Robert Pirès, le feu follet qui a filé
Le gamin de Vaulx-en-Velin
Robert Pirès naît le 29 octobre 1973 à Reims, d'un père portugais et d'une mère espagnole. Il grandit en banlieue lyonnaise, à Vaulx-en-Velin, dans un quartier où le foot se joue sur le bitume avant de se jouer sur le gazon. Le FC Metz le repère tôt. Il y passe six saisons, le temps de devenir international (sa première cape tombe en 1996), le temps aussi d'attirer les regards des clubs plus huppés. C'est Rolland Courbis, alors patron du banc marseillais, qui le convainc de descendre sur la Canebière à l'été 1998. Pirès arrive auréolé d'une étoile de champion du monde. Il a 24 ans, des jambes de feu et un pied gauche qui caresse le ballon comme personne.
Deux saisons de braise au Vélodrome
Son passage à l'OM tient en deux saisons. Deux petites saisons, mais quelle intensité. Pirès s'installe sur le flanc gauche d'une équipe qui revit. Courbis a assemblé un groupe ambitieux : Blanc, Ravanelli, Dugarry, Maurice. L'OM de 1999 joue les premiers rôles en championnat et se qualifie pour la Ligue des Champions. Pirès, dans ce collectif, est l'étincelle. Ses dribbles courts, sa capacité à éliminer dans un mouchoir de poche, ses passes en retrait millimétrées pour les attaquants : il apporte ce grain de folie technique qui manquait depuis des années.
La saison 1998-1999 reste la plus belle. L'OM termine vice-champion de France derrière Bordeaux. Le Vélodrome retrouve des soirs européens, des ambiances à faire trembler les tribunes. Pirès y est pour beaucoup. Il marque, il fait marquer, il provoque des fautes. Il a cette qualité rare des joueurs qui accélèrent le jeu sans forcer, qui trouvent la faille là où les autres voient un mur.
La deuxième saison s'avère plus compliquée. L'OM s'enlise, Courbis part, les résultats ne suivent plus. Pirès, lui, continue de briller individuellement, mais il sent que le projet stagne. Arsenal le courtise. Arsène Wenger, compatriote et fin connaisseur de la Ligue 1, sait exactement ce qu'il peut tirer de ce gaucher virevoltant. À l'été 2000, Pirès quitte Marseille pour Londres. Le transfert avoisine les 6 millions d'euros (une somme modeste, même pour l'époque). Les supporters le voient partir avec un mélange de fierté et d'amertume. Fierté d'avoir vu éclore un si beau joueur. Amertume de ne pas avoir su le garder.
Un palmarès construit ailleurs
C'est le paradoxe Pirès vu de Marseille : son palmarès, il l'a rempli partout sauf chez nous. Champion du monde 1998 (avant d'arriver), champion d'Europe 2000 (juste après être parti), double champion d'Angleterre avec Arsenal (2002, 2004), trois fois vainqueur de la FA Cup. Il fait partie des Invincibles d'Arsenal, cette équipe de 2003-2004 qui traverse la Premier League sans perdre un seul match. Robert y est titulaire indiscutable, élu meilleur joueur de la saison 2001-2002 par la FWA (Football Writers' Association).
À Marseille, le bilan comptable est plus maigre. Pas de trophée, pas de finale. Mais des statistiques solides pour un milieu : une trentaine de buts en un peu plus de 70 matchs toutes compétitions confondues, des passes décisives à la pelle, et surtout une empreinte visuelle. Ceux qui l'ont vu jouer au Vélodrome se souviennent de ses courses, de cette foulée chaloupée, de ce pied gauche qui semblait toujours avoir une seconde d'avance sur le défenseur.
Le tremplin marseillais
Marseille a servi de tremplin à celui qui allait devenir champion du monde puis star européenne. L'histoire est classique pour l'OM de cette époque : on détecte, on révèle, on ne retient pas. Pirès s'inscrit dans une lignée de joueurs que le club a portés vers le sommet sans en récolter les fruits. Avant lui, d'autres avaient suivi le même chemin. Après lui, Franck Ribéry et Samir Nasri reproduiront le schéma presque à l'identique : exploser à Marseille, partir au sommet, conquérir l'Europe sous d'autres couleurs.
C'est un rôle ingrat pour un club de cette envergure. Mais c'est aussi une forme de fierté. L'OM a eu l'œil, l'OM a su créer l'environnement pour que ces talents s'expriment. Le Vélodrome, avec sa ferveur et ses exigences, est une école. Pirès y a appris à jouer sous pression, devant 55 000 personnes qui ne pardonnent ni la tiédeur ni les mauvais soirs. Ce passage l'a endurci, préparé à la Premier League et aux grands rendez-vous internationaux.
Pour comprendre cette dynamique récurrente du club qui forme et révèle sans toujours garder, il faut regarder au-delà du cas individuel. C'est structurel. Les grands milieux de l'OM ont souvent eu le même destin : briller un temps, puis partir. La grande équipe de 1999 dont Pirès fut l'un des joyaux n'a pas fait exception.
L'après, et ce qui reste
Pirès quitte Arsenal en 2006, passe par Villarreal, tente un retour en Inde (Goa), s'essaie au futsal. Il raccroche définitivement les crampons en 2016, à 42 ans, preuve d'un amour intact pour le ballon. En reconversion, il reste proche du football, consultant ponctuel, présent dans les événements caritatifs, toujours élégant dans le costume comme il l'était avec le maillot.
À Marseille, on ne lui en veut pas d'être parti. On sait comment ça marche. On aurait aimé le garder plus longtemps, lui offrir un trophée, le voir soulever quelque chose au Vélodrome. Mais deux saisons ont suffi pour laisser une trace. Quand on parle des joueurs qui ont marqué la fin des années 90 à l'OM, Pirès revient toujours dans la conversation. Pas comme une légende du temps long, non. Plutôt comme un souvenir vif, un éclair de talent pur, une promesse tenue ailleurs.