Créateurs, récupérateurs, leaders techniques ou capitaines : les milieux qui ont donné le tempo à l'OM sont parmi les figures les plus scrutées du club. C'est dans cette zone que se gagne la maîtrise d'un match, que se dessine une identité de jeu, et qu'un entraîneur lit l'âme de son équipe. Au Vélodrome, un milieu ne se contente jamais de courir : il porte les couleurs. De la génération dorée du début des années 90 aux architectes argentins de l'ère moderne, les meilleurs milieux de l'OM racontent chacun une manière d'habiter le maillot.
Didier Deschamps, le métronome d'une génération
Impossible de commencer autrement qu'avec Didier Deschamps. Formé ailleurs mais révélé à Marseille, il incarne la rigueur d'une équipe qui voulait gagner. Son rôle n'était pas d'éblouir mais de structurer, de récupérer vite, de redonner simple. Capitaine précoce, il a ramené la Ligue des champions 1993 au Vélodrome avant ses vingt-cinq ans. Son positionnement, sa lecture du jeu, son exigence vocale dans les vestiaires ont tracé un modèle de milieu moderne que beaucoup tenteront d'imiter à Marseille sans jamais l'égaler tout à fait.
Franck Sauzée, l'élégance et la frappe
Quelques mètres devant lui, ou à ses côtés selon les soirs, Franck Sauzée apportait une autre partition. Technique, puissant, capable d'un coup franc assassin ou d'une passe en profondeur venue du milieu, il était le joueur qu'on envoyait chercher les matchs quand l'adversaire fermait les espaces. Son but en demi-finale de la C1 1991 contre le Spartak Moscou reste gravé dans la mémoire des supporters. Sauzée, c'est le milieu complet, la culture foot faite joueur, à une époque où l'OM accumulait les stars sans jamais perdre l'os du collectif.
Abedi Pelé, la magie africaine
À mi-chemin entre milieu offensif et ailier libre, Abedi Pelé a redéfini ce que pouvait être un créateur à l'OM. Trois fois Ballon d'Or africain, le Ghanéen savait tout faire avec un ballon : crochets courts, passes cachées, frappes enveloppées, centres millimétrés. Sa complicité avec les attaquants de l'époque a fait de lui un rouage décisif des années dorées, jusqu'au sacre européen de 1993. Là où d'autres milieux servaient le jeu, Pelé le transfigurait. Son nom résonne encore quand on cherche à décrire ce que veut dire "génie" dans un maillot blanc.
Lucho González, le dernier grand numéro 10
Des années plus tard, au tournant de la décennie 2010, c'est un Argentin qui a rapporté au Vélodrome la notion de patron au milieu. Lucho González avait tout du numéro 10 d'école sud-américaine : le regard qui précède la passe, le pied qui cherche l'angle impossible, la volonté de prendre le ballon dans les pieds même sous pression. Sous Didier Deschamps devenu entraîneur, il a contribué au titre de champion de France 2010, premier titre depuis 1992, et à plusieurs coupes de la Ligue. Lucho, c'est la preuve qu'un milieu peut être à la fois chef de meute et artiste, sans que l'un empêche l'autre.
Dimitri Payet, le chef d'orchestre phocéen
Autre profil de meneur, autre époque, Dimitri Payet a incarné le club sur la durée, avec deux passages qui ont marqué l'histoire moderne de l'OM. Coups francs dessinés à la craie, passes entre les lignes, capacité à ralentir ou à accélérer un match selon les besoins : il a offert au Vélodrome ses plus belles soirées européennes de la décennie 2010, jusqu'à cette finale d'Europa League 2018 où son image, sortie en larmes, résume la proximité fusionnelle entre un joueur et ses supporters. Payet reste la référence à laquelle chaque nouveau meneur de jeu marseillais est comparé, pour le meilleur et le plus exigeant.
Robert Pirès, le passage discret d'un grand
Plus bref mais précieux, le passage de Robert Pirès par l'OM rappelle qu'un grand joueur, même en fin de cycle, peut apporter une science du placement et une intelligence collective rares. Champion du monde, champion d'Europe, vainqueur de la Premier League avec Arsenal, il n'a pas écrit sa plus belle page à Marseille, mais il appartient à la lignée des techniciens français que le club a toujours cherché à attirer. Sa présence témoigne de l'attraction exercée par l'OM sur les milieux créatifs tricolores.
Un poste, plusieurs identités
Ce qui frappe, en alignant ces profils, c'est la variété. Récupérateur-capitaine, milieu box-to-box à la frappe létale, meneur africain virtuose, numéro 10 argentin mystique, chef d'orchestre insulaire, technicien français confirmé : chaque époque a trouvé son traducteur au milieu. Les meilleurs milieux de l'OM ne se ressemblent pas, et c'est peut-être la plus belle preuve que ce poste, à Marseille, se joue autant avec les pieds qu'avec le cœur.