Lorik Cana

Milieu défensifAlbanie2005-2009 legende
5Numéro
161Matchs
5Buts
1983-07-27Naissance

L'homme

Lorik Cana est né le 27 juillet 1983 à Pristina, au Kosovo — à l'époque encore sous administration serbe. Sa famille émigre en Suisse quand il est gamin, puis il rejoint la France, où il se construit en tant que footballeur. Formé à Paris, passé par le centre de formation du PSG — oui, on sait, personne n'est parfait — il fait ses classes dans le football professionnel avant de débarquer sur la Canebière en 2005.

International albanais, capitaine de sa sélection pendant des années, Cana porte en lui quelque chose qui dépasse le football. L'histoire de sa famille, l'exil, la reconstruction — tout ça forge un caractère. Et du caractère, le bonhomme n'en manquait pas. Taillé comme un roc, le regard noir, le tacle glissé comme arme favorite, il dégageait une autorité naturelle qui ne s'apprend dans aucun centre de formation.

À l'OM

Quand Cana arrive à Marseille en 2005, recruté par Pape Diouf, l'OM cherche un milieu récupérateur capable de mettre de l'ordre dans un entrejeu parfois trop perméable. Le profil est clair : un guerrier, pas un artiste. Cana coche toutes les cases. Dès ses premiers matchs, le Vélodrome comprend à qui il a affaire. Ce type-là ne lâche rien — un ballon perdu, il va le chercher. Un attaquant adverse qui se balade, il le cueille. Une faute ? Il prend le carton et il recommence.

Les premières saisons sous différents entraîneurs sont correctes sans être exceptionnelles. Mais c'est l'arrivée de Didier Deschamps en 2009 — enfin, la dernière saison de Cana coïncide avec l'ère Deschamps — qui aurait pu être le tournant. En réalité, c'est sous Albert Emon puis sous Eric Gerets que Cana donne sa pleine mesure. Gerets, surtout, qui débarque en 2007 et qui adore ce genre de profil : des mecs qui courent, qui mordent, qui se battent. Sous le Belge, Cana devient capitaine. Pas par défaut, pas faute de mieux — parce qu'il est le patron naturel de ce vestiaire.

La saison 2007-2008 reste la plus marquante de son passage marseillais. L'OM termine troisième de Ligue 1, se qualifie pour la Ligue des Champions, et Cana en est le moteur invisible. Invisible parce qu'un milieu défensif, par définition, ne fait pas la une des journaux. Les buts, c'est pas son truc — cinq en quatre saisons, on ne va pas se mentir. Mais les ballons récupérés, les duels gagnés, les courses de repli quand tout le monde est déjà battu... ça, c'est Cana à chaque match.

Il avait cette intelligence positionnelle qui rendait tout plus simple pour ses coéquipiers. Quand Cana se plaçait devant la défense, les centraux respiraient. Les latéraux pouvaient monter sans flipper. Les créatifs — Nasri, Ribéry avant lui — avaient la liberté de s'exprimer parce qu'ils savaient que derrière, quelqu'un veillait. C'est le genre de contribution qui n'apparaît dans aucune statistique mais qui fait gagner des matchs.

Le brassard, il le portait comme une seconde peau. Cana capitaine, c'était pas juste symbolique. C'était le mec qui engueulait ses partenaires quand ça n'allait pas, qui remettait les pendules à l'heure dans le vestiaire, qui prenait la responsabilité des soirs difficiles. Au Vélodrome, les supporters sentaient cette énergie. Quand Cana se jetait dans un tacle à la 85e minute sur un score serré, 60 000 personnes vibraient avec lui. Ce n'était pas du spectacle — c'était viscéral.

Son départ en 2009, direction la Lazio de Rome, a laissé un vide. L'OM allait gagner le titre en 2010 sous Deschamps, et beaucoup se sont demandé ce que ça aurait donné avec Cana dans le onze. La réponse, personne ne la connaît. Ce qu'on sait, c'est qu'il a manqué dans ces moments-là. Un capitaine comme lui, ça ne se remplace pas facilement.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
2005-2006Ligue 1 + Coupes381
2006-2007Ligue 1 + Coupes422
2007-2008Ligue 1 + C. UEFA451
2008-2009Ligue 1 + C1361
Total OM~161~5

Le palmarès à l'OM

Pas de trophée. Zéro. Et c'est là que ça devient cruel. Cana a donné quatre ans de sa carrière à l'OM, il a porté le brassard avec honneur, il a tout laissé sur le terrain — et il est parti les mains vides. L'OM a terminé deuxième en 2007, troisième en 2008... toujours proche, jamais au bout. C'est le paradoxe de cette période : une équipe attachante, des individualités fortes, mais ce petit truc en plus qui manquait pour soulever un trophée.

Ce qu'on retient

On retient un guerrier. Le mot est galvaudé dans le football, on le colle à n'importe quel milieu qui fait trois tacles par match. Cana, lui, méritait vraiment ce qualificatif. Son engagement physique était total, sa détermination sans faille, son leadership naturel. Dans un sport où beaucoup de joueurs se cachent quand ça tourne mal, lui avançait.

On retient aussi un capitaine comme on n'en a pas eu tant que ça à Marseille. Mandanda a porté le brassard avec classe, Payet avec talent, mais Cana le portait avec rage. Cette rage-là, les supporters la reconnaissaient parce qu'elle ressemblait à la leur. Quand tu vas au Vélodrome, tu veux voir des mecs qui se battent pour le maillot, pas des mercenaires qui comptent les jours. Cana se battait. Point final.

Et puis on retient l'injustice d'un palmarès vierge. Un joueur de cette trempe, de ce dévouement, qui ne gagne rien avec le club qu'il a servi avec autant d'abnégation... c'est le genre de truc qui te rappelle que le football n'est pas toujours juste. Cana méritait au moins une Coupe de France, un trophée à brandir devant le Virage Sud. Le destin en a décidé autrement.

Après l'OM

À la Lazio, Cana a retrouvé un championnat compétitif et un club avec de l'histoire. Trois saisons en Serie A, des prestations solides, le même profil de combattant qu'à Marseille. Puis un retour en France, du côté de Nantes en 2013, pour une pige sans éclat dans un club qui luttait pour sa survie en Ligue 1.

Sa carrière internationale avec l'Albanie, en revanche, c'est un roman. Capitaine pendant des années, il a mené son pays à sa première phase finale d'un grand tournoi — l'Euro 2016 en France. Imagine le symbole : un Kosovar d'origine, formé en Suisse et en France, qui emmène l'Albanie à l'Euro organisé dans le pays où il a fait carrière. L'histoire est belle, même si le parcours s'est arrêté en poules.

Depuis sa retraite, Cana reste discret. Pas de reconversion médiatique tapageuse, pas de stories Instagram tous les jours. À son image, quoi. Mais à Marseille, son nom circule encore dans les conversations de comptoir. "Tu te souviens de Cana ?" — et tout le monde hoche la tête avec un petit sourire nostalgique. Le capitaine courage, on n'oublie pas.