Hier, on vous racontait qu'un ancien de la maison trouvait l'idée mal ficelée, qu'il "n'irait même pas". Habib Beye a tranché sans l'écouter. La mise au vert est officiellement lancée : jeudi, vendredi, samedi, trois nuits à la Commanderie pour tout le groupe avant la réception de Nice dimanche. Repos du lundi supprimé, doubles séances mardi et mercredi, plus aucune liberté pour personne jusqu'au coup d'envoi. La méthode forte, option maximum.
Sauf que la méthode forte, à quatre journées de la fin, elle se prend dans la gueule un vestiaire qui avait déjà levé les yeux au ciel.
Les premiers signaux arrivent, et ils ne sont pas bons. En interne, certains joueurs comparent déjà le dispositif à "de la détention provisoire". Gigot, qui n'est pourtant pas du genre à se plaindre, aurait lâché qu'il n'est "pas convaincu" par la démarche. Facundo Medina, lui, joue cartes sur table depuis deux jours : il pousse ses partenaires à se bouger, il tape sur ceux qu'il juge tièdes, il essaie de galvaniser un groupe qui ne veut plus trop l'être. L'Argentin est devenu le dernier à tenir le drapeau au cœur du vestiaire.
Le plus révélateur de ces dernières quarante-huit heures, c'est que Beye ne s'arrête plus aux joueurs. Après les avoir secoués, après les avoir enfermés, il a retourné son savon vers son propre encadrement. Staff médical, soigneurs, préparateur physique, tout le monde y est passé. Un coach qui tape à la fois sur ses joueurs et sur son staff à quatre matchs de la fin, c'est rarement le signe d'une équipe qui se trouve. C'est plutôt le signe d'un mec qui se sent seul.
Benatia n'arrange rien. Sa sortie tonitruante en zone mixte après Lorient avait déjà braqué le vestiaire. L'idée d'un départ programmé du directeur sportif en fin de saison durcit les positions : pourquoi accepter le sacrifice d'un confinement imposé par un dirigeant qui ne sera plus là dans deux mois ? La question n'est pas posée à voix haute, mais elle tourne dans les têtes. Et quand elle tourne, elle ronge.
La grande inconnue, c'est la jeunesse. Beye a laissé filer une phrase lourde de sens cette semaine : il songe à appeler les jeunes s'il faut. Traduction : si les cadres continuent à résister, il ira chercher du sang neuf. Menace à double tranchant. D'un côté, ça peut effectivement secouer le groupe. De l'autre, ça peut transformer le sprint final en marche forcée avec des gamins de dix-huit ans qui n'ont jamais vécu un Vélodrome couperet.
Et au-dessus de tout ça, il y a un match dimanche. Nice, cinquième, qui joue l'Europe lui aussi, qui vient de valider sa finale de Coupe de France, qui arrive le moral en bandoulière. Un calendrier qui n'autorise plus aucun faux pas pour accrocher le podium et cette qualification en Ligue des Champions devenue vitale sur le plan financier.
Si dimanche l'OM sort Nice, le confinement devient une légende, Beye ressort grandi, les frondeurs ferment leur bouche. Si dimanche l'OM se vautre, alors on aura la totale : un coach qui aura raté l'adhésion ET le résultat, un directeur sportif annoncé partant, un président absent, et des joueurs qui auront passé le week-end loin de leurs familles pour rien.
Le pari est énorme. On verra bien qui, de Beye ou du vestiaire, lâche le premier.