Lucho González — Le cerveau du titre 2010

Légende

L'homme

Lucho González naît le 19 janvier 1981 à Buenos Aires, dans un pays où le football est une religion et le milieu de terrain un poste noble. Formé à Huracán, il ne traîne pas longtemps en Argentine. Le gamin a du talent plein les pieds, une vision du jeu au-dessus de la moyenne, et surtout cette capacité rare à ralentir le temps quand tout s'accélère autour de lui. River Plate le récupère vite, et c'est là qu'il commence à se faire un nom.

En 2005, le FC Porto le fait venir au Portugal. Quatre saisons dans un club exigeant, habitué aux sommets européens. Lucho s'y impose comme un titulaire indiscutable, accumule les titres nationaux, goûte à la Ligue des Champions avec le sérieux des grands soirs. Il apprend l'Europe, le pressing, les tactiques millimétrées. Quand l'OM vient le chercher à l'été 2009, il a 28 ans, l'âge de la pleine maturité pour un milieu de terrain. Il arrive avec un CV long comme le bras et la réputation d'un joueur capable de faire tourner une équipe entière.

À l'OM

Didier Deschamps le veut, et quand Deschamps veut quelqu'un, c'est rarement par hasard. L'entraîneur marseillais est en train de bâtir un groupe taillé pour le titre. Il a déjà posé les fondations avec Gabriel Heinze en défense, Mamadou Niang devant. Mais il manque un chef d'orchestre au milieu, quelqu'un capable de dicter le tempo, de garder le ballon quand ça chauffe, de trouver la passe qui tue quand les lignes se resserrent.

Lucho, c'est exactement ça. Dès ses premiers matchs, on comprend qu'on a affaire à un joueur d'un autre calibre. Pas le genre à te faire sauter de ton siège sur un dribble dévastateur. Non, Lucho te fait lever la tête et murmurer "ah, bien joué" parce qu'il vient de trouver un espace que personne d'autre n'avait vu. Sa première touche de balle est parfaite. Sa relance, toujours juste. Son placement, celui d'un mec qui a compris le jeu avant tout le monde.

Au Vélodrome, les supporters mettent un peu de temps à le cerner. On aime les guerriers, les buteurs, les provocateurs. Lucho est plus discret. Mais les connaisseurs savent. Et la saison 2009-2010 va donner raison à tout le monde.

Le palmarès

La saison du titre, justement. L'OM version 2009-2010, c'est une machine collective, portée par une colonne vertébrale en acier : Mandanda dans les cages, Heinze en patron de la défense, Lucho au coeur du jeu, Niang pour planter. Lucho dispute 35 matchs de Ligue 1 cette saison-là. Il inscrit 4 buts et distribue 8 passes décisives. Des chiffres honnêtes, mais qui ne racontent qu'une partie de l'histoire. Parce que son apport se mesure surtout dans ce qui ne se voit pas sur les feuilles de stats : les ballons récupérés proprement, les transitions accélérées d'une seule passe, les moments de calme imposés quand l'équipe panique.

Le soir du 5 mai 2010 et cette victoire 3-1 contre Rennes qui scelle le titre, Lucho est là, fidèle au poste. Dix-huit ans que Marseille attendait ça. Dix-huit ans de promesses, de faux départs, de saisons qui finissent en eau de boudin. Et voilà qu'un Argentin élégant, un Français teigneux en défense et un Sénégalais tueur devant le but viennent écrire la fin de cette longue frustration.

En trois saisons à Marseille (2009-2012), Lucho aura aussi disputé la Ligue des Champions, connu les grandes soirées européennes au Vélodrome, accumulé plus de 100 matchs toutes compétitions confondues. Deux Trophées des Champions viennent compléter sa collection marseillaise.

Ce qu'on retient

Lucho González, c'est le cerveau du titre 2010. Le mot n'est pas trop fort. Dans une équipe où chacun avait un rôle précis, le sien était de penser plus vite que l'adversaire. De trouver la solution quand il n'y en avait pas. De garder la tête froide quand le Vélodrome s'enflammait et que les jambes commençaient à peser.

Élégant et intelligent dans le jeu, il fut l'un des grands milieux de l'histoire récente du club. Pas le plus spectaculaire, pas le plus médiatique, mais peut-être le plus indispensable de cette génération championne de France 2010. Demande à n'importe quel supporter qui a vécu cette saison : il te citera Niang pour les buts, Heinze pour le caractère, Mandanda pour les arrêts. Mais si tu insistes un peu, si tu creuses, Lucho revient toujours dans la conversation. Parce qu'on ne gagne pas un championnat sans un mec comme lui au milieu.

Il fait partie de cette lignée de joueurs argentins qui ont marqué le club, de Heinze à lui en passant par tant d'autres. Des mecs qui débarquent à Marseille et comprennent immédiatement ce que l'OM représente. La passion, la pression, l'exigence. Lucho n'a jamais triché, jamais fait semblant. Trois saisons pleines, un engagement total.

Après l'OM

À l'été 2012, Lucho quitte Marseille pour retourner au FC Porto. Il y passe deux saisons supplémentaires, remporte encore des titres au Portugal, confirme son statut de joueur de très haut niveau. Il termine sa carrière en passant par le Brésil (Athletico Paranaense) et l'Argentine (River Plate, puis Huracán, là où tout avait commencé), avant de raccrocher les crampons en 2019 à 38 ans.

Lucho González n'a jamais fait de bruit. Pas de scandales, pas de polémiques, pas de coups d'éclat médiatiques. Juste du football, propre et efficace, pendant presque vingt ans de carrière professionnelle. À Marseille, son nom reste associé à l'un des plus beaux souvenirs récents du club. Les joueurs cultes ne sont pas toujours ceux qui crient le plus fort. Parfois, c'est celui qui murmure la bonne passe au bon moment.