Laurent Robert Blanc

Défenseur central / LibéroFrance1997-1999 legende
5Numéro
70Matchs
5Buts
1965-11-19Naissance

L'homme

Laurent Blanc, on l'a toujours appelé "Le Président". Pas parce qu'il dirigeait quoi que ce soit — mais parce qu'il avait cette allure. Ce port de tête, cette façon de recevoir le ballon dans sa surface et de lever les yeux comme s'il avait tout le temps du monde, alors que l'attaquant adverse lui fonçait dessus à pleine vitesse. La classe incarnée, le costume trois-pièces du footballeur. Un libéro à l'ancienne, de ceux qui n'existent plus — et c'est bien dommage.

Né à Alès dans le Gard en 1965, Blanc est un pur produit du sud de la France. Formé à Montpellier, passé par Napoli et le Barça (oui, le Barça, quand même), il arrive à Marseille à 31 ans, en 1997, avec un CV long comme le bras et une réputation d'aristocrate du ballon. Le problème, c'est que l'OM de 1997, c'est pas exactement le Real Madrid.

À l'OM

Marseille, année zéro

Pour comprendre ce que Laurent Blanc représente dans l'histoire de l'OM, il faut se souvenir de ce qu'était le club à la fin des années 90. On sort de la relégation en D2, de l'affaire VA-OM, du départ de Tapie, du scandale, de la honte. L'OM est remonté en D1 mais c'est un club fantôme — les grandes stars sont parties depuis longtemps, les finances sont en miettes, et le Vélodrome sonne creux certains soirs. Toi qui avais vu Papin et Waddle, tu te retrouves à regarder des matchs de milieu de tableau en priant pour ne pas redescendre.

Et dans ce contexte de misère sportive, débarque Laurent Blanc. Un international français au sommet de sa carrière, qui aurait pu aller n'importe où, et qui choisit Marseille. Pourquoi ? Allez savoir. L'amour du sud, peut-être. Le défi de relever un géant endormi. Ou simplement l'envie de finir sa carrière dans un stade qui vibre, même quand l'équipe ne vaut pas grand-chose.

Le libéro patron

Dès ses premiers matchs, la différence est flagrante. Blanc évolue dans une autre dimension que le reste de l'effectif. Sa lecture du jeu est d'une limpidité qui tranche avec le chaos ambiant. Quand les autres défenseurs dégagent en catastrophe, lui contrôle, lève la tête, et relance proprement. Quand l'équipe panique à cinq minutes de la fin sur un score serré, sa seule présence dans l'axe calme tout le monde. C'est un tranquillisant en crampons.

On ne va pas se mentir : l'OM de Blanc ne gagne rien. Pas de titre, pas de coupe, pas de Coupe d'Europe. Des saisons de reconstruction, de transition, de "on verra l'année prochaine". Mais dans cette grisaille, le Président illumine chaque ballon qu'il touche. Il y a quelque chose de presque poétique à voir un joueur de cette trempe évoluer dans une équipe moyenne — comme un chef étoilé qui cuisinerait dans une cantine scolaire. Le résultat est toujours au-dessus, même avec des ingrédients de base.

Le bâtisseur silencieux

Ce que Blanc apporte à l'OM, c'est plus que des performances individuelles. C'est une culture de la gagne, une exigence de tous les instants, un standard professionnel que le club avait perdu depuis les années Tapie. Les jeunes joueurs du vestiaire voient comment un grand professionnel se comporte — comment il s'entraîne, comment il prépare un match, comment il gère la pression. Blanc ne hurle pas, ne fait pas de grandes déclarations dans la presse. Il montre. Par l'exemple. Et c'est souvent plus efficace que tous les discours du monde.

Rolland Courbis, qui entraîne l'OM à cette période, sait la chance qu'il a d'avoir un tel joueur dans son vestiaire. Blanc est le ciment de cette défense, celui autour duquel on peut construire quelque chose. Et de fait, les fondations qu'il pose — avec d'autres, bien sûr — serviront aux saisons suivantes, quand l'OM commencera à redevenir compétitif.

Le départ pour les Bleus... et la gloire

L'été 1998, entre ses deux saisons marseillaises, Blanc devient champion du monde avec la France. Oui, champion du monde. Ce "bisou" sur le crâne de Barthez avant chaque match, ce but en or contre le Paraguay en huitièmes, cette élégance même dans la pression d'un Mondial à domicile. Et le soir du 12 juillet, quand la France entière est en transe sur les Champs-Élysées, le défenseur de l'OM est au cœur de la fête. Petit détail qui fait encore mal : son absence en finale, suspendu après un carton rouge injuste face à la Croatie en demi-finale. Le Président a raté la finale de sa vie. Mais le titre est là, et Marseille peut être fier d'avoir fourni un champion du monde.

Blanc quitte l'OM en 1999, direction l'Inter Milan pour une dernière pige italienne. Deux saisons à Marseille, c'est court. Trop court. Mais dans un club qui était à terre, il a été celui qui a rappelé ce que le mot "classe" voulait dire.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButsPasses D.
1997-1998Division 1333-
1998-1999Division 1302-
Total OMToutes compétitions~70~5-

Le palmarès à l'OM

Rien. Zéro titre en maillot marseillais. Mais soyons honnêtes : personne n'en gagnait à cette époque à l'OM. Blanc a gagné la Coupe du monde en étant joueur de Marseille — c'est pas dans la vitrine du club, mais c'est dans notre fierté collective.

Ce qu'on retient

On retient l'élégance. Ce mot revient tout le temps quand on parle de Blanc, et il n'y en a pas d'autre qui convient aussi bien. Dans un club en ruines, il a été la preuve que la classe ne dépend pas du contexte. On retient un joueur qui ne se plaignait jamais, qui ne réclamait rien, qui jouait chaque match comme une finale même quand les tribunes étaient à moitié vides. Le Président a régné sur une équipe modeste, et il l'a fait avec une dignité qui force le respect — même vingt-cinq ans après.

Après l'OM

Blanc finit sa carrière de joueur à l'Inter Milan en 2003, puis se lance dans le coaching. Sélectionneur des Bleus de 2010 à 2012 (le nettoyage post-Knysna, un sacré chantier), puis entraîneur du PSG de 2013 à 2016 — avec des titres mais un style jugé trop prudent par les exigeants supporters parisiens. Plus récemment passé par le banc de l'OL. Le Président reste une figure respectée du foot français, un homme de convictions calmes dans un milieu de hurleurs. Mais bon, le PSG et Lyon... on va dire qu'on lui pardonne. Il a donné deux ans de sa carrière à l'OM quand personne ne voulait y venir. Ça efface pas mal de choses.