Jean-Pierre Papin

AttaquantFrance1986-1992 legende
9Numéro
279Matchs
182Buts
1963-11-05Naissance

L'homme

Jean-Pierre Papin, c'est le gamin de Boulogne-sur-Mer qui a grandi avec un ballon scotché au pied et une obsession : marquer. Né le 5 novembre 1963, il n'a rien du profil lisse du footballeur formaté. Avant Marseille, il est passé par Valenciennes, puis le Club Bruges en Belgique — un parcours un peu cabossé, pas franchement linéaire. Personne ne l'attendait vraiment au sommet du foot européen. Personne sauf lui, visiblement.

Ce qui frappe chez Papin, avant même de parler de ses buts, c'est cette rage. Une faim de renard des surfaces mélangée à une technique de frappe absolument unique. Le bonhomme ne réfléchissait pas devant le but : il sentait le cuir arriver et il déclenchait. Pied droit, pied gauche, de volée, en retourné, en demi-volée — peu importe. Le ballon finissait au fond. Son corps entier était un mécanisme de tir, réglé au millimètre, et le Vélodrome en a été le témoin privilégié pendant six saisons de pur bonheur.

À l'OM

JPP débarque à Marseille en 1986, recruté par Bernard Tapie qui commence à bâtir son projet pharaonique. L'OM sort de la remontée en D1 et cherche un buteur pour porter ses ambitions. Papin, 22 ans, encore un peu brut, va se transformer en machine à buts sous le soleil marseillais.

Dès sa première saison, il plante 13 buts en championnat. C'est bien, mais c'est rien à côté de ce qui va suivre. La saison 1987-1988, il en colle 18. Puis 22. Puis ça ne s'arrête plus. Quatre titres de meilleur buteur de D1 consécutifs entre 1988 et 1992 — un record qui tient encore. Quatre ans à terroriser toutes les défenses de France, à transformer chaque centre en occasion mortelle.

Les "papinades", on en parle encore trente ans après. Ces volées déclenchées dans des positions impossibles, le corps penché en arrière, le pied qui claque le ballon à mi-hauteur avec une violence chirurgicale. On a tous essayé de reproduire ça dans la cour de récré ou au foot à 5. Résultat : le ballon sur le parking et un orteil en vrac. JPP, lui, il les mettait en lucarne. À répétition.

Le titre de champion de France 1989 porte son empreinte. Celui de 1990 aussi. L'OM de Tapie grandit, empile les joueurs de classe mondiale — Waddle, Mozer, Boli, Deschamps — mais le patron offensif, c'est lui. Quand le Vélodrome gronde, c'est souvent parce que le numéro 9 vient de faire trembler les filets. 26 buts en 1989-1990, 23 en 1990-1991, et le Ballon d'Or en 1991 pour couronner le tout. Le seul joueur de l'OM à avoir reçu cette récompense. Le seul joueur d'un club français depuis Platini. On mesure.

En Coupe d'Europe, Papin frappe aussi. Ses doublés en C1 restent gravés dans les mémoires — celui contre le Benfica, celui contre l'AC Milan. Le problème, c'est que l'OM de JPP n'arrive jamais à franchir le dernier obstacle. La finale de Bari en 1991, perdue aux tirs au but contre l'Étoile Rouge de Belgrade... On y était presque. Lui aussi, il y était presque. Trop presque.

L'été 1992, Papin part. Direction l'AC Milan, pour un transfert record de l'époque. Le Vélodrome pleure son buteur, mais on comprend. L'homme voulait la Ligue des champions. Ironie cruelle : l'OM la gagnera l'année suivante, sans lui. Et lui, sur le banc milanais, ne la touchera jamais vraiment du bout des doigts. Le football a parfois un sens de l'humour douteux.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButsPasses D.
1986-1987Division 13313-
1987-1988Division 13618-
1988-1989Division 13222-
1989-1990Division 13426-
1990-1991Division 13523-
1991-1992Division 13122-
Total OMToutes compétitions~279~182-

Meilleur buteur de Division 1 : 1988, 1989, 1990, 1991, 1992 (5 titres consécutifs). Ballon d'Or 1991.

Le palmarès à l'OM

Champion de France : 1989, 1990, 1991, 1992. Finaliste de la Coupe d'Europe des champions 1991. Vainqueur de la Coupe de France 1989.

Quatre championnats d'affilée, c'est la domination totale de l'ère Tapie sur le football français. Et Papin en était le symbole vivant — celui dont le nom faisait frissonner les défenseurs avant même le coup d'envoi.

Ce qu'on retient

On retient d'abord les buts. Pas un, pas dix — des dizaines de gestes d'une pureté technique folle. La papinade contre Sochaux. Le retourné contre le Milan. Les volées enchaînées comme des uppercuts. JPP ne dribblait pas, ne faisait pas de passements de jambe pour amuser la galerie. Il recevait, il frappait, ça rentrait. Simple. Dévastateur.

On retient aussi l'homme. Pas le plus médiatique, pas le plus show-off. Un bosseur, un obsédé du but. Les témoignages de ses coéquipiers sont unanimes : après les entraînements, Papin restait seul à tirer. Encore et encore. Des centaines de frappes pour que le geste devienne un réflexe, un automatisme inscrit dans les muscles.

Et puis on retient cette douleur. Celle du départ, bien sûr. Mais surtout celle de Bari, ce soir de mai 1991 où l'OM tenait la coupe et l'a laissée filer dans une séance de tirs au but maudite. Papin méritait de soulever cette C1 avec nous. Le destin en a décidé autrement, et ça reste une des plus grandes injustices de l'histoire du club.

Après l'OM

À Milan, JPP découvre la panchina — le banc. Capello lui préfère Van Basten, et quand le Néerlandais se blesse, c'est Massaro qui prend le relais. L'ancien roi du Vélodrome se retrouve figurant de luxe en Serie A. Il gagne quand même une Ligue des champions en 1994 avec le Milan... mais sans la vivre sur le terrain. La médaille a un goût amer.

Il passera ensuite par le Bayern Munich (1994-1996), puis reviendra en France — Bordeaux, Guingamp, un crochet par l'AS Saint-Étienne. Des fins de carrière modestes pour un joueur immense. Reconverti entraîneur, il passera par Strasbourg, Lens, Châteauroux, des clubs de divisions inférieures. Le parcours post-carrière de JPP n'a jamais eu l'éclat de ses années marseillaises, et c'est peut-être logique : rien ne pouvait rivaliser avec ce qu'il a vécu au Vélodrome.

Quand on croise un supporter de l'OM de plus de quarante ans, il suffit de dire "Papin" pour voir ses yeux s'allumer. Six saisons, 182 buts, un Ballon d'Or et des souvenirs plein la tête. JPP, c'est l'OM dans ce qu'il a de plus beau : du talent brut, de l'ambition démesurée, et ce truc un peu fou qui fait que tout peut arriver quand le Vélodrome pousse. On ne reverra peut-être jamais ça. Et c'est exactement pour ça qu'on s'en souvient.