Éric Di Meco
L'homme
Eric Di Meco est ne le 7 septembre 1963 a Marseille. Pas dans un quartier lointain, pas dans une ville de passage. A Marseille, chez lui, dans cette ville qui mange ses enfants ou les porte aux nues, sans milieu possible. Gamin du cru, il tape dans le ballon sur les terrains vagues avant de rejoindre le centre de formation de l'OM a 16 ans. Un Minot, un vrai. De ceux qui grandissent avec le maillot blanc colle a la peau, qui connaissent le Velodrome avant de savoir conduire.
Le foot des annees 1980, c'est pas celui d'aujourd'hui. Pas de data, pas de preparateurs physiques individuels, pas de nutritionnistes. On se forme sur le terrain, dans la boue, en prenant des coups de crampon. Di Meco se construit comme ca, a la dure, avec une qualite qui ne s'apprend pas dans les manuels : le caractere. Ce truc insaisissable qui fait que certains joueurs traversent les epoques, survivent aux changements d'entraineur, aux revolutions d'effectif, aux crises de club. Di Meco a ca dans le sang.
A l'OM
Sa premiere apparition en equipe premiere date du debut des annees 1980, quand l'OM navigue encore dans les eaux troubles de la Division 2. Il est la dans les moments ingrats, ceux dont personne ne parle, ceux qui ne feront jamais la couverture de France Football. Les annees galere, les stades a moitie vides, les deplacements en province ou personne ne vous attend. C'est dans ce contexte que Di Meco forge son attachement visceral au club. Pas le supporter qui debarque quand ca gagne. Le soldat qui reste quand ca coule.
Et puis arrive Bernard Tapie. L'OM change de dimension. Les stars debarquent : Basile Boli, Didier Deschamps, Chris Waddle, Jean-Pierre Papin, Abedi Pele. Des noms qui claquent, des ego surdimensionnes, des ambitions europeennes. Dans ce vestiaire de mercenaires brillants, Di Meco aurait pu etre le figurant local, le Marseillais de service qu'on tolere par sympathie. C'est tout l'inverse qui se produit.
A son poste d'arriere gauche, il devient un titulaire indiscutable. Son profil n'a rien de spectaculaire sur le papier : pas le plus rapide, pas le plus technique, pas le plus elegant. Mais une endurance de chameau, un placement irreprochable, et surtout cette hargne de type qui joue chaque match comme si c'etait le dernier. Son couloir gauche, c'est son territoire. Les ailiers droits adverses apprenaient vite que la soiree allait etre longue.
Di Meco monte aussi. Ses chevauchees le long de la ligne de touche, ballon au pied, tete relevee, font partie du repertoire offensif marseillais. Pas des centres a la Beckham, non. Des centres rageurs, tendus, qui traversent la surface comme des obus. Et de temps en temps, un tir de loin, frappe seche, qui finit dans la lucarne. 17 buts en carriere olympienne, c'est pas mal pour un arriere gauche de cette epoque.
La saison 1992-1993 reste le sommet. Di Meco dispute la finale de Munich contre le Milan AC. Lui, le gamin des quartiers marseillais, sur la plus grande scene du football europeen. Il joue son match, sobre et efficace, comme d'habitude. Pas de geste spectaculaire, pas de une dans les journaux le lendemain. Mais 90 minutes de solidite, de courses, de couvertures. Pendant que Boli plante sa tete legendaire, Di Meco ferme la boutique derriere. Sans les types comme lui, le 1-0 ne tient pas.
Quatorze saisons. Plus de 350 matchs. Di Meco traverse les epoques de l'OM comme un fil rouge. Il connait la remontee en D1, les premiers titres de champion de l'ere Tapie, la consecration europeenne, puis les heures sombres de l'affaire VA-OM et la relegation. Il aurait pu partir cent fois. Des clubs plus riches, des projets plus stables, des ambiances moins volcaniques. Il est reste. Parce que Marseille, c'est chez lui.
Le palmares
Champion de France : 1989, 1990, 1991, 1992. Vainqueur de la Ligue des champions : 1993. 23 selections en equipe de France.
Quatre championnats consecutifs et une Coupe d'Europe, le tout avec le club qui l'a forme. Rares sont les Minots qui peuvent aligner un tel palmares sans jamais quitter la maison. Di Meco fait partie de cette categorie a part, celle des fideles recompenses, des gamins du cru qui prouvent que la loyaute et l'ambition ne sont pas incompatibles.
Ses 23 capes en Bleu confirment son niveau. Arriere gauche de l'equipe de France dans les annees 1990, il porte le maillot national avec la meme application qu'au Velodrome. Pas la star, pas le titulaire indeboulonnable, mais un element fiable sur qui le selectionneur sait pouvoir compter.
Ce qu'on retient
Le Minot devenu champion d'Europe incarne parfaitement l'identite marseillaise. C'est ca, Di Meco, avant les stats et les titres. Un type d'ici, qui represente ce qu'on est. Dans un football ou les joueurs changent de club comme de chemise, ou la fidelite est devenue une notion de musee, Di Meco rappelle qu'il fut un temps ou un gamin pouvait grandir dans un club, y devenir pro, y gagner la Ligue des champions, et n'en partir que contraint.
Il represente cette lignee de joueurs formes a l'OM qui portent le maillot autrement. Pas comme un contrat, comme une seconde peau. Les supporters le savent, le sentent. Quand Di Meco court sur son couloir, ce n'est pas un professionnel qui execute une consigne tactique. C'est un des leurs qui se bat pour les couleurs de sa ville.
Ce lien charnel entre le joueur et le club, entre le Minot et le Velodrome, c'est peut-etre ce qui manque le plus au football moderne. Di Meco n'avait pas besoin de faire des declarations d'amour a la ville dans les medias. Ses 14 saisons parlent pour lui. Ses crampes a la 85e minute parlent pour lui. Ses tacles rageurs sur les ailiers qui avaient eu le malheur de dribler un coequipier parlent pour lui.
Apres l'OM
Di Meco quitte Marseille en 1994, emporte par la tempete post-affaire VA-OM. Il termine sa carriere au Monaco puis a l'AS Cannes, loin du tumulte marseillais. La retraite sportive arrive au milieu des annees 1990, discrete, sans fanfare.
La reconversion, elle, est plus tonitruante. Di Meco devient consultant, d'abord a la radio puis a la television. Sur les plateaux de RMC, il retrouve ce qui a toujours fait sa force : la franchise. Pas de langue de bois, pas de formules diplomatiques. Il dit ce qu'il pense, defend l'OM quand il le faut, le critique quand c'est necessaire. Exactement comme un supporter lucide, celui qui aime trop pour mentir.
Il est aussi devenu un des defenseurs emblematiques de l'OM, regulierement cite quand on cherche a definir ce que signifie porter ce maillot. Pas le plus doue de sa generation, pas le plus celebre, mais sans doute le plus marseillais. Et a Marseille, ca vaut tous les Ballons d'Or du monde.