Roger Magnusson

Ailier gaucheSuède1969-1974 legende
11Numéro
200Matchs
50Buts
1945-04-26Naissance

L'homme

Un Suédois à Marseille, dans les années 70. Dit comme ça, ça ressemble au début d'une blague. Un blond du Nord débarqué dans la fournaise du Vélodrome, au milieu des accents chantants et de la folie méditerranéenne. Sauf que Roger Magnusson, lui, c'est pas une blague. C'est une des plus belles histoires d'amour entre un joueur étranger et le club.

Né le 26 avril 1945 à Helsingborg, ville portuaire du sud de la Suède, Magnusson grandit dans un pays où le football se joue six mois par an (le reste du temps, la neige s'en occupe). Il fait ses armes à l'Atalanta en Italie avant de traverser la Méditerranée direction Marseille en 1969. Ce qu'il découvre au Vélodrome, c'est un public passionné, exigeant, capable de te porter aux nues un samedi et de te siffler le samedi suivant. Le genre d'ambiance qui fait fuir les timides et qui galvanise les artistes. Magnusson est un artiste.

Grand, élancé, avec une foulée élégante qui contrastait avec les défenseurs trapus de l'époque, le Suédois avait ce style si particulier des ailiers d'un autre temps. Pas les ailiers d'aujourd'hui qui rentrent vers l'intérieur pour frapper -- non, les vrais ailiers, ceux qui prennent la ligne de touche, qui collent au bord du terrain, qui débordent et qui centrent. L'ailier pur jus, le fournisseur de caviar, le dernier passeur avant le but.

À l'OM

Cinq saisons, de 1969 à 1974. Environ 200 matchs, une cinquantaine de buts. Des chiffres honnêtes pour un ailier, mais qui ne disent rien du spectacle. Parce que Magnusson, au Vélodrome, c'était du spectacle à l'état brut. Chaque ballon qu'il recevait sur le côté gauche devenait une promesse. Le public se levait d'instinct, comme un réflexe pavlovien : Magnusson a le ballon, ça va se passer quelque chose.

Son arme fatale, c'était le dribble. Un dribble qui n'avait rien de la vélocité brute d'un Garrincha ou d'un Figo. C'était plus subtil que ça -- un jeu de feintes, de crochets, de changements de rythme qui déstabilisaient l'adversaire plus par l'intelligence que par la vitesse. Le défenseur pensait l'avoir cerné, et paf, Magnusson était déjà passé de l'autre côté, ballon au pied, regard levé, cherchant Skoblar dans la surface.

Ah, Skoblar. Impossible de parler de Magnusson sans parler de Skoblar, et inversement. Ces deux-là formaient un duo qui a fait trembler la Division 1 pendant cinq ans. Le schéma était d'une simplicité biblique : Magnusson débordait sur l'aile gauche, éliminait son vis-à-vis, et centrait pour Skoblar qui finissait le travail. Répétez ça 200 fois en cinq saisons, et tu obtiens le duo d'attaque le plus prolifique de l'histoire du club avant l'ère Tapie.

La saison 1970-1971 est l'apogée. Celle où Skoblar marque 44 buts. Derrière chaque chiffre, il y a un contexte, et le contexte de ces 44 buts, c'est en grande partie Magnusson. Combien de ces buts sont nés d'un centre du Suédois ? On n'a pas les stats précises -- les passes décisives n'étaient pas comptabilisées avec la rigueur d'aujourd'hui -- mais les témoins de l'époque sont unanimes : la moitié, facile. Magnusson ne marquait pas 44 buts, mais il en fabriquait la moitié. Sans lui, Skoblar marque peut-être 25 ou 30 buts. Toujours beaucoup, mais pas le Soulier d'Or.

L'OM champion de France en 1971 et 1972, double vainqueur de la Coupe de France, c'est aussi la patte de Magnusson. Dans un football français qui valorisait la défense et la rigueur, l'ailier suédois apportait une touche de folie créative, un grain de sable dans la machine bien huilée des équipes adverses. Il déréglait les systèmes défensifs par sa seule présence : quand tu joues contre un type capable de te passer à tout moment, tu ajustes ton positionnement, tu recules d'un mètre, et ce mètre-là, c'est de l'espace pour le reste de l'équipe.

Les centres de Magnusson étaient une spécialité de la maison. Pas des centres balancés en espérant que quelqu'un soit au bout -- des centres chirurgicaux, tendus, brossés, dosés, qui arrivaient sur la tête ou le pied de Skoblar avec la précision d'une passe de rugby. Le Suédois avait ce pied gauche qui transformait chaque ballon en offrande. Les défenseurs le savaient, le public le savait, et pourtant ça passait quand même. C'est ça, le talent : quand tout le monde sait ce que tu vas faire, et que personne ne peut t'en empêcher.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
1969-1970Division 1~35-
1970-1971Division 1~38-
1971-1972Division 1 + Coupe~40-
1972-1973Division 1~35-
1973-1974Division 1~35-
Total OM~200~50

Le palmarès à l'OM

Champion de France 1971, 1972. Coupe de France 1969, 1972. Le même palmarès que Skoblar, logiquement -- quand tu formes un duo, tu gagnes ensemble. Deux titres de champion et deux Coupes de France, remportés dans un football français pré-professionnalisation, pré-télévision omniprésente, pré-tout. Des titres gagnés à la sueur, au talent, et à l'amour du maillot.

Ce qu'on retient

Le dribble sur la ligne de touche, évidemment. Cette image de Magnusson longeant le terrain, ballon collé au pied gauche, le défenseur à sa droite qui essaie de le contenir sans y parvenir. C'est l'image archétypale de l'ailier des années 70, et Magnusson en est peut-être la plus belle incarnation en France.

On retient la complémentarité parfaite avec Skoblar. Dans l'histoire du foot, les grands duos sont rares. Dalglish et Rush, Totti et Batistuta, Henry et Bergkamp -- ces associations qui transcendent les individualités pour créer quelque chose de supérieur. Skoblar-Magnusson appartient à cette catégorie. Le buteur sans le passeur, c'est un type qui attend le ballon. Le passeur sans le buteur, c'est un type qui fait de jolis centres dans le vide. Ensemble, ils étaient dévastateurs.

On retient aussi un certain courage. Être un ailier étranger dans le championnat de France des années 70, c'est pas une sinécure. Les tacles étaient violents, l'arbitrage permissif, et les défenseurs avaient la consigne claire : "Si tu peux pas prendre le ballon, prends la jambe." Magnusson a encaissé les coups sans jamais se cacher. Il revenait toujours, demandait toujours le ballon, continuait toujours à dribbler. Le genre de mentalité qui force le respect, même chez l'adversaire.

Après l'OM

Magnusson quitte Marseille en 1974 et retourne en Suède, au pays natal, pour finir sa carrière. Après le Vélodrome, après le soleil, après les 40 000 spectateurs, le retour aux championnats nordiques a dû être un sacré choc thermique -- au sens propre comme au figuré.

En Suède, il est resté une figure respectée du football, un de ces joueurs qui ont prouvé que le talent scandinave pouvait briller dans les championnats du sud de l'Europe. Avant Larsson, avant Ibrahimovic, avant toute la vague suédoise qui a déferlé sur le foot européen, il y avait Magnusson à Marseille. Le pionnier blond.

Son héritage au club est indissociable de celui de Skoblar. On ne peut pas raconter l'un sans l'autre. Les anciens du Vélodrome, ceux qui ont connu l'OM avant Tapie, avant la C1, avant les milliards, te parleront toujours du duo. "Tu aurais dû voir Magnusson et Skoblar, petit. Ça, c'était du foot." Et dans leurs yeux, tu vois briller quelque chose -- la nostalgie d'une époque plus simple, plus brute, où un Suédois et un Yougoslave pouvaient mettre le Vélodrome à genoux avec un centre et une reprise.

C'est ça, la légende de Roger Magnusson. Pas le joueur le plus connu de l'histoire du club, pas le plus décoré, pas celui dont on voit le nom sur les maillots rétro. Mais un des plus importants. Celui sans lequel Skoblar n'aurait peut-être jamais eu son Soulier d'Or. Celui qui rappelle que le football, c'est un sport collectif, et que derrière chaque buteur record, il y a un passeur génial qui attend sa part de gloire. Magnusson attend encore. Il est temps de lui rendre hommage.