L'épopée européenne de l'OM en 2004

page-epoque 2003-2004

Le parcours européen qui a transformé Drogba en mythe instantané au Vélodrome. Onze ans après Munich, l'OM 2004 n'a pas gagné de coupe, mais il a redonné aux Marseillais quelque chose qu'ils avaient presque perdu : la sensation qu'une soirée européenne au Vélodrome pouvait encore renverser la planète foot. Cette saison-là, le club est tombé du Champions' League au tour préliminaire de la Coupe UEFA et il en a fait une épopée. Tout le monde se souvient de la finale perdue, mais personne n'a oublié le chemin pour y arriver.

D'une élimination en C1 à une renaissance en C3

L'histoire commence par une humiliation. Reversé en Coupe UEFA après une phase de groupes ratée en Ligue des Champions, l'OM se retrouve en hiver dans une compétition qu'il regardait jadis de haut. Alain Perrin coache l'équipe en début de parcours avant d'être remercié en début 2004. José Anigo, l'enfant du club, prend les commandes et insuffle quelque chose qu'on n'avait plus senti depuis longtemps : du caractère, de la rage, un peu de folie. L'effectif n'a rien d'une armada. Fabien Barthez tient les buts, Gabriel Heinze patrouille à gauche, Habib Beye verrouille le couloir droit avec cette discipline qui ne le quittera jamais, Camel Meïté et Sylvain N'Diaye font le sale boulot au milieu, Steve Marlet cherche son meilleur niveau dans les couloirs offensifs. Et puis devant, il y a ce grand type recruté l'été d'avant à Guingamp pour une somme qui semblait alors énorme : Didier Drogba.

Le tour qui change tout : Liverpool à Anfield

En seizièmes de finale, le tirage offre une affiche royale : Liverpool. Au Vélodrome, les Reds arrachent un 1-1 frustrant, Drogba ayant répondu à Heskey. On se dit que c'est cuit, qu'Anfield ne pardonne jamais. Et puis vient cette soirée du 11 mars 2004 où Drogba, sur un service plein axe, ajuste Dudek d'une frappe sèche. 1-0. L'OM gagne à Anfield, là où des générations de clubs anglais étaient venues mourir. Ce soir-là, dans les bars du Vieux-Port, on commence à se dire qu'il y a peut-être quelque chose à faire avec ce gamin ivoirien.

Inter, Newcastle, et un attaquant en feu

En quarts, l'Inter Milan débarque avec Vieri, Recoba, Adriano. La logique veut qu'on encaisse trois buts. La logique se trompe. Drogba marque encore au Vélodrome (1-0), puis l'OM ramène un 1-1 de San Siro. Toute la France découvre alors que ce numéro 11 ne se contente pas d'être grand, fort et puissant : il est froid, lucide, capable de plier un match à lui tout seul. Le buteur est en train de devenir un finisseur d'élite, dans une compétition où Marseille n'avait plus joué les premiers rôles depuis l'ère Tapie.

En demi-finales, Newcastle promet des grands soirs. Au Vélodrome, le 0-0 laisse tout ouvert. À St James' Park, devant un public anglais qui a son mot à dire sur ce qu'est une nuit européenne, Drogba claque un doublé. 2-0. Le second est un missile envoyé sous la transversale, le genre de but qu'on rejoue en boucle pendant vingt ans. L'OM est en finale d'une coupe d'Europe pour la première fois depuis 1991. Onze ans d'attente, balayés par la grâce d'un attaquant dont personne n'imaginait, douze mois plus tôt, qu'il serait là.

Göteborg, Valence, et la fin du conte

19 mai 2004, Ullevi de Göteborg. En face, Valence. Pas n'importe quelle Valence : celle de Rafa Benítez, championne d'Espagne, organisée comme une horloge suisse, redoutable en transition. L'OM tient une mi-temps, puis Vicente débloque la situation et Mista plie le match. 0-2. Pas de remontée, pas de miracle. Le Vélodrome sera silencieux ce soir-là, mais pas effondré. Parce que tout le monde sait, en regardant Drogba quitter la pelouse, qu'on vient d'assister aux derniers pas marseillais d'un futur monstre. L'été suivant, Chelsea pose 38 millions d'euros sur la table. L'épopée s'achève par un transfert.

Ce qu'il en reste

Le chiffre brut, c'est 11 buts en Coupe UEFA pour Drogba cette saison-là, meilleur buteur de la compétition. Le Onze d'Or qui suivra n'a rien de volé. Pour le club, c'est une finale de plus à mettre au mur, une de plus aussi à digérer, dans une histoire qui en compte déjà trop. Mais cette campagne 2003-2004 a une saveur particulière. Elle a rappelé qu'avec un attaquant d'exception, un coach courageux et un Vélodrome qui pousse, l'OM peut encore aller chercher l'Europe par le col. Habib Beye y a gagné son statut de cadre, Steve Marlet y a vécu sa plus belle aventure marseillaise, Barthez y a soigné son retour au club. Et Drogba, lui, est entré au panthéon en moins d'un an. Onze ans après Boli à Munich, l'OM 2004 n'a pas levé de trophée. Il a fait mieux pour la mémoire collective : il a fait rêver, jusqu'au bout.