On savait que les comptes piquaient. On découvre maintenant qu'ils piquent au point d'agacer Nyon. D'après L'Équipe, l'OM est en passe d'être déclaré en « breach » par le comité de contrôle financier des clubs de l'UEFA, autrement dit en non-respect de l'accord de règlement signé en 2022. Le verdict est attendu dans les prochaines semaines. Et il pourrait coûter cher.
Petit retour en arrière. En 2022, déjà épinglé pour ses dérapages, l'OM avait évité une grosse sanction en signant un « accord de règlement » : 2 millions d'amende dont 1,7 avec sursis, et l'engagement formel de revenir dans les clous. Concrètement, ne pas dépasser 60 millions de pertes cumulées sur trois saisons, avec une participation de l'actionnaire à hauteur d'au moins 55. Un cadre. Une promesse. Un calendrier.
Bilan : 157 millions de pertes sur trois ans
Le bilan tient sur une ligne. Selon la DNCG, l'OM affiche -12,7 M€ en 2022-2023, -39,1 M€ en 2023-2024, et -105 M€ en 2024-2025. Total : 157 millions. Plus de deux fois et demie le plafond fixé par l'UEFA. Et la courbe ne va pas dans le bon sens, elle plonge. L'instance européenne retraite généralement ces chiffres pour déduire certains investissements, mais même avec les corrections les plus généreuses, l'écart reste abyssal.
Comment on en est arrivé là ? Mercatos ambitieux, masse salariale qui gonfle, recettes de billetterie en hausse mais pas assez pour compenser, et surtout une saison sportive qui n'a pas répondu aux attentes. Bref, on a investi en pariant sur l'Europe, et l'Europe a fait grise mine.
Frank McCourt n'a pas attendu le verdict pour préparer sa plaidoirie. Le 10 avril, lors de la présentation de Stéphane Richard comme nouveau président, il avait déjà sorti l'argument : « On a essayé d'expliquer aux autorités de régulation européennes le panorama des médias en France, le manque de visibilité. J'espère que l'UEFA comprendra ce manque de droits télé qui a un impact sur notre viabilité. » Avec, quand même, la lucidité d'admettre la part de responsabilité du club : « On doit faire un meilleur travail à l'OM en matière de gestion. »
L'argument des droits TV peut passer. L'UEFA l'a déjà admis pour les clubs ukrainiens en guerre, ou les clubs turcs frappés par l'effondrement de la lire. Mais on n'est ni l'Ukraine ni la Turquie, et le dépassement est ici trop énorme pour être absorbé par un simple ajustement comptable.
Ce qu'on risque
Si l'UEFA opte pour la version soft : nouvelle amende, sanctions sportives mesurées (limitation du nombre de joueurs sur les listes européennes, interdiction d'engager de nouvelles recrues pour les compétitions continentales). Embêtant, mais gérable.
Si elle opte pour la version dure : exclusion. Pure et simple. De la prochaine campagne européenne pour laquelle l'OM se qualifierait. Avec la situation actuelle au classement Ligue 1, la question de la qualif est déjà compliquée. Une éventuelle interdiction sur la prochaine participation effective transformerait le problème en catastrophe industrielle pour l'image et l'attractivité du club.
Reste à savoir comment Nyon va trancher. Et si, comme souvent, le compromis sera quelque part entre les deux. Mais une chose est sûre : avec le mercato OM qui s'annonce déjà très contraint, on n'avait vraiment pas besoin de ça en plus.