Huit minutes. Voilà le temps qu'il a fallu aux Canaris, samedi après-midi, pour transformer un match de Ligue 1 en humiliation publique. Trois buts encaissés entre la 50e et la 58e, face à une équipe nantaise 17e au coup d'envoi, sans la moindre victoire en championnat depuis le 22 février. L'OM ne traverse plus une mauvaise passe. Il s'installe dans la honte.
Une mi-temps sauvée par De Lange
Avant la pause, on s'en sortait par miracle. Jeffrey De Lange, titulaire dans les buts pour pallier l'absence de Geronimo Rulli, a sorti deux énormes ballons devant Cabella seul face au but (34e), puis devant Kaba sur un contre éclair (37e). Sissoko avait tenté sa chance dès la 5e, Kaba dès la 2e. Nantes attaquait, Marseille subissait. Côté olympien, Mason Greenwood envoyait sa frappe loin du cadre (15e), Aubameyang ratait son face-à-face avec Carlgren (42e). Le 0-0 à la pause ressemblait déjà à un cadeau.
Huit minutes pour perdre la face
Au retour des vestiaires, Habib Beye a tenté de secouer son groupe en lançant Igor Paixao et Ange Lago à la place de Quinten Timber et Aubameyang. Trois minutes plus tard, Ganago ouvrait la marque à bout portant, servi en retrait par Abline (50e). Quatre minutes après, Rémy Cabella, ancien Marseillais passé par chez nous, doublait la mise du droit après une remise de Ganago (54e). Et à la 58e, Abline éliminait Balerdi puis Medina d'un double contact avant de planter le troisième. Trois buts en huit minutes. Pas contre le PSG, pas en C1. Contre Nantes, à la lutte pour le maintien.
À ce moment-là, ce n'est plus seulement une défaite. C'est une équipe qui ne maîtrise plus rien : pas son football, pas ses nerfs, pas même l'idée de ce qu'une fin de saison à Marseille devrait être. La Beaujoire a senti le vent tourner et n'a plus lâché.
Paixao tout seul, Carlgren impénétrable
Mené 3-0, Marseille a fini par réagir. Paixao, le seul à montrer un peu de morgue, a multiplié les chevauchées sur son côté gauche, éliminé Guilbert plusieurs fois, obligé Carlgren à rester vigilant. Le gardien suédois a sorti une frappe d'Amine Gouiri à la 68e, capté la reprise de Greenwood au point de penalty à la 86e (sur un centre d'Emerson), et fermé tous les angles. Mais l'OM courait après un score déjà trop lourd, avec une équipe coupée, brouillonne, résignée. On poussait parce qu'on était mené, on accélérait quand le match était plié. Le truc des équipes qui jouent leur fierté trop tard, et mal.
Onzième défaite, comme la saison Michel
Le bilan dit tout. Onze défaites en Ligue 1 cette saison, à deux journées de la fin. Une de plus que sur l'exercice 2015-2016, celui que les anciens préfèrent oublier, avec Michel sur le banc et la honte servie en plat principal. Le podium est un souvenir, l'Europe devient une inquiétude, et le simple fait de tenir la cinquième place pour grappiller un strapontin en Ligue Europa relève désormais du défi. Le classement Ligue 1 ressemble à un guet-apens, et ce qui reste à jouer n'a plus rien d'anodin.
Beye a hérité d'un groupe coupé en deux, d'une infirmerie comble (Rulli, Aguerd, Kondogbia, Nadir, Pavard, Weah), d'un vestiaire qui fuit dans la presse. Tout ça est vrai. Mais rien n'excuse la passivité du milieu, l'incapacité à répondre après l'ouverture du score, cette manière de s'écrouler au premier coup de vent. Beye le sait mieux que personne, lui qui portait le brassard ici à une époque où une telle prestation aurait fait sortir le Vélodrome avant la mi-temps. Ce qu'on laisse traîner sur la pelouse depuis trois matchs, ça ne se rattrape pas en deux journées. Ça reste collé au maillot.