Nicolas Nkoulou

Défenseur central Cameroun 2011-2016 Légende
4 Numéro
176 Matchs OM
9 Buts OM
1990-03-27 Naissance

L'homme

Nicolas Nkoulou grandit à Yaoundé, au Cameroun. Formé à la Kadji Sports Academy, pépinière de talents camerounais, il débarque en Europe à 17 ans, direction Monaco. Sur le Rocher, il fait ses gammes en Ligue 2 puis en Ligue 1, s'aguerrit dans un vestiaire en pleine reconstruction. Le gamin est grand, rapide, propre dans ses relances. Monaco le lance tôt, et il répond. À 21 ans, quand l'OM vient frapper à la porte en 2011, Nkoulou a déjà une centaine de matchs professionnels dans les jambes et plusieurs sélections avec les Lions Indomptables. Pas un pari. Un recrutement malin.

Ce qui frappe chez Nkoulou, c'est le contraste entre sa discrétion hors du terrain et son autorité sur le rectangle vert. Pas de déclarations fracassantes, pas de polémiques, pas de stories Instagram. Un footballeur à l'ancienne, dans le bon sens du terme. Le genre de joueur dont on ne parle jamais dans les journaux, et c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à un défenseur central.

À l'OM

L'OM de 2011, c'est celui de l'après-titre. Didier Deschamps est encore sur le banc pour quelques mois, le club vient de vivre une saison de champion et cherche à consolider. La signature de Nkoulou s'inscrit dans cette logique : renforcer une charnière centrale qui doit tenir la baraque en Ligue des Champions et en championnat.

Nkoulou s'installe d'entrée. Pas besoin de période d'adaptation, pas de matchs à tâtons. Dès les premières journées, il prend sa place en défense centrale et ne la lâche plus. Sa lecture du jeu est remarquable pour son âge. Il anticipe, coupe les trajectoires, sort le ballon proprement. À côté de lui, les partenaires changent (Diawara, Rekik, plus tard Boubacar Kamara qu'il côtoiera brièvement en fin de parcours marseillais), mais Nkoulou reste. La constante dans une équation qui bouge sans cesse.

Les entraîneurs défilent. Deschamps, Baup, Anigo en intérim, Bielsa, Michel, Garcia... Six techniciens en cinq saisons. Et quel que soit le système, quelle que soit la philosophie, Nkoulou joue. En 4-3-3, en 3-5-2, en 4-2-3-1, il s'adapte. Sous Bielsa, saison 2014-2015, il touche peut-être son meilleur niveau marseillais. Le jeu ultra-offensif de l'Argentin demande des centraux capables de défendre haut, en couverture, avec des espaces immenses dans le dos. Nkoulou le fait avec une aisance déconcertante. Cette saison-là, l'OM termine quatrième, et la défense tient largement la route malgré un bloc poussé au maximum.

Ce qui caractérise Nkoulou, c'est l'élégance. Dans un poste où la brutalité est souvent récompensée, lui préfère le placement au tacle, l'interception au duel de force. Ce n'est pas un défenseur spectaculaire. Pas de tacles glissés héroïques à la 90e, pas de duels aériens qui font trembler les tribunes (quoique, dans les airs, il se débrouille très bien). Son jeu est fluide, presque invisible. Un décrochage ici, une couverture là, une relance longue qui saute deux lignes de pression. Le genre de choses que seuls les connaisseurs repèrent.

Derrière Steve Mandanda, Nkoulou forme un dernier rempart fiable. Les deux se comprennent sans se parler. Quand Mandanda sort sur un corner, Nkoulou couvre le premier poteau. Quand le gardien reste sur sa ligne, le Camerounais prend le duel de la tête. Des automatismes forgés par des centaines de matchs ensemble. Cette relation de confiance, silencieuse mais totale, explique en partie pourquoi l'OM garde un minimum de solidité défensive dans des saisons parfois chaotiques sportivement et institutionnellement.

Le palmarès

Comme beaucoup de joueurs de cette période tourmentée, Nkoulou repart de Marseille sans trophée majeur. Une Coupe de la Ligue en 2012 (victoire 1-0 contre Lyon, et ça, ça compte double), c'est maigre pour un joueur de son calibre. Avec le Cameroun, il participe à deux Coupes du Monde (2010 avec Monaco, 2014 avec l'OM) et remporte la Coupe d'Afrique des Nations 2017, quelques mois après son départ de Marseille.

En cinq saisons, il accumule environ 176 matchs toutes compétitions confondues, dont plusieurs campagnes européennes. Neuf buts, souvent de la tête sur corner, souvent dans des moments importants. Pas un artificier, mais un buteur ponctuel qui fait mal quand il monte.

Ce qu'on retient

Le pilier. C'est le mot qui revient quand on pense à Nkoulou. Pas la star, pas le chouchou des tribunes, pas le capitaine charismatique. Le pilier. Celui sur lequel tout repose, celui qu'on ne voit que quand il n'est pas là. Les saisons sans Nkoulou, blessé ou suspendu, l'OM prenait l'eau derrière. Les saisons avec lui, la défense avait un socle.

On retient aussi un professionnel irréprochable dans une période où l'OM traversait des turbulences constantes. Changements d'entraîneur en série, instabilité dirigeante, mercatos agités... Nkoulou traversait tout ça sans broncher. Présent à l'entraînement, présent le week-end, présent en Coupe d'Europe un mardi soir pluvieux à Guimarães comme un dimanche après-midi au Vélodrome contre Ajaccio. Cette régularité, c'est la qualité la plus sous-estimée du football.

"Défenseur élégant et régulier, il a été un pilier important de l'OM durant plusieurs saisons." La phrase est simple, presque banale. Mais elle dit tout. L'élégance, parce que Nkoulou jouait juste. La régularité, parce qu'il ne connaissait ni les passages à vide ni les éclats de génie. Le pilier, parce que sans lui, rien ne tenait.

Après l'OM

En 2016, Nkoulou quitte Marseille libre, direction l'Olympique Lyonnais. Le choix fait grincer des dents sur la Canebière. Lyon, quand même. Mais le joueur cherche un projet sportif ambitieux, et l'OL de l'époque joue la Ligue des Champions. Il y reste un an avant de filer au Torino, en Serie A, où il pose ses valises pour quatre saisons. En Italie, il retrouve un football qui correspond à son profil : tactique, exigeant défensivement, où le placement prime sur la vitesse.

Avec les Lions Indomptables, Nkoulou ajoute une ligne majeure à son palmarès en remportant la CAN 2017 au Gabon. Capitaine par intermittence de la sélection, il incarne cette génération de défenseurs camerounais formés en Europe, techniquement solides, tactiquement éduqués.

Cinq ans à Marseille, 176 matchs, un passage sans bruit mais pas sans trace. Nkoulou n'a pas de chant à son nom au Vélodrome, pas de banderole dans le Virage Sud. Mais demande à n'importe quel supporter qui suivait l'OM entre 2011 et 2016, il te dira la même chose : c'était un bon, un vrai, un solide. Et dans le football moderne, ça vaut tous les hommages.