Des dribbleurs de génie aux flèches modernes, l'OM a souvent eu des ailiers de très haut niveau. Le poste a une saveur particulière au Vélodrome. Dans un stade qui réclame du spectacle, du dribble, des centres venus de la corner-flag, l'ailier marseillais doit allumer la mèche avant que les attaquants ne plantent. Plusieurs générations ont incarné cette exigence, depuis les après-midi pluvieux des années 70 jusqu'aux finales européennes du XXIe siècle. Voici les figures qui ont fait du couloir un terrain de poésie.
Roger Magnusson, le funambule suédois
Avant Waddle, il y a eu Magnusson. Arrivé en 1968, le Suédois est resté six saisons à l'OM et a laissé l'image d'un dribbleur capable de passer trois adversaires sur quelques mètres carrés. Roger Magnusson jouait le foot comme un magicien, balle scotchée au pied, crochets impossibles, et une nonchalance qui exaspérait les défenseurs. Les supporters l'appelaient "Magic Magnusson". Il a contribué aux deux titres de champion de France de 1971 et 1972, dans une équipe portée par Skoblar en pointe. Son couloir droit, c'était sa scène. Le Vélodrome se levait à chaque accélération, et les anciens en parlent encore avec ce regard un peu lointain de ceux qui savent qu'ils ont vu quelque chose de rare.
Chris Waddle, l'élégance britannique
Vingt ans plus tard, l'OM a recruté un autre orfèvre. Chris Waddle débarque en 1989 et incarne immédiatement une nouvelle ère, celle de Bernard Tapie. L'Anglais avait ce truc rare, la capacité à ralentir le jeu pour mieux le déchirer. Trois saisons, trois titres de champion de France, et cette finale de Ligue des champions perdue aux tirs au but contre l'Étoile Rouge en 1991, où sa frappe était passée à quelques centimètres du poteau. Waddle ne courait pas, il se déplaçait. Il dribblait sans accélérer, ce qui rendait ses adversaires complètement perdus. Pour beaucoup de supporters de cette génération, il reste tout simplement l'ailier référence du club, celui à l'aune duquel on jugera les autres pendant des décennies.
Franck Ribéry, l'éclair marseillais
Le milieu des années 2000 a vu débarquer un gamin de Boulogne-sur-Mer avec une cicatrice et un talent fou. Franck Ribéry n'est resté que deux saisons à l'OM, de 2005 à 2007, mais cela a suffi pour entrer dans l'histoire. Sa façon de prendre la profondeur, de repiquer dans l'axe, de provoquer des fautes à l'orée de la surface, tout dans son jeu hurlait l'insolence. Il a porté l'équipe en finale de Coupe de France à deux reprises et son départ vers le Bayern Munich a constitué l'un des plus gros transferts de l'histoire du club. Ribéry à l'OM, c'est une étoile filante. Brève, mais qu'on n'a jamais oubliée. Les Marseillais l'ont vu naître au plus haut niveau, et ils n'ont pas tort de revendiquer leur part de paternité dans la suite de sa carrière.
Florian Thauvin, le revenant
L'histoire de Florian Thauvin avec l'OM tient en deux passages. Le premier, en 2013, s'est mal terminé, avec un transfert raté à Newcastle et beaucoup de rancœur dans les tribunes. Le second, à partir de 2017, a tout changé. Thauvin est devenu cadre, puis décisif, puis international. Lors de la saison 2017-2018, il termine meilleur passeur de Ligue 1, plante 22 buts en championnat (un total rarissime pour un ailier non central) et porte l'OM jusqu'à la finale d'Europa League à Lyon, où l'Atlético Madrid mettra fin au rêve. Son pied droit faisait des miracles, depuis le couloir comme depuis les coups de pied arrêtés. Sa carrière marseillaise s'est arrêtée en 2021 après une grosse blessure, mais il aura marqué l'époque post-Margarita Louis-Dreyfus comme aucun autre ailier.
Une école marseillaise du couloir
D'autres noms sont passés par les ailes du Vélodrome avec moins d'éclat ou plus de discrétion. Robert Pirès dans une version crépusculaire en 2010, Mathieu Valbuena dans un registre hybride entre meneur et ailier, ou Bouna Sarr reconverti piston droit avant son départ au Bayern. Mais les quatre figures évoquées plus haut partagent une chose. Chacune a su faire vibrer le Vélodrome avec ses propres armes. Le dribble pour Magnusson, l'élégance pour Waddle, l'explosivité pour Ribéry, le pied de fée pour Thauvin. Quatre styles, une même fonction, amener le bruit dans la défense adverse et le faire monter dans les tribunes. Tant qu'il y aura un OM, on continuera de chercher dans les couloirs ce frisson particulier que ces quatre-là ont su donner.