Roger Félix Louis Scotti

Milieu offensifFrance1942-1958Légende
452Matchs OM
67Buts OM
1925-07-29Naissance

L'homme

Roger Scotti est né le 29 juillet 1925 à Marseille. Pas dans un quartier chic, pas dans une famille de footballeurs. Un gamin de la ville, un pur produit du terroir phocéen. À dix ans, en 1935, il pousse la porte du centre de formation de l'OM. Il n'en ressortira que vingt-trois ans plus tard.

C'est un truc qui n'existe plus, ça. Un gosse qui entre dans un club à dix ans et qui en repart à trente-trois, avec le même maillot sur le dos. Pas de transfert, pas de clause libératoire, pas d'agent qui négocie un pont d'or ailleurs. Scotti, c'est l'OM, et l'OM, c'est Scotti. Point final.

Le bonhomme mesure 1m73, il est calme, posé, technique. Pas le profil du milieu de terrain bagarreur qu'on imagine dans le football d'après-guerre. Son truc à lui, c'est l'intelligence. La passe juste, le tempo maîtrisé, la vision du jeu qui compense tout le reste. Il joue lentement ? Peut-être. Mais la balle, elle, circule vite. Et c'est tout ce qui compte.

À l'OM

En 1942, Roger Scotti fait ses débuts en professionnel. Il a 17 ans, il est encore au lycée. Et dès mai 1943, il soulève la Coupe de France après une victoire 4-0 contre Bordeaux en finale. À 17 ans. Le plus jeune vainqueur de la Coupe de France de l'époque. Le gamin n'a même pas encore son bac que le voilà avec un trophée national dans les mains, aux côtés de ses aînés Jean Robin, Félix Pironti et Georges Dard.

Le vrai Scotti, celui qui marque l'histoire, c'est celui de l'après-guerre. Milieu offensif titulaire indiscutable, il est le métronome d'une équipe marseillaise qui retrouve ses ambitions. La saison 1947-1948 est la bonne : l'OM décroche le titre de Champion de France. Scotti a 22 ans, il est au coeur du dispositif, et la ville est en fête. C'est le dernier titre de champion que l'OM gagnera avant... 1971. Vingt-trois ans d'attente. Scotti, lui, aura vécu le dernier sacre de l'ancienne époque.

Son style de jeu détonne dans un club où la devise est "Droit au But". Scotti ne fonce pas, ne percute pas. Il temporise, il oriente, il distribue. Ses coéquipiers l'adorent parce qu'il les rend meilleurs. Avec Gunnar Andersson, le buteur suédois arrivé en 1950, il forme une association redoutable : l'un construit, l'autre conclut. Pendant huit ans, Andersson et Scotti sont les deux poumons de l'OM. Quand Larbi Ben Barek débarque en fin de carrière, la triplette Ben Barek-Andersson-Scotti fait rêver tout le Vélodrome.

Scotti est aussi un tireur de penalties hors du commun. Sur l'ensemble de sa carrière, il n'en rate qu'un seul, contre Nancy, passé la trentaine. Un seul. L'anecdote la plus savoureuse date du 29 août 1948, lors d'un OM-Roubaix. Scotti a déjà inscrit un penalty. Sur le deuxième, Julien Darui, le gardien de Roubaix et de l'Équipe de France, proteste tellement contre la décision de l'arbitre qu'il tourne le dos au tireur. Scotti ne se pose pas de questions et envoie le ballon au fond. Darui peut protester autant qu'il veut : 4-2, score final.

La finale de Coupe de France 1954 contre Nice reste le grand regret. Mené 2-1, l'OM pousse. Dans les dernières secondes, Scotti adresse un lob parfait vers Andersson pour l'égalisation... mais le Suédois ne peut pas conclure. Défaite. Le derby du Sud tourne en faveur des Niçois. Scotti ne reverra plus jamais une finale de Coupe de France.

Le palmarès

Le palmarès est mince pour un joueur de cette envergure, et c'est précisément ce qui rend Scotti attachant. Champion de France 1948, Coupe de France 1943, Coupe Drago 1957 (contre Lens, 3-1). Finaliste malheureux de la Coupe de France 1954. Deux sélections en Équipe de France : contre la Belgique en 1950 (3-3) et contre la Hongrie en 1956 (1-2). Deux capes seulement. Pour un joueur de ce calibre, c'est presque insultant. Mais à l'époque, jouer dans un club qui ne dispute pas le titre chaque année, c'est être invisible aux yeux des sélectionneurs parisiens.

Les vrais chiffres, ceux qui racontent l'histoire : 452 matchs toutes compétitions confondues sous le maillot de l'OM. Record absolu du club, tenu pendant plus d'un demi-siècle, jusqu'à ce que Steve Mandanda le dépasse en octobre 2017. 67 buts pour un milieu de terrain, dont 59 en championnat. Et une particularité qui dit tout : 23 ans dans le même club, de la catégorie jeune à la retraite sportive. Personne, à l'OM, n'a fait mieux. Personne ne fera probablement jamais mieux.

Ce qu'on retient

"Quitter Marseille, c'est m'arracher le coeur." Cette phrase, c'est Roger Scotti. Pas un slogan marketing, pas une déclaration pour faire plaisir aux journalistes. Une conviction, prouvée par seize saisons professionnelles dans le même club, dans la même ville, avec le même maillot. Monument de fidélité et de longévité, il incarne une part essentielle de l'ADN marseillais.

Des offres, il en a reçu. Des clubs plus riches, des équipes qui jouaient le titre chaque année, des propositions financièrement bien plus intéressantes que ce que l'OM de l'époque pouvait offrir. Il a tout refusé. Pas par manque d'ambition, mais parce que Marseille n'était pas une ville où il vivait : c'était ce qu'il était. Un Marseillais pur jus, de ceux qui ne conçoivent pas leur existence hors des Bouches-du-Rhône.

Et c'est là que Scotti dépasse le simple statut de bon joueur pour entrer dans la catégorie des symboles. Dans un football où la fidélité est devenue une anomalie statistique, où les joueurs changent de club comme de crampons, Scotti rappelle qu'il fut un temps où un homme pouvait consacrer toute sa vie sportive à une seule équipe. Par choix, pas par défaut.

Son influence se lit aussi dans les tribunes. Les supporters de l'OM des années d'après-guerre, ceux qui remplissaient le Vélodrome le dimanche, avaient deux certitudes : le soleil se lèverait le lendemain, et Scotti serait sur le terrain. Il fait partie de ces joueurs qui définissent ce que signifie "être de l'OM", au même titre que les légendes qui lui ont succédé. Son record de matchs joués n'est pas qu'un chiffre dans un tableau : c'est la preuve d'un engagement total, absolu, sans faille.

Après l'OM

Scotti quitte l'OM à l'été 1958, en même temps que son complice Gunnar Andersson. Il a 33 ans. La fin d'une ère, au sens propre : un an plus tard, l'OM descend pour la première fois de son histoire en deuxième division. Coïncidence ? Difficile de ne pas y voir un lien. Quand les piliers s'en vont, la maison s'écroule.

Roger Scotti ne quitte pas Marseille pour autant. Il y reste, il y vit, il y travaille. Il tient un commerce d'articles de sport dans la cité phocéenne. Un ancien supporter raconte : "Roger m'a vendu mes premières chaussures de foot." C'est beau, non ? Le recordman de matchs de l'OM qui continue à servir le football marseillais, une paire de crampons à la fois.

Son fils, Jean-Claude Scotti, reprend le flambeau et joue à l'OM de 1964 à 1970. Le nom Scotti sur un maillot marseillais, c'est une tradition familiale. Pas de dynastie médiatique, pas de récit doré. Juste un père et un fils, le même club, la même ville.

Roger Scotti s'éteint le 12 décembre 2001 à Marseille. Il avait 76 ans. Il n'avait jamais quitté sa ville. Fidèle jusqu'au bout.