Jocelyn Angloma, le latéral total

Légende

L'homme

Né en Guadeloupe le 7 août 1965, Jocelyn Angloma grandit avec le football dans les jambes et le soleil des Antilles dans le tempérament. Un gamin de Sainte-Rose qui tape ses premiers ballons pieds nus avant de rejoindre la métropole pour tenter sa chance. Son parcours commence du côté de Rennes, où il se forge une réputation de latéral droit aussi costaud en défense que dangereux quand il monte. À Rennes, il apprend le métier. Celui qui consiste à défendre avec les tripes et à relancer proprement, même quand ça chauffe derrière. Ses performances lui ouvrent les portes de l'équipe de France, et surtout, elles attirent l'attention d'un certain Bernard Tapie.

À l'OM

En 1991, Angloma débarque au Vélodrome dans un effectif qui ne rigole pas. Basile Boli, Manuel Amoros, Mozer, Casoni... la défense marseillaise, c'est un mur. Et lui, il s'y intègre comme s'il avait toujours été là. Son poste ? Latéral droit, officiellement. Mais en réalité, Angloma est partout. Il couvre son couloir avec une rigueur impeccable, gratte des ballons que tout le monde pensait perdus, et quand l'occasion se présente, il déboule sur le flanc avec une pointe de vitesse qui surprend les attaquants adverses autant que les défenseurs.

Son style, c'est l'efficacité sans le spectacle gratuit. Pas de geste inutile, pas de tacle pour la galerie. Chaque intervention est calibrée, chaque relance a un sens. Les supporters du Vélodrome, habitués aux numéros des artistes de devant, mettent un peu de temps à mesurer tout ce qu'il apporte. Mais ceux qui regardent le foot avec attention le savent : cette équipe tient aussi grâce à lui.

La saison 1992-1993, c'est évidemment le sommet. Le parcours en Ligue des Champions, les soirées européennes, la montée en puissance collective. Angloma y est titulaire indiscutable, solide comme un roc dans les matchs couperets. À Munich, le 26 mai 1993, il est sur la pelouse quand Boli claque sa tête et que Marseille entre dans l'histoire. Un titre de champion d'Europe, ça ne s'oublie pas. Et dans cette équipe de stars, Angloma est celui qui fait le travail que personne ne voit à la télé mais que tout le monde sent sur le terrain.

Le palmarès

Trois saisons à l'OM, et pas des moindres. Champion d'Europe 1993, c'est la ligne qui brille le plus sur le CV. Mais il y a aussi les deux titres de champion de France (1992 et 1993, le second sera rétrospectivement entaché par l'affaire VA-OM, mais sur le terrain, la domination était réelle). En sélection, Angloma cumule 37 capes avec les Bleus, participant à l'Euro 1992 en Suède. Un palmarès solide pour un joueur qui n'a jamais cherché la lumière.

Ce qu'on retient

Défenseur complet et fiable, il a fortement participé à la domination olympienne du début des années 1990. Voilà ce qu'on retient de Jocelyn Angloma. Le mot-clé, c'est "complet". Dans une époque où les latéraux étaient souvent soit des défenseurs purs soit des attaquants reconvertis, lui faisait les deux avec la même exigence. Il défendait comme un arrière central quand il le fallait, et il attaquait comme un ailier quand l'espace s'ouvrait. Ce profil de défenseur total, l'OM en a connu quelques-uns dans son histoire, mais Angloma reste l'un des plus aboutis.

Dans cette équipe de Tapie qui visait les étoiles, il était le maillon discret mais indispensable. Le genre de joueur que l'entraîneur aligne en premier sur la feuille de match, sans hésiter une seconde. Pas le nom que les gamins crient dans la cour de récré, mais celui que les connaisseurs citent quand on leur demande pourquoi cette équipe était si forte.

Après l'OM

En 1994, Angloma quitte Marseille pour l'Italie et signe au Torino, puis rejoint Valence en Espagne où il connaît une seconde jeunesse. En Liga, il impressionne suffisamment pour rester plusieurs saisons, confirmant que son talent dépassait largement les frontières de la Ligue 1. Sa carrière internationale se poursuit aussi, et il fait partie du groupe France pour l'Euro 1996.

Après avoir raccroché les crampons, Angloma s'est fait plus discret que beaucoup de ses anciens coéquipiers. Pas de plateau télé, pas de reconversion médiatique tapageuse. Fidèle à son image de joueur : efficace, sans bruit, sans esbroufe. Mais à Marseille, ceux qui ont vécu les grandes heures du début des années 1990 n'ont pas oublié ce latéral guadeloupéen qui courait plus vite que son ombre et qui ne lâchait jamais rien. Trois ans au club, un titre européen, et le respect de ceux qui savent.