Saliba a fait le Mondial avec une vertèbre fracturée

Quatre à cinq mois d'absence, et une opération qui se profile. Voilà la facture du Mondial de William Saliba, et quand on apprend dans quel état il l'a disputé, on comprend mieux pourquoi.

D'après ce qui sort depuis hier, le défenseur français a joué la compétition entière avec une fracture vertébrale contractée deux mois plus tôt, lors d'un match de Premier League. Pas une gêne, pas une douleur qu'on traîne. Une fracture. Sous antidouleurs, avec un suivi médical permanent, il a tenu match après match jusqu'à la demi-finale contre l'Espagne à Dallas, où sa blessure s'est aggravée pour de bon. Les Bleus jouent la petite finale, lui regardera ça avec un corset et des mois de rééducation devant lui. L'Équipe parle d'un à deux trimestres d'indisponibilité, l'opération chirurgicale étant l'option la plus probable.

À Marseille, on a un rapport particulier au bonhomme. Saison 2021-2022, prêté par Arsenal, Saliba débarque au Vélodrome et devient en quelques semaines le patron d'une défense qu'on croyait condamnée à trembler. Il forme une charnière avec Leonardo Balerdi, il gagne le trophée de meilleur espoir de Ligue 1, il repart à Londres, et on se dit qu'on venait d'héberger un futur cadre des Bleus pendant dix mois sans pouvoir le garder. C'était exactement ça.

Ce qui interroge, ce n'est pas le courage du joueur. C'est comment un défenseur international arrive au Mondial avec une vertèbre cassée sans que personne ne tire le frein à main. Deux mois entre la blessure initiale et le début de la compétition, un club, une sélection, deux staffs médicaux, et au bout du compte un gamin de 25 ans qu'on laisse enchaîner des duels aériens sous morphine douce. On veut bien parler d'abnégation, le mot est joli et il ne coûte rien à ceux qui le prononcent depuis les tribunes. On peut aussi appeler ça une prise de risque que personne n'assumera publiquement.

Nous, on a assez donné dans le genre pour savoir comment ça finit. Des joueurs qu'on pousse à revenir trop vite, des dos et des genoux qui ne pardonnent pas, des carrières qui ne redécollent jamais tout à fait au même niveau. Une fracture du rachis, ce n'est pas une élongation qu'on soigne avec de la glace et trois séances de vélo.

Saliba reviendra probablement autour de la trêve hivernale, dans le meilleur des cas. Reste à savoir ce qu'il retrouvera dans son corps quand il remettra les crampons.