Fabien Alain Barthez

GardienFrance1992-1995Légende
1Numéro
130Matchs OM
0Buts OM
1971-06-28Naissance

L'homme

Tu le reconnaîtrais entre mille, même de dos, même à cinquante mètres. Ce crâne lisse, cette gueule de pirate, cette manière de gueuler sur sa défense comme si c'était eux les adversaires. Fabien Barthez, c'est d'abord un tempérament. Né à Lavelanet dans l'Ariège en 1968 -- non, pardon, en 1971, faut pas le vieillir, il détesterait ça --, le gamin grandit avec le foot dans les veines et une personnalité qui déborde du cadre. Littéralement. Parce que Barthez, c'est le gardien qui refuse de rester sur sa ligne. Celui qui monte, qui sort, qui relance au pied, qui provoque.

Avant d'arriver chez nous, il fait ses classes à Toulouse. Un club formateur qui lui apprend le métier sans lui couper les ailes. Mais c'est à Marseille que tout bascule, que le gamin de l'Ariège devient une légende. Il débarque au Vélodrome en 1992, à 20 ans à peine, et personne ne se doute que ce type va devenir le meilleur gardien français de sa génération. Personne sauf peut-être lui -- la confiance en soi, chez Barthez, ça n'a jamais été un problème.

À l'OM

Son arrivée coïncide avec la saison la plus folle de l'histoire du club. 1992-1993. L'année où on touche les étoiles. Barthez s'impose dans les cages avec une autorité qui ferait pâlir des gardiens de dix ans son aîné. Il a ce truc, cette capacité à remplir la surface de réparation de sa seule présence. Les attaquants adverses hésitent avant de se présenter face à lui, et quand ils tentent leur chance, ils se heurtent à des réflexes de félin.

La campagne de Ligue des champions 1993, c'est son chef-d'oeuvre marseillais. Match après match, il tient la baraque. Face au Milan AC en finale, le 26 mai à Munich, il est immense. Basile Boli met la tête qui change tout, d'accord. Mais derrière, c'est Barthez qui verrouille. Les Italiens poussent, Baresi organise le siège, Van Basten rôde -- et le crâne tient bon. 1-0, coup de sifflet final, on est champions d'Europe. Le premier club français à soulever cette coupe aux grandes oreilles. Et dans les cages, un gamin de 21 ans qui vient d'entrer dans l'éternité.

Ce qui marque chez lui au Vélodrome, au-delà des arrêts, c'est le personnage. Barthez, c'est le gardien showman. Le bisou sur le crâne de Laurent Blanc viendra plus tard en équipe de France, mais l'attitude est déjà là : les provocations, les sorties kamikazes, les relances longues qui coupent trois lignes. Il joue au gardien comme d'autres jouent numéro 10 -- avec du panache, parfois à la limite de l'inconscience. Les supporters adorent. Les entraîneurs ont parfois des sueurs froides.

Trois saisons à l'OM, de 1992 à 1995. Trois saisons marquées par le titre européen mais aussi par le scandale VA-OM et la relégation en D2. Barthez vit le meilleur et le pire en l'espace de quelques mois. La gloire de Munich en mai 93, puis la descente aux enfers. Il reste pour la remontée, loyal malgré les sirènes, avant de filer à Monaco en 1995. On ne lui en veut pas. Il avait donné ce qu'il avait de mieux, et le club n'était plus en mesure de le retenir.

Environ 130 matchs sous le maillot blanc. Pas un seul but marqué -- on ne va pas lui reprocher, c'était un gardien, pas Higuain. Mais 130 matchs de spectacle, de caractère, de sauvetages décisifs. Le genre de gardien qui te fait lever de ton siège aussi souvent qu'un buteur.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs encaissésClean sheets
1992-1993Division 1 + C145--
1993-1994Division 138--
1994-1995Division 235--
Total OM~130--

Le palmarès à l'OM

Ligue des champions 1993. Point final. Mais quelle ligne. Combien de gardiens français peuvent aligner ça sur leur CV ? Un, précisément. Et il est passé par le Vélodrome.

On pourrait ajouter le titre de champion de France 1993, mais l'histoire -- et la justice sportive -- en a décidé autrement. Le fantôme de VA-OM plane encore. Alors on se concentre sur Munich, sur cette nuit de mai, sur ce trophée que personne ne pourra jamais nous enlever.

Ce qu'on retient

Le crâne, évidemment. Impossible d'évoquer Barthez sans parler de ce crâne rasé qui est devenu un symbole. Avant Zidane, avant toute cette mode des têtes lisses, il y avait Barthez. Le crâne le plus photographié du foot français.

On retient aussi un style. Barthez a changé la perception du poste de gardien en France. Avant lui, le gardien c'était le type discret du fond, celui qui faisait son boulot dans l'ombre. Lui, il en a fait un poste de rock star. Les sorties loin de la surface, le jeu au pied, l'autorité vocale -- tout ça, c'est devenu la norme après lui. Les Lloris, les Mandanda (oui, notre Hugo national), ils ont grandi en regardant Barthez repousser les limites de ce que pouvait faire un gardien.

Et puis il y a cette image, gravée dans la mémoire collective : Barthez exultant après la finale de Munich, le maillot trempé, les yeux fous, la victoire sur le visage. Il avait 21 ans et il venait de gagner la plus grande compétition de clubs au monde. À cet âge-là, la plupart des gardiens jouent en réserve. Lui, il soulevait la coupe aux grandes oreilles.

Son passage à l'OM, c'est aussi l'histoire d'une fidélité. Rester après la relégation, jouer en D2 avec le maillot de champion d'Europe sur les épaules, accepter de descendre pour aider le club à remonter -- ça dit quelque chose sur le bonhomme. C'est pas donné à tout le monde.

Après l'OM

La suite, tu la connais. Monaco d'abord, où il confirme son statut de meilleur gardien français. Puis Manchester United, où Sir Alex Ferguson le choisit pour succéder à Peter Schmeichel -- rien que ça. Deux titres de champion d'Angleterre, même si le passage à Old Trafford est parfois tumultueux (quelques boulettes mémorables, des relations compliquées avec Roy Keane, la concurrence de Van der Sar).

Avec les Bleus, c'est la consécration absolue. Titulaire lors du Mondial 98 et de l'Euro 2000, il fait partie de cette génération dorée qui a mis le foot français sur le toit du monde. Le bisou de Blanc sur son crâne avant chaque match devient un rituel national. Barthez, c'est la France qui gagne, le foot qui sourit, l'insouciance d'une époque bénie.

Après le foot, il se tourne vers la course automobile -- parce que quand tu es Fabien Barthez, tu ne prends pas ta retraite pour jouer au golf. Il participe aux 24 Heures du Mans, roule en GT, cherche l'adrénaline ailleurs que sur un terrain. Le personnage reste fidèle à lui-même : excessif, passionné, incapable de faire les choses à moitié.

Mais pour nous, supporters de l'OM, Barthez restera toujours le gardien de Munich. Celui qui a tenu les cages la nuit où on a touché le ciel. Le crâne sacré du Vélodrome.