Franck Henry Pierre Ribéry
L'homme
Franck Ribéry, c'est d'abord une gueule. La cicatrice, le sourire en coin, le regard de gosse des quartiers qui n'a rien lâché. Né à Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais, il grandit loin des centres de formation dorés. Son parcours avant l'OM ressemble à un road trip dans la France du foot amateur et semi-pro : Boulogne, Ales, Brest, Metz, Galatasaray pour une pige turque avortée. Personne ne mise un centime sur ce petit gaucher nerveux qui dribble comme il respire mais que les recruteurs jugent trop frêle, trop atypique, trop... différent.
Et puis Marseille l'appelle en 2005. Il a 22 ans, il arrive de Metz sans bruit, et en l'espace de quelques semaines, il va mettre le Vélodrome à genoux. Pas l'inverse — à genoux d'admiration.
À l'OM
Le coup de foudre, 2005-2006
Il y a des joueurs qui ont besoin de temps pour s'adapter à la pression du Vélodrome. Des semaines, des mois parfois, avant de comprendre que 60 000 personnes qui chantent, ça peut te porter ou t'écraser. Ribéry, lui, il a compris dès le premier ballon. Comme si ce stade avait été construit pour lui. Comme si cette ville de dingues méritait ce joueur de dingue.
Dès ses premiers matchs, c'est l'évidence. Le numéro 7 prend le ballon côté gauche, baisse la tête, et part. Les défenseurs reculent, les coéquipiers lèvent la tête, le public se lève. Tu ne sais pas ce qu'il va faire — lui non plus, probablement — mais tu sais que ça va être bien. Ce mélange de vitesse pure, de feintes imprévisibles et de culot absolu, on n'avait pas vu ça depuis Waddle. Et Waddle, c'est pas rien.
Sa première saison le voit exploser aux yeux de la France entière. Les buts, les passes décisives, les gestes techniques de voyou — ce crochet intérieur-extérieur dont il a le secret, cette capacité à éliminer deux, trois joueurs sur un mouchoir de poche. L'OM tourne, Ribéry brille, et la machine s'emballe. Raymond Domenech le convoque en équipe de France. Le petit gars de Boulogne qui jouait en National trois ans plus tôt se retrouve Bleu. La trajectoire est dingue, et Marseille en est le tremplin.
La Coupe du monde et la deuxième saison, 2006-2007
L'été 2006, Ribéry crève l'écran au Mondial allemand. Titulaire en finale face à l'Italie — oui, la finale avec le coup de boule de Zidane —, il est l'un des rares Français à surnager dans ce match de douleur. À 23 ans, il est devenu international de premier plan. Et il revient à Marseille.
La deuxième saison est celle de la confirmation et de l'agonie. Confirmation parce que Ribéry est encore meilleur — plus mature, plus décisif, capable de porter l'équipe sur ses épaules les soirs de Coupe d'Europe. Agonie parce qu'on sait. Tout le monde sait. Le Bayern Munich rôde, les chiffres s'emballent dans la presse, et on voit bien que le gamin a la tête ailleurs parfois, déjà tourné vers cette Bundesliga qui lui tend les bras.
On a beau se raconter des histoires — "il est bien ici", "il aime le club", "le projet avance" — la réalité du foot moderne rattrape toujours les amours de jeunesse. À l'été 2007, Ribéry s'en va pour Munich contre un chèque de 25 millions d'euros (environ). Une fortune pour l'époque, une misère au regard de ce qu'il valait vraiment.
Ce que ça fait de perdre un joueur comme ça
Tu te souviens de ce sentiment ? Cet espèce de vide au creux du ventre quand le transfert est officialisé. Tu savais que ça allait arriver, tu t'y étais préparé, et pourtant ça fait mal. Parce que Ribéry, c'était pas juste un bon joueur qui passait par Marseille. C'était NOTRE joueur, celui qu'on avait vu éclore, celui qui nous avait redonné la fierté dans un club qui galérait à retrouver les sommets depuis la fin de l'ère Tapie.
Deux saisons. Même pas deux saisons complètes si on compte les trêves et les blessures. Et il a laissé plus de traces dans la mémoire du Vélodrome que des mecs qui sont restés cinq ou six ans. C'est injuste, c'est comme ça, c'est le foot.
Les stats
| Saison | Compétition | Matchs | Buts | Passes D. |
|---|---|---|---|---|
| 2005-2006 | Ligue 1 | 35 | 7 | - |
| 2005-2006 | Coupes | - | - | - |
| 2006-2007 | Ligue 1 | 33 | 5 | - |
| 2006-2007 | Coupes + Europe | - | - | - |
| Total OM | Toutes compétitions | ~80 | ~15 | - |
Le palmarès à l'OM
Rien. Aucun titre en deux saisons. Et c'est peut-être ça le plus cruel — Ribéry a tout donné à ce club sans rien gagner avec lui. Les trophées, il les a eus après, à Munich. La Ligue des Champions, le championnat allemand en série, le titre de meilleur joueur UEFA en 2013... Tout ça avec le maillot rouge du Bayern. On préfère ne pas y penser trop longtemps.
Ce qu'on retient
On retient un dribble. Pas un en particulier — tous à la fois. Cette image de Ribéry qui reçoit le ballon sur le côté gauche et qui part, seul contre trois, avec cette certitude folle que ça va passer. On retient un stade debout, un frisson collectif, deux saisons qui ont eu le goût de l'éternité. On retient aussi la douleur du départ, cette sensation d'avoir eu un diamant entre les mains et de l'avoir regardé filer sans pouvoir le retenir. Ribéry à l'OM, c'est la preuve que l'intensité compte plus que la durée. Deux ans, et il est légende. Va expliquer ça à un algorithme.
Après l'OM
Au Bayern Munich (2007-2019), Ribéry devient l'un des meilleurs joueurs du monde. Douze saisons, neuf Bundesliga, une Ligue des Champions en 2013, un triplé historique. Il manque le Ballon d'Or de peu cette année-là — une injustice selon beaucoup, et on est d'accord. Il finit sa carrière à la Fiorentina puis à Salernitana, toujours avec ce sourire en coin et ces mollets qui refusent de vieillir. Quand il raccroche en 2022, c'est un pan entier du foot français qui se ferme. Mais pour nous, l'histoire s'est écrite entre 2005 et 2007. Le reste, c'est la carrière d'un autre — un grand joueur, certes, mais pas le nôtre.