Joseph-Antoine Bell
L'homme
Né à Douala en 1954, Joseph-Antoine Bell n'a rien d'un gamin qu'on aurait poussé vers les cages par défaut. À l'école, il est premier de la classe. À l'université, il étudie. Sur un terrain, il observe, il parle, il commande. C'est un cérébral dans un poste de cogneurs. Les pieds bien plantés sur sa ligne, la tête déjà ailleurs, à analyser ce que ses défenseurs n'ont pas vu venir.
Avant Marseille, il fait l'Afrique en grand : l'Africa Sports d'Abidjan, le Canon de Yaoundé. Il devient capitaine des Lions Indomptables et impose son autorité au-delà des frontières. La planète foot le découvre vraiment au Mondial 1982 en Espagne, où le Cameroun sort invaincu du premier tour sans encaisser un seul but contre l'Italie future championne du monde. Bell, dans les cages, fait taire les sceptiques qui croyaient encore que l'Afrique n'avait pas de gardiens. Le FC Toulon le repère, l'enrôle dès 1985 dans le championnat français, puis l'OM le récupère dans la foulée.
À l'OM
Quand il débarque au Vélodrome en 1985, le club sort tout juste de la D2 et se cherche. Le navire prend l'eau de partout, le public boude, les présidents passent. Bernard Tapie n'est pas encore là. Bell devient un point d'ancrage dans une équipe qui se reconstruit. Sa stature, sa voix qui porte, sa science des angles : il rassure une défense qui en a bien besoin.
Il joue les trois saisons charnières du club, celles où on remonte la pente avant que tout n'explose. 1985-1986, on reprend pied dans l'élite. 1986-1987, Tapie arrive avec ses promesses et ses millions, l'OM commence à attirer du beau monde, et Bell garde sa place de titulaire dans un effectif qui se renforce.
Sauf que Bell n'est pas du genre à se taire quand quelque chose ne lui plaît pas. Et ce qui ne lui plaît pas, c'est la manière dont Tapie traite ses joueurs, les promesses non tenues, la communication à grand spectacle. À la veille de la finale de Coupe de France 1987 contre Bordeaux, il accorde un entretien à France Football où il déballe tout. La direction lit l'article le matin du match. Bell est mis sur le banc en pleine finale. L'OM perd. La rupture est consommée, même si elle prend encore une saison pour devenir définitive. En 1988, il file à Bordeaux. Pour les supporters, c'est un déchirement. Bell avait été l'un des leurs, et il l'avait payé d'un sacrifice public.
Le palmarès
Avec l'OM, Bell n'a pas remporté de titre majeur. La grande vague Tapie démarre l'année où il part, et c'est tout le drame de son passage : il aura été le gardien du juste avant. Avec le Cameroun, c'est une autre histoire. Capitaine emblématique des Lions Indomptables, il dispute la Coupe du Monde 1990 où le Cameroun atteint les quarts de finale, performance jamais réalisée par une nation africaine jusque-là. Il est élu meilleur gardien africain à plusieurs reprises et compte parmi les pionniers de la première grande génération africaine du football mondial.
Ce qu'on retient
Joseph-Antoine Bell a accompagné la relance marseillaise avant l'ère Tapie triomphante. Il est l'homme du seuil. Celui qui tient la baraque quand personne ne regarde encore, et qui s'efface au moment où le projecteur s'allume. Dans la lignée des grands gardiens du club, il occupe une place à part, entre les héros des années 70 et ceux que tu connais mieux comme Fabien Barthez ou Steve Mandanda. Bell, c'est celui qui n'a pas eu le titre, mais qui a eu le verbe. Et dans une carrière de gardien, parler haut, c'est aussi laisser une trace. Sa silhouette est inséparable de l'histoire des grands gardiens de l'OM et de la mémoire turbulente des années Tapie.
Après l'OM
À Bordeaux, il enchaîne quatre saisons de très haut niveau et s'impose comme l'un des meilleurs gardiens du championnat français. Saint-Étienne, Toulon, Metz suivent. Il prolonge sa carrière jusqu'au milieu des années 1990, accumulant les saisons en première division française à un âge où la plupart de ses confrères ont déjà raccroché. Une fois les crampons rangés, il devient consultant, écrit, prend la parole sur les ondes africaines comme françaises. La voix qui dérangeait Tapie est devenue une référence pour analyser le foot, en particulier celui du continent. Joseph-Antoine Bell n'aura jamais perdu son verbe. C'était son arme. Au club, sur le terrain, et bien après.