Franck Sauzée, le milieu prince du grand OM
Un gamin de Rodez dans le tourbillon
Franck Sauzée grandit à Rodez, loin des lumières de la Canebière. Formé à Sochaux, il s'y impose très vite comme un milieu complet, technique et physique, capable de dicter le tempo d'un match à vingt ans. Son élégance balle au pied et sa vision du jeu attirent les regards. L'OM de Bernard Tapie, en pleine phase de recrutement massif, vient le chercher en 1988. Sauzée a vingt-trois ans. Il ne sait pas encore que Marseille va changer sa vie.
Le cadre de l'épopée
Son premier passage (1988-1990) lui permet de découvrir la dimension du club. L'effectif déborde de talents, la concurrence est féroce, mais Sauzée s'installe. Il possède ce que peu de milieux ont : une frappe lourde des deux pieds, un jeu de tête au-dessus de la moyenne et une intelligence de placement qui lui permet de surgir dans les zones de finition. Prêté à Monaco puis revenu en 1991, il retrouve un OM encore plus ambitieux.
C'est lors de ce second passage que Sauzée prend toute sa dimension. Aux côtés de Didier Deschamps, il forme un duo de milieu complémentaire : Deschamps ratisse, récupère, distribue ; Sauzée projette, frappe, marque. L'un est le métronome, l'autre le canon. Ensemble, ils portent un collectif taillé pour l'Europe.
La saison 1992-1993 reste le sommet. L'OM marche sur la Ligue des Champions avec une certitude tranquille. Sauzée, titulaire régulier, apporte sa science du placement et ses coups de pied arrêtés redoutables. Le 26 mai 1993, à Munich, il est là, dans le vestiaire du Olympiastadion, quand l'histoire s'écrit. La Coupe aux grandes oreilles, le seul club français à l'avoir soulevée. Sauzée porte cette étoile avec la discrétion qui le caractérise.
Un palmarès à la hauteur
Deux titres de champion de France (1989, 1992). Une Ligue des Champions (1993). International français à 39 reprises, présent à l'Euro 1992 en Suède. Des statistiques de buteur inhabituelles pour un milieu de terrain, avec cette capacité à décocher des frappes lointaines qui laissaient les gardiens cloués sur leur ligne. À l'OM, il aura disputé plus de 120 matchs sur ses deux passages, inscrivant une trentaine de buts. Des chiffres secs qui ne disent pas tout de son influence réelle sur le jeu.
L'aristocrate du milieu
Milieu élégant et influent, Franck Sauzée fut l'un des cadres de la période la plus glorieuse du club. Pas le plus spectaculaire, pas le plus médiatique, mais peut-être l'un des plus complets. Son pied gauche soyeux, sa lecture du jeu, sa capacité à hausser son niveau dans les grands rendez-vous en font un joueur à part dans la galaxie des grands milieux passés par le Vélodrome.
Ce qu'on retient de Sauzée, c'est cette classe naturelle. Jamais un geste de trop, jamais un mot plus haut que l'autre. Sur le terrain, il parlait avec le ballon. Et le ballon, avec lui, disait des choses que les autres ne savaient pas formuler.
La suite, loin du Vélodrome
Après l'OM, Sauzée connaît un parcours atypique. Passage par l'Atalanta Bergame, retour en France à Strasbourg, puis un exil improbable en Ecosse, au Hearts of Midlothian d'Édimbourg, où il devient une véritable icône. Les supporters des Hearts l'adorent, au point de lui confier le brassard de capitaine puis les rênes de l'équipe comme entraîneur, brièvement. Édimbourg lui offre une seconde vie footballistique, un amour tardif et sincère.
Rentré en France, Sauzée s'éloigne des projecteurs. Pas de carrière de consultant télé, pas de reconversion tapageuse. Fidèle à lui-même : discret, droit, ailleurs. Mais à Marseille, ceux qui l'ont vu jouer n'ont pas oublié. Le numéro 6 qui frappait comme un 10 et défendait comme un 8. Un joueur complet dans un club qui ne faisait rien à moitié.