Rudi Voller

AttaquantAllemagne1992-1994 legende
9Numéro
60Matchs
20Buts
1960-04-13Naissance

L'homme

Rudi Voller est ne le 13 avril 1960 a Hanau, en Allemagne. Avant de poser ses crampons sur la pelouse du Velodrome, le bonhomme avait deja un CV qui forcerait le respect de n'importe quel recruteur : 47 buts en 90 selections avec la Mannschaft, une finale de Coupe du monde 1986 (perdue contre l'Argentine de Maradona), un titre de champion du monde 1990 en Italie, et un passage remarque a l'AS Roma ou il avait plante 68 buts en sept saisons de Serie A. Pas exactement un inconnu.

Ce qui frappait chez Voller, c'etait l'elegance. Pas l'elegance au sens estetique du terme — le mec avait une permanente frisee qui aurait fait palir un coiffeur marseillais — mais l'elegance du geste. Voller etait un attaquant a l'ancienne : intelligent dans ses appels, precis dans ses remises, clinique devant le but. Pas de fioritures, pas de dribbles inutiles, juste une efficacite redoutable et un sens du placement qui le mettait toujours au bon endroit au bon moment.

Il y a aussi l'episode Rijkaard, en Coupe du monde 1990. Le Neerlandais lui crache dessus, Voller se fait expulser dans la foulee — une des scenes les plus memorables (et les plus degoutantes) de l'histoire du Mondial. Le genre d'anecdote qui colle a la peau d'un joueur pour toujours.

À l'OM

Voller debarque a Marseille a l'ete 1992, dans un contexte bien particulier : Jean-Pierre Papin vient de partir a l'AC Milan, et le Velodrome a le coeur brise. Tapie doit trouver un remplacant credible au meilleur buteur de l'histoire du club. C'est Voller qui herite de la mission — et du numero 9.

Remplacer JPP, c'est un cadeau empoisonne. Le public est exigeant, la comparaison sera permanente, et les premieres semaines sont scrutees a la loupe. Voller ne panique pas. Il n'essaie pas de faire du Papin, il fait du Voller. Moins de frappes de trente metres, plus de jeu dos au but, de remises malignes, de decrochages pour combiner avec Boksic et Sauzee. L'Allemand s'integre dans le collectif sans forcer, avec cette intelligence de jeu qui est sa marque de fabrique.

La saison 1992-1993, c'est la conquete europeenne. Voller y joue un role discret mais reel. En championnat, il marque regulierement, assurant sa part du contrat offensif. En Ligue des champions, il est la, present dans les matchs de poule, disponible quand l'equipe a besoin d'un point de fixation devant.

Pour la finale de Munich, Voller n'est pas titulaire — c'est Boksic qui accompagne le duo offensif. Mais il fait partie du groupe, du vestiaire, de cette aventure collective. Et quand Boli marque de la tete a la 43e minute, Voller celebre sur le banc avec la meme intensite que ceux sur le terrain. Le titre est collectif, et Voller en est partie prenante.

La saison suivante, 1993-1994, est celle du chaos. L'affaire VA-OM, le titre retire, la descente en D2... Voller, comme d'autres, reste un temps avant de quitter le navire. Il joue sa derniere saison dans un OM diminue, courageux mais condamne. L'Allemand garde sa dignite et son professionnalisme jusqu'au bout, ce qui n'est pas rien dans un contexte aussi toxique.

Son bilan chiffre — une soixantaine de matchs, une vingtaine de buts — ne rend pas justice a son apport. Voller a ete un ciment, un joueur qui a permis a l'equipe de fonctionner apres le depart de sa star numero un. Sans lui, la transition post-Papin aurait ete bien plus douloureuse.

Les stats

SaisonCompetitionMatchsButsPasses D.
1992-1993Division 13012-
1993-1994Division 1288-
Total OMToutes competitions~60~20-

Un but toutes les trois rencontres, c'est solide pour un attaquant qui jouait souvent en pivot et qui n'etait pas le premier choix sur les penaltys. Voller savait marquer, point.

Le palmarès à l'OM

Vainqueur de la Ligue des champions : 1993.

Un seul trophee, mais pas n'importe lequel. Voller peut mettre ca sur sa cheminee a cote de sa Coupe du monde 1990 et de ses souvenirs romains. Pas beaucoup de joueurs dans l'histoire peuvent se vanter d'avoir gagne la Coupe du monde ET la Ligue des champions.

Ce qu'on retient

On retient un professionnel exemplaire. Dans un vestiaire ou les egos pouvaient prendre des proportions delirantes, Voller a toujours ete un coequipier irreprochable. Pas de caprices, pas de declarations fracassantes a la presse, pas de bras de fer avec l'entraineur. Il venait, il jouait, il donnait tout. Le genre de comportement qui ne fait pas les gros titres mais qui fait gagner les equipes.

On retient aussi cette capacite a exister dans un contexte difficile. Succeder a Papin, c'etait un defi que beaucoup auraient refuse ou rate. Voller l'a releve avec une humilite desarmante, en s'adaptant au collectif plutot qu'en essayant de devenir la nouvelle star. Une lecon de football et de sagesse.

Et on retient cette tignasse. Impossible de parler de Rudi Voller sans evoquer cette coiffure improbable, cette permanente blonde qui rebondissait a chacun de ses sprints. Un look qui appartenait a une autre epoque, meme en 1992. Mais Voller s'en fichait royalement — il etait la pour jouer au foot, pas pour poser dans des magazines.

Après l'OM

Apres Marseille, Voller termine sa carriere de joueur au Bayer Leverkusen (1994-1996), le club de sa ville d'adoption. Puis il passe de l'autre cote de la barriere. Selectionneur de l'Allemagne de 2000 a 2004, il emmene la Mannschaft en finale de la Coupe du monde 2002 — battue par le Bresil de Ronaldo, mais l'exploit est la. Un parcours d'entraineur a l'image du joueur : pas de fanfaronnades, du travail, des resultats.

Devenu directeur sportif du Bayer Leverkusen, Voller reste une figure respectee du football allemand. Il revient rarement a Marseille, mais son nom reste associe a la plus belle page de l'histoire du club. Le renard allemand du Velodrome — discret, efficace, champion d'Europe. Exactement le genre de joueur dont l'OM avait besoin a ce moment precis de son histoire. Et exactement le genre de joueur qu'on aimerait revoir porter le maillot blanc un jour.