Josip Skoblar

AttaquantYougoslavie / Croatie1966-1975 legende
9Numéro
300Matchs
180Buts
1941-03-12Naissance

L'homme

44 buts en une saison. Quarante-quatre. En 1971, un Yougoslave à l'accent chantant a inscrit 44 buts en championnat de France sous le maillot de l'Olympique de Marseille. Un record qui a tenu des décennies, un Soulier d'Or européen, et aujourd'hui... presque personne ne s'en souvient. Josip Skoblar est la plus grande injustice mémorielle de l'histoire du club.

Né le 12 mars 1941 à Zadar, sur la côte dalmate, Skoblar grandit dans une Yougoslavie de Tito où le football est une affaire sérieuse. Il commence sa carrière à l'OFK Belgrade, puis à Hannover 96 en Allemagne, avant de débarquer à Marseille en 1966. Il a 25 ans, un physique taillé pour le combat et un instinct de buteur qui ne s'explique pas -- ça se constate, c'est tout.

Ce qui définit Skoblar, c'est la simplicité mortelle. Pas de fioritures, pas de dribbles inutiles, pas de gestes pour la galerie. Le ballon arrive, Skoblar frappe, le ballon rentre. Pied gauche, pied droit, tête -- il marquait de partout, sous tous les angles, dans toutes les configurations. Le genre de buteur pur qui rend fous les défenseurs parce qu'ils ne savent jamais d'où va venir le danger.

À l'OM

Neuf saisons. De 1966 à 1975, Josip Skoblar a porté le maillot blanc avec une constance et une efficacité qui donnent le vertige. Environ 300 matchs, environ 180 buts. Des chiffres qui feraient de lui une superstar absolue s'il avait joué à l'ère des réseaux sociaux et des chaînes d'info en continu. Mais on est dans les années 60 et 70, l'OM n'est pas encore le club de Tapie, et le foot français vit dans l'ombre du foot italien et anglais.

Quand il arrive en 1966, le club traverse une période compliquée. Pas de titres majeurs depuis longtemps, un Vélodrome qui gronde d'impatience. Skoblar met du temps à s'adapter -- la première saison est correcte sans plus. Et puis quelque chose se débloque. L'association avec Roger Magnusson, l'ailier suédois arrivé en 1969, va tout changer. Les deux hommes se trouvent les yeux fermés. Magnusson déborde, centre, et Skoblar conclut. Une mécanique huilée à la perfection, un duo d'attaque comme l'OM n'en retrouvera qu'avec les Papin-Waddle vingt ans plus tard.

La saison 1970-1971, c'est l'explosion. 44 buts en Division 1. Quarante-quatre. Pour donner une échelle : la même année, Gerd Müller -- le Bomber der Nation, peut-être le plus grand buteur de l'histoire -- en inscrit 40 en Bundesliga. Skoblar fait mieux. Un Yougoslave à Marseille fait mieux que Müller à Munich. Le Soulier d'Or européen, récompensant le meilleur buteur des championnats européens, lui revient de droit. C'est la première fois qu'un joueur évoluant en France reçoit cette distinction.

Cette saison-là, l'OM est champion de France. Le doublé Coupe-Championnat de 1972 suivra, avec Skoblar toujours au centre de tout. Buteur attitré, leader technique, référence de l'attaque. Il inscrit des doublés comme d'autres font des passes en retrait -- avec une facilité déconcertante.

Le Vélodrome de cette époque vibre pour lui. Les 30 000, 40 000 spectateurs qui se pressent dans les travées viennent voir le Yougoslave planter ses buts. "Sko-blar ! Sko-blar !" -- le nom claque comme un coup de canon, deux syllabes qui résonnent dans le stade à chaque occasion. Il est l'idole d'une génération de supporters qui n'a pas connu Tapie, qui ne connaîtra pas la C1 de 93, mais qui a vécu ses propres heures de gloire avec ce buteur venu des Balkans.

Les dernières saisons sont moins flamboyantes. L'âge fait son oeuvre, les blessures s'accumulent, et l'OM commence à décliner. Skoblar quitte le club en 1975, à 34 ans, avec un palmarès personnel qui ferait pâlir n'importe quel attaquant moderne et un statut de meilleur buteur de l'histoire du club qui a mis des décennies à être contesté.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
1966-1967Division 1--
1967-1968Division 1--
1968-1969Division 1--
1969-1970Division 1-26
1970-1971Division 13844
1971-1972Division 1--
1972-1973Division 1--
1973-1974Division 1--
1974-1975Division 1--
Total OM~300~180

Le palmarès à l'OM

Champion de France 1971, 1972. Coupe de France 1969, 1972. Soulier d'Or européen 1971. Un palmarès qui, dans le contexte du football français des années 70, est exceptionnel. Deux titres de champion, deux Coupes de France, et une distinction individuelle européenne -- tout ça avec un OM qui n'avait pas les moyens des grands clubs continentaux. C'est du pur mérite sportif, de la sueur et du talent brut.

Ce qu'on retient

Le chiffre, d'abord et toujours : 44 buts. Quand on cite ce nombre à quelqu'un qui connaît un peu le foot, la réaction est toujours la même : "En une saison ? C'est pas possible." Si, c'est possible. Skoblar l'a fait. Dans un championnat de France qui n'était certes pas celui d'aujourd'hui en termes de médiatisation, mais qui comptait des défenses solides, des gardiens costauds, et des terrains pas toujours dignes de ce nom. 44 buts sur ces pelouses-là, c'est peut-être encore plus impressionnant que les 50 de Messi sur les billards de la Liga.

On retient l'injustice de l'oubli. Skoblar devrait être un nom aussi connu que Papin, que Drogba, que Boli dans l'histoire de l'OM. Il devrait avoir sa statue devant le Vélodrome. Il devrait être cité dans chaque débat sur les meilleurs buteurs du foot français. Et pourtant, demande à un supporter de moins de 40 ans qui est Josip Skoblar : tu auras un regard vide. L'ère Tapie a tout recouvert, comme une vague qui efface les châteaux de sable. Ce qui existait avant 1986, dans l'imaginaire collectif du club, c'est le néant. C'est profondément injuste.

On retient enfin l'association avec Magnusson. Ce duo Skoblar-Magnusson, c'est la matrice de toutes les associations d'attaque mythiques de l'OM. Le buteur froid et l'ailier magicien. Le renard des surfaces et l'artiste des ailes. Vingt ans avant Papin-Waddle, trente ans avant Drogba-Ribéry, ils avaient inventé la formule.

Après l'OM

Après son départ en 1975, Skoblar retourne brièvement en Yougoslavie avant de raccrocher les crampons. Il revient ensuite à Marseille -- parce qu'on ne quitte jamais vraiment cette ville -- et devient entraîneur adjoint du club dans les années 80, avant l'arrivée de Tapie. Un passage discret dans l'ombre des bancs de touche, loin des projecteurs qu'il avait connus en tant que joueur.

Il s'installe définitivement dans la cité phocéenne, devenant Marseillais d'adoption, le Yougoslave qui a choisi de vieillir sous le soleil du Vieux-Port. Quand on le croise dans les rues de la ville, les anciens le reconnaissent encore. "Skoblar ! Le roi !" Les plus jeunes passent sans savoir. C'est comme ça, l'histoire du foot : elle avance et elle oublie. Mais les vrais, ceux qui ont vu, ceux qui savent, n'ont jamais oublié le numéro 9 yougoslave et ses 44 buts.