finale. Et surtout, nouvelle épopée en C1 : huitième face à l'Inter, puis quart contre le Bayern. Le Basque y est de tous les combats. Au Vélodrome, face à Lahm et Ribéry, il ne recule jamais. L'OM sort sur un 2-0 sec à Munich au retour, mais le gamin a grandi de dix centimètres dans la tête.

Le palmarès

Deux saisons pleines, deux trophées :

  • Trophée des Champions 2010 (vs PSG)
  • Coupe de la Ligue 2011 (vs Montpellier)
  • Coupe de la Ligue 2012 (vs Lyon)

Côté statistiques pures : 76 matchs toutes compétitions confondues sous le maillot olympien, un but, une petite poignée de passes décisives. Mais ce qui frappe, c'est le taux de titularisation : dès qu'il est apte, il joue. Deschamps le titularise 67 fois en deux ans, quasiment jamais remplacé avant la 80e. À vingt et un, vingt-deux ans, c'est une marque de confiance qui dit tout.

Ce qu'on retient

"Avant sa grande carrière européenne il a montré à Marseille une maturité impressionnante." C'est exactement ça. Azpilicueta n'a pas été un joueur marquant au sens où on l'entend sur la Canebière, pas de gestes fous, pas de chants gravés dans la pierre. Il a été autre chose, et peut-être plus rare : un tremplin qui a parfaitement fait son job, dans les deux sens.

L'OM a pris un gamin prometteur et l'a rendu à l'Europe en joueur prêt pour le très haut niveau. Marseille l'a formé au combat, à la Ligue des Champions, à la pression du Vélodrome les soirs où ça grince. Deux ans d'école phocéenne valent parfois cinq ans ailleurs. Quand Chelsea pose 8 millions d'euros sur la table à l'été 2012, les Blues ne prennent aucun risque : ils achètent un joueur déjà testé sur tous les terrains qui comptent.

On avait devant nous un futur capitaine de Chelsea, un futur champion du monde, et on ne l'a pas toujours vu. C'est le genre de joueur qu'on regrette avec le recul, pas sur le moment. Comme Boubacar Kamara plus tard, Azpi est de ceux qu'on apprend à aimer une fois qu'ils sont partis, quand on se rend compte de ce qu'on tenait.

Pour la petite histoire, l'OM fait partie des nombreux clubs européens à avoir accueilli au moins un joueur durablement transformé par le maillot blanc. Voir aussi les joueurs formés ou révélés à l'OM et les défenseurs emblématiques de l'OM pour saisir la lignée dans laquelle s'inscrit le Basque.

Après l'OM

La suite, on la connaît. Chelsea, dix saisons pleines, plus de 500 matchs, le brassard dès 2019. Deux Ligues des Champions sous le maillot bleu, dont celle de 2021 soulevée à Porto contre Manchester City, deux Ligues Europa, une Premier League, une FA Cup. Sélectionné une centaine de fois avec la Roja, champion du monde 2010 (il était dans le groupe réserve), vice-champion d'Europe 2012 dans le groupe qui a tout gagné.

Retour en Espagne à l'Atlético de Madrid à l'été 2023, puis une pige prolongée sous Simeone. Dave est devenu la référence absolue du latéral complet : défenseur axial en trois, latéral à quatre, piston à cinq. Mourinho, Ancelotti, Conte, Tuchel, Sarri, tous les grands coachs qui l'ont eu entre les mains en disent la même chose : un pro exemplaire, un joueur qu'on pose où on veut, qui ne se plaint jamais. Une denrée rare.

À l'OM, on a eu ce joueur-là deux ans. Vingt-quatre mois de maturation au Vélodrome, avant l'envol. Et quand on regarde ce qu'est devenue sa carrière, on se dit que l'école phocéenne a encore servi à quelqu'un. Parfois, c'est ça aussi, être un grand club : savoir former ceux qui vont ensuite briller ailleurs.