Florian Tristan Thauvin
L'homme
Florian Thauvin est né à Orléans, loin de la mer et du mistral, dans une ville où le foot n'a jamais été une religion. Formé à Bastia, il y fait ses premiers pas pro à 18 ans, dans un Furiani bouillant qui forge les caractères mieux que n'importe quel centre de formation climatisé du continent. Un an plus tard, Lille le récupère pour quelques millions. Saison mitigée dans le Nord, des éclairs dans un ciel gris, et puis l'OM appelle à l'été 2013. Il a 20 ans, un pied droit comme un lance-missiles et cette arrogance du gamin qui sait qu'il est fort mais qui ne l'a pas encore prouvé.
À l'OM
Premier passage, 2013-2015
Thauvin débarque dans un OM en reconstruction, celui de Labrune et Baup, puis celui de Bielsa. Les débuts sont prometteurs sans être fracassants. On voit le potentiel, cette capacité à prendre le ballon côté droit, à rentrer sur son pied gauche (non, son droit, toujours son droit, c'est sa marque de fabrique) et à frapper de loin. Mais le gamin agace aussi. Trop individualiste, trop sûr de lui pour un joueur qui n'a encore rien gagné. Le Vélodrome est partagé : génie ou m'as-tu-vu ?
Sous Bielsa, la saison 2014-2015, Thauvin progresse dans le système dingue de l'Argentin. Il marque, il provoque, il énerve les défenseurs adverses. Mais quand Newcastle vient frapper à la porte avec un chèque en livres sterling, il part. À 22 ans, il choisit l'Angleterre, la Premier League, les projecteurs. On lui en veut un peu, sans plus. On a l'habitude.
L'exil raté et le grand retour, 2016-2021
Newcastle est un cauchemar. Le foot anglais, le froid, un vestiaire qui ne le calcule pas, un entraîneur qui ne sait pas quoi faire de lui. Thauvin revient à Marseille en prêt dès janvier 2016, la queue entre les jambes mais le pied droit intact. Et c'est là que tout commence vraiment.
À partir de la saison 2016-2017, Thauvin devient un autre joueur. Plus mature, plus constant, plus décisif. Le passage à Newcastle lui a mis un coup de pied quelque part et il est revenu avec la rage de prouver qu'il valait mieux que ça. Côté droit, il est inarrêtable. Cette combinaison de vitesse, de technique et de frappe surpuissante, on n'avait plus vu ça sur ce flanc depuis longtemps. Il plante 15 buts en Ligue 1 cette saison-là, dont des frappes venues de nulle part, des enroulés du droit qui se logent en lucarne comme si c'était facile.
La saison de sa vie, 2017-2018
Et puis il y a cette saison 2017-2018. Celle de l'Europa League, celle où l'OM retrouve le goût de l'Europe et des grandes soirées au Vélodrome. Thauvin est partout. 26 buts toutes compétitions confondues, des passes décisives en pagaille, une complicité de chaque instant avec Dimitri Payet sur le front de l'attaque. Les deux se trouvent les yeux fermés : Payet le génie de la passe, Thauvin le finisseur au pied droit chirurgical.
En Ligue des Champions (les barrages) puis en Europa League, il porte l'OM sur ses épaules avec Payet et Mandanda. Ce parcours européen, Bilbao, Leipzig, Salzbourg, c'est aussi son histoire. Avant la finale de Lyon contre l'Atlético, il est l'un des meilleurs joueurs de la compétition. La suite, on la connaît. 0-3, Payet qui sort en larmes, Griezmann qui nous plante un doublé. Thauvin reste sur le terrain jusqu'au bout, impuissant. Le genre de soir qui te hante longtemps.
Champion du monde, 2018
L'été qui suit, la Russie. Thauvin fait partie des 23 de Deschamps, il entre en jeu en finale contre la Croatie et marque. Un but en finale de Coupe du monde. Le gosse d'Orléans passé par Bastia et Newcastle est champion du monde. À Marseille, on est fiers, un peu jaloux aussi (pourquoi il ne nous fait pas ça en finale d'Europa League ?), mais surtout fiers. C'est notre gars qui a cette étoile sur le maillot.
Le déclin, 2019-2021
Les deux dernières saisons sont plus compliquées. Une blessure à la cheville lors de la saison 2018-2019 le prive de longs mois. Il revient, mais quelque chose s'est cassé. Le Thauvin de 2017-2018 ne reviendra plus tout à fait. Des éclairs, toujours, des buts magnifiques de temps en temps, mais la régularité n'est plus là. Le physique lâche, les pépins s'accumulent. En 2021, en fin de contrat, il choisit de partir libre. Direction les Tigres de Monterrey, au Mexique. Pas le Bayern, pas un grand club européen. Le Mexique. On ne comprend pas bien, on est un peu vexés, et puis on se dit que c'est son choix et qu'il nous a déjà tout donné.
Le palmarès à l'OM
- Finaliste Europa League 2018
- Champion du monde 2018 (avec la France, pendant sa période OM)
Pas de titre domestique. Encore un. On commence à se demander si le Vélodrome n'est pas frappé d'une malédiction.
Ce qu'on retient
Un pied droit. Ce pied droit qui a frappé des centaines de ballons depuis le côté droit de la surface, toujours le même geste, toujours cette frappe enroulée qui file vers le premier poteau ou la lucarne opposée. Les défenseurs savaient ce qu'il allait faire. Les gardiens aussi. Et personne n'arrivait à l'arrêter. 86 buts en 171 matchs, un ratio de grand buteur pour un ailier, le genre de chiffres qui te placent dans une catégorie à part.
Buteur et passeur majeur, il fut l'un des grands leaders offensifs de l'OM moderne. Pas le plus aimé dès le départ (ce côté tête à claques, ce sourire un peu trop confiant), mais celui qui a fini par convaincre tout le monde à coups de buts. Thauvin n'a pas eu besoin qu'on l'aime tout de suite. Il a juste marqué, encore et encore, jusqu'à ce qu'on n'ait plus d'autre choix que de l'adopter.
Après l'OM
Les Tigres de Monterrey, c'est l'exil doré. Thauvin découvre le Mexique, la Liga MX, un championnat qui n'a rien à voir avec ce qu'il a connu. Loin du Vélodrome, loin de la Ligue 1, loin des projecteurs européens. Quelques buts, quelques blessures, la routine d'un joueur qui approche de la trentaine et qui a peut-être déjà vécu ses plus belles années.
À Marseille, son souvenir reste celui du numéro 26 qui coupait depuis le côté droit, le ballon collé au pied, avant de déclencher cette frappe que tout le monde attendait et que personne n'arrêtait. Deux passages, huit saisons au total, 86 buts. Thauvin n'est pas le joueur le plus talentueux à avoir porté le maillot blanc. Mais il est l'un de ceux qui l'ont porté le plus longtemps avec cette constance dans la production offensive. Et ça, ça vaut bien une place au panthéon.