Bixente Lizarazu

Arrière gaucheFrance1986-1996 legende
3Numéro
250Matchs
10Buts
1969-12-09Naissance

L'homme

Bixente Lizarazu est Basque. Ce n'est pas un détail — ça explique tout le bonhomme. La fierté, la ténacité, le caractère forgé dans la roche, cette façon de ne jamais rien lâcher même quand le match est perdu d'avance. Né à Saint-Jean-de-Luz en décembre 1969, il grandit entre pelote basque et ballon rond, dans une région où le sport est une religion et où on ne triche pas avec l'effort.

Repéré par les recruteurs marseillais encore adolescent, il intègre le centre de formation de l'OM à 17 ans. On est en 1986, Bernard Tapie vient de racheter le club, et Marseille est en train de devenir le centre du monde footballistique français. Le gamin basque ne sait pas encore qu'il va passer dix ans de sa vie ici, traverser les plus grandes heures du club, et construire les fondations d'une carrière qui le mènera au sommet du foot mondial.

À l'OM

Les débuts dans l'ombre des stars

Quand tu arrives dans l'OM de la fin des années 80, tu arrives dans une équipe de fous. Papin, Waddle, Pelé (Abedi, pas l'autre), Mozer, Boli... Le casting est hollywoodien et le petit Lizarazu doit se faire sa place dans ce vestiaire de monstres. Il la fait avec ce qui deviendra sa marque de fabrique : le travail, l'abnégation et un culot de gamin qui n'a peur de personne.

Latéral gauche de formation, il est d'abord utilisé au compte-gouttes avant de devenir titulaire régulier au début des années 90. Son profil est moderne avant l'heure — un défenseur qui attaque, qui monte sur son couloir avec une énergie inépuisable, qui centre, qui frappe, qui revient défendre à la dernière seconde. Le genre de joueur qui court deux fois plus que les autres sans jamais s'en plaindre.

26 mai 1993 — Munich

On ne peut pas parler de Lizarazu à l'OM sans parler de cette date. Olympiastadion de Munich, finale de la Ligue des Champions face au Milan AC. L'OM de Raymond Goethals, avec Barthez dans les cages, Desailly et Boli en défense centrale, Deschamps au milieu, et ce but de Boli sur corner qui fige l'Italie et fait exploser Marseille.

Lizarazu est sur le terrain ce soir-là. À gauche de la défense, comme d'habitude, à courir comme un dératé pour museler les ailiers milanais. Savicevic, Donadoni, Massaro — l'attaque du Milan, c'est pas exactement une promenade de santé. Mais la défense marseillaise tient bon, et Liza y est pour quelque chose. Ce titre, le premier et le seul pour un club français en C1, c'est un peu le sien aussi. Pas celui de la une des journaux — Boli y est, avec sa tête rageuse et son cri de guerre — mais celui des soldats de l'ombre, ceux sans qui les héros ne peuvent pas briller.

Dix ans de fidélité

Ce qui rend Lizarazu spécial dans l'histoire de l'OM, c'est la durée. Dix saisons. Une décennie à enfiler le maillot blanc, à arpenter le couloir gauche du Vélodrome, à subir les hauts et les bas d'un club qui vit chaque saison comme une montagne russe émotionnelle. Il est là pour les titres de champion (1989, 1990, 1991, 1992), pour la Coupe d'Europe, mais aussi pour l'affaire VA-OM, la relégation en D2 en 1994, les années de reconstruction.

Rester à Marseille pendant la descente en D2, c'est un acte de foi. Beaucoup de joueurs sont partis — on ne leur en veut pas, c'est le foot. Mais Liza reste, au moins un temps, fidèle au club qui l'a formé. Il finit par partir en 1996, direction le Bayern Munich pour une somme modeste, après avoir donné ses plus belles années au club.

On dit souvent que les joueurs formés au club ont un attachement particulier. Avec Lizarazu, c'est vrai. Il n'a peut-être jamais été la star de l'équipe — difficile de l'être quand Papin marque 30 buts par saison juste devant toi — mais il en a été le poumon gauche, le métronome discret, le joueur qui fait tourner la machine sans jamais réclamer la lumière.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButsPasses D.
1986-1987Division 1---
1987-1988Division 1---
1988-1989Division 1251-
1989-1990Division 1302-
1990-1991Division 1341-
1991-1992Division 1332-
1992-1993Division 1 + C1381-
1993-1994Division 2301-
1994-1995Division 1321-
1995-1996Division 1281-
Total OMToutes compétitions~250~10-

Le palmarès à l'OM

  • Ligue des Champions 1993
  • Champion de France 1989, 1990, 1991, 1992
  • Coupe de France 1989

Cinq titres majeurs avec l'OM, dont la seule C1 de l'histoire du foot français. Pas mal pour un petit Basque arrivé en centre de formation à 17 ans.

Ce qu'on retient

On retient un couloir gauche qui lui appartenait. Pendant dix ans, personne n'a osé contester la propriété — c'était le territoire de Liza, point final. On retient un joueur fidèle dans un monde de mercenaires, un gamin du centre de formation qui a grandi avec le club et qui a tout vécu : la gloire européenne, le scandale VA-OM, la descente aux enfers. Et qui n'a jamais craché sur le maillot, jamais fait son intéressant, jamais oublié d'où il venait. Dans le football moderne, ça vaut de l'or.

Après l'OM

La suite, tu la connais. Bayern Munich pendant neuf saisons (avec un aller-retour), où il remporte tout ce qui existe en Allemagne et une Ligue des Champions en 2001. En équipe de France, il est titulaire lors du doublé Coupe du monde 1998 – Euro 2000, l'un des meilleurs latéraux gauches de la planète à cette époque. Reconverti en consultant télé (avec son compère Duga sur TF1), il reste une voix du foot français. Mais nous, quand on le voit sur un plateau, on pense toujours au gamin en maillot blanc qui cavalait sur le côté gauche du Vélodrome. Le Bayern et les Bleus l'ont eu en version star mondiale. On l'a eu en version brute, authentique, avant tout le monde. Et ça, personne ne nous l'enlèvera.