Samir Nasri

Milieu offensifFrance2004-2008Légende
28Numéro
121Matchs OM
15Buts OM
1987-06-26Naissance

L'homme

Samir Nasri est né le 26 juin 1987 à Marseille, dans le quartier de La Gavotte Peyret, et il a grandi avec le Vélodrome dans les yeux. Gamin, il tapait le ballon dans les rues de Septèmes-les-Vallons avant d'intégrer le centre de formation de l'OM — la Commanderie, cette usine à rêves qui a sorti autant de pépites que de déceptions. Nasri, c'était clairement dans la catégorie pépite. Le genre de talent qui te fait lever de ton siège dès qu'il touche le ballon, même à 16 ans en réserve.

Ce qui le rendait différent, c'était ce pied gauche. Une caresse. Une intelligence de jeu au-dessus de la mêlée, une capacité à trouver l'espace là où il n'y en avait pas, à décaler le bon joueur au bon moment. Technique, vision, sang-froid devant le but — tout y était. Pas le physique d'un athlète, pas la vitesse d'un sprinter, mais une lecture du jeu qui compensait largement. Le foot, c'est pas de l'athlétisme. Nasri l'a prouvé à chaque match.

À l'OM

Ses débuts professionnels arrivent en 2004, il a 17 ans. L'OM traverse une période compliquée — on est loin des fastes des années Tapie, loin de la C1, on galère pour accrocher le podium certaines saisons. C'est dans ce contexte un peu gris que Nasri amène de la lumière. Pas tout de suite, pas à chaque match, mais quand il est en forme, tu sens que le gamin a quelque chose de spécial.

La saison 2006-2007 est celle de l'explosion. Nasri a 19 ans, il est titulaire indiscutable, et il régale. Des passes décisives à la pelle, des buts de filou — ce tir enroulé du gauche qui contourne le mur et se loge dans la lucarne, on l'a vu plus d'une fois. Le Vélodrome l'adore. Il est de chez nous, il porte nos couleurs, il fait les choses bien. Dans une période où l'OM peine à retenir ses meilleurs éléments, Nasri incarne l'espoir d'un renouveau bâti sur la formation.

En 2007-2008, sa dernière saison, il confirme tout le bien qu'on pensait de lui. Précis, décisif, capable de porter l'équipe sur ses épaules quand il le faut. Les grands clubs européens ont les yeux rivés sur lui. Arsenal, en particulier, insiste lourdement. Arsène Wenger, le dénicheur de talents français, voit en Nasri le successeur naturel de cette lignée de créateurs passés par le nord de Londres — Pires, Vieira, Henry avant lui.

Et puis vient le moment qu'on redoutait tous. L'été 2008, Nasri part. Direction Arsenal, pour un transfert avoisinant les 15 millions d'euros. Le prix du marché, peut-être. Le prix de la douleur, sûrement. Parce que voir partir un gamin formé à la maison, un Marseillais pur jus, un joueur qui aurait pu devenir la légende du club pour la décennie suivante... ça fait mal. On savait que ça arriverait — l'OM n'avait pas les moyens de le garder, les salaires anglais étaient imbattables — mais savoir ne console pas.

Le truc avec Nasri, c'est qu'on ne lui en a jamais totalement voulu. Pas comme certains départs qui laissent un goût de trahison (on ne citera personne, mais tu vois de qui on parle). Nasri est parti parce que c'était logique, parce que son talent dépassait ce que l'OM pouvait lui offrir à ce moment-là. Il n'a pas craché sur le club, il n'a pas fait son cinéma. Il est parti, point. Ça reste triste, mais c'est propre.

Ce qu'il a laissé derrière lui, c'est le souvenir d'un joueur qui a rendu le foot beau au Vélodrome pendant quatre ans. Ses dribbles crochetés dans les 30 derniers mètres, ses transversales millimétrées, ses coups francs qui frôlaient la lucarne — tout ça, c'est gravé. Environ 120 matchs et une quinzaine de buts, les chiffres sont modestes pour un joueur de sa classe. Mais les chiffres ne racontent pas tout. Nasri, c'était l'excitation. L'envie de courir au stade pour le voir jouer. La certitude que quelque chose pouvait se passer à chaque prise de balle.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
2004-2005Ligue 1 + Coupes120
2005-2006Ligue 1 + Coupes252
2006-2007Ligue 1 + Coupes407
2007-2008Ligue 1 + Coupes446
Total OM~121~15

Le palmarès à l'OM

Pas de trophée majeur avec Marseille. Voilà, c'est dit, et c'est peut-être le plus grand regret de cette histoire. Nasri a porté le maillot dans une période de reconstruction où l'OM courait après les titres sans jamais les attraper. La Coupe Intertoto 2005, si on veut vraiment gratter quelque chose... mais soyons honnêtes, personne n'encadre un trophée Intertoto.

Ce qu'on retient

On retient le talent à l'état pur. Ce pied gauche magique, cette capacité à ralentir le jeu quand tout le monde s'agite, à accélérer quand tout le monde attend. Nasri jouait au foot comme on aimerait tous y jouer — avec l'intelligence et l'élégance, sans avoir besoin de courir dans tous les sens pour exister.

On retient aussi la fierté. Un gamin de Marseille qui porte le maillot de l'OM, c'est pas n'importe quoi. Dans une époque où les centres de formation vident leurs pépites avant même qu'elles aient le temps de s'attacher, Nasri a quand même donné quatre ans au club. Quatre vraies saisons, pas un passage éclair de six mois. Il a grandi ici, devant nos yeux, match après match. De l'adolescent timide qui rentrait en fin de match au meneur de jeu international qui dictait le tempo — on a tout vu.

Et puis on retient le regret. Celui d'un club qui n'arrive pas à garder ses enfants. Nasri, c'est le symbole de ce que l'OM produit et ne conserve pas. La Commanderie sort des joueurs de classe mondiale, et ils s'en vont sous d'autres cieux parce qu'on n'a pas les moyens de rivaliser. C'est une histoire vieille comme le foot français, et Nasri en est l'un des chapitres les plus douloureux.

Après l'OM

À Arsenal, Nasri a confirmé son statut. Deux belles saisons, du jeu séduisant, une place de titulaire dans le onze de Wenger. Puis le transfert vers Manchester City en 2011, où il a gagné ce qui lui manquait : des trophées. Deux titres de Premier League, une League Cup — le palmarès s'est étoffé loin de Marseille, et ça, ça pique un peu.

Sa carrière en équipe de France a été plus tumultueuse. Après l'épisode Knysna en 2010 — il n'y était pas, mais les retombées ont touché toute la génération — et des tensions récurrentes avec le staff, sa relation avec les Bleus s'est progressivement dégradée. Talent gâché à l'international ? Peut-être. En tout cas, avec ses 41 sélections, on est loin de ce qu'il aurait pu atteindre.

La fin de carrière a été compliquée. Un passage anonyme à Séville, une suspension de 18 mois pour dopage en 2018, des piges en Turquie et en Belgique... Pas la sortie qu'on aurait imaginée pour un joueur de cette trempe. Mais quand on repense à Nasri, c'est pas Antalyaspor qui vient en tête. C'est le gamin au maillot blanc et bleu ciel qui dribblait au Vélodrome, le sourire aux lèvres, le pied gauche en or.