On s'en doutait un peu, mais entendre la nouvelle fait toujours mal au ventre. Nayef Aguerd ne rejouera vraisemblablement plus cette saison. Au moment où il faudrait un mur dans l'axe, on se retrouve avec un grand vide et des moyens du bord.
Le Marocain a été opéré mi-mars pour régler une douleur qui traînait depuis des mois. Pubis, adducteur, pointes qui s'étendaient jusqu'à l'os. Du lourd. Le bloc opératoire devait clore l'affaire. Sauf que trois semaines plus tard, la gêne est toujours là. Une réunion médicale s'est tenue mercredi entre le staff de l'OM et le docteur des Lions de l'Atlas, Christophe Baudot. Verdict prudent : on ne précipite rien. Ni pour finir la saison à Marseille, ni pour retrouver la sélection avant le Mondial.
Ça fait un drôle d'effet, quand on y repense. Aguerd a passé toute l'année à serrer les dents. Il a joué une partie de la CAN bourré d'anti-inflammatoires, est revenu à l'OM pour tenir la baraque entre deux grimaces. Un guerrier à l'ancienne, de ceux qui mouillent le maillot jusqu'à ce que le corps lâche. Sauf qu'à un moment, le corps envoie la facture. Et la facture, c'est maintenant, en pleine course au podium.
Une défense qui perd son patron
Si on regarde le classement, ça pique encore plus. Cette année, l'arrière-garde marseillaise n'a jamais été un modèle de tranquillité. Depuis qu'Aguerd tire la patte, on a multiplié les bricolages. Et voilà que la dernière ligne droite commence sans le seul défenseur central qui apportait un peu de calme et d'autorité dans la zone. Samedi à Lorient (17 heures), Habib Beye va devoir composer sans lui, mais aussi sans Facundo Medina, suspendu après son dernier carton, et Geoffrey Kondogbia, encore à l'infirmerie pour ses ischios.
Autrement dit, le coach part en Bretagne avec un puzzle défensif et quelques jeunes à dépoussiérer. Pas l'idéal pour aller chercher trois points sur une pelouse bretonne toujours piégeuse.
On écoute (enfin) le corps
On aimerait voir Aguerd revenir au chausse-pied pour les dernières rencontres. Forcément. Quand on a sorti 23 millions pour bâtir sa charnière autour d'un joueur, on n'a pas envie qu'il passe l'été dans un fauteuil. Mais pousser un défenseur qui souffre depuis des mois, ce n'est pas sérieux. Surtout à moins d'un an du Mondial, où le Maroc attend son taulier pour l'Amérique du Nord.
Le message envoyé par les deux staffs est clair : cette fois, on arrête de taper sur le clou. Pas de nouvelle infiltration, pas de "on va voir comment ça réagit à l'entraînement". Repos, rééducation, patience. Une philosophie que l'OM n'a pas toujours appliquée, habitué qu'il est à cramer ses joueurs pour trois points en mars. Cette fois, pour une fois, on semble vouloir regarder plus loin que le week-end prochain. C'est rare, ça mérite d'être noté.
Sept journées à tenir sans lui
À sept journées de la fin, chaque point va compter double. On a déjà vu ce que donnait l'OM sans ses cadres défensifs. Pas rassurant. Il va pourtant falloir faire avec, piocher dans l'effectif, et peut-être regarder du côté des quatre jeunes aperçus au stage de Marbella si les bobos s'accumulent encore.
Cette saison ressemble de plus en plus à un exercice de gestion de crise. On enchaîne les absences, les suspensions, les coups durs, et il faut continuer à avancer comme si de rien n'était. Sans Aguerd dans le dos, on perd ce qui nous rassurait dans l'axe : la lecture, le pied gauche propre sous pression, la capacité à éviter la panique quand l'adversaire resserre la vis.
On verra bien comment la défense tient le choc. On a connu pire, mais pas beaucoup. Ce qui est sûr, c'est qu'on l'attend déjà, Nayef, en août, frais, en pleine possession de ses moyens. L'OM a besoin de ce roc. Pas d'un soldat qui repart au front avec des béquilles.