Basile Boli

Défenseur centralFrance1990-1993 legende
5Numéro
120Matchs
15Buts
1967-01-02Naissance

L'homme

Basile Boli est né le 2 janvier 1967 à Abidjan, en Cote d'Ivoire, avant d'arriver en France avec sa famille dans les annees 1970. Un de six freres — dont Roger, qui a lui aussi fait carriere dans le foot pro. Basile grandit a Perigueux, loin des projecteurs du football de haut niveau, mais avec une determination feroce et un physique taille pour le combat aerien.

Forme a l'AJ Auxerre, il y passe sept saisons sous la direction de Guy Roux, ce monument du football francais qui transformait des gamins en pros solides. Boli devient international francais en 1986 et se forge une reputation de defenseur implacable : dur au marquage, dominant dans les airs, capable de monter marquer sur coups de pied arretes. Pas le genre de type qu'on aime affronter un dimanche apres-midi.

Ce qu'on sait moins, c'est que Boli etait un personnage. Expansif, rieur, genereux. Le vestiaire de l'OM, bande de caracteres forts et d'egos surdimensionnes, avait besoin de mecs comme lui — des guerriers capables de mettre l'ambiance autant que les taquets.

À l'OM

Boli rejoint l'Olympique de Marseille en 1990, recrute par Bernard Tapie pour solidifier une defense qui doit porter le club au sommet de l'Europe. Le prix du transfert depuis Auxerre fait jaser a l'epoque, mais Tapie s'en moque. Il veut les meilleurs, et Boli est l'un des meilleurs defenseurs francais du moment.

A Marseille, il forme une charniere centrale redoutable avec Carlos Mozer, le Bresilien au temperament volcanique. Les deux se completent parfaitement : Mozer, la relance propre et l'elegance technique ; Boli, la puissance brute et l'agressivite dans les duels. Les attaquants adverses ont vite compris qu'il valait mieux ne pas trop s'attarder dans la surface olympienne.

Boli participe a l'epopee europeenne de l'OM depuis son arrivee. La demi-finale contre le Spartak Moscou en 1991, la finale perdue a Bari contre l'Etoile Rouge de Belgrade — il est la, il prend des coups, il en donne. La deception de Bari est immense, mais elle forge le caractere du groupe. On sait qu'on peut y arriver. Il faut juste revenir plus fort.

La saison 1992-1993, tout se met en place. Deschamps capitaine, Desailly en patron au milieu, Boksic et Voller devant, et Boli toujours intraitable derriere. Le parcours en Ligue des champions est une montee en puissance methodique. L'OM avance, match apres match, avec cette certitude tranquille que cette annee, c'est la bonne.

Et arrive le 26 mai 1993. Munich. Olympiastadion. OM contre AC Milan. La finale. Le match que tout un peuple attend depuis des annees.

Quarante-troisieme minute. Corner pour Marseille. Le ballon arrive dans la surface, Boli s'eleve au-dessus de la melee — au-dessus de Baresi, au-dessus de Costacurta, au-dessus de tout le monde — et catapulte une tete surpuissante dans les filets de Rossi. 1-0. Le Olympiastadion explose cote marseillais. Le Velodrome, a 800 bornes de la, entre en eruption.

Ce but, c'est LE but. Pas le plus beau techniquement, pas le plus improbable. Mais le plus important de l'histoire du club. Le but qui nous donne la Ligue des champions. Le but qui fait de l'OM le premier — et a ce jour le seul — club francais champion d'Europe. Boli ne marquera peut-etre jamais rien d'aussi grand dans sa vie. Mais un seul but comme celui-la, ca suffit pour l'eternite.

La suite de la soiree, c'est 47 minutes de resistance heroique face a un Milan qui pousse. Boli degage, Boli couvre, Boli s'interpose. Le 1-0 tient. L'OM est champion d'Europe. Les larmes de Boli sur le podium, son visage deforme par l'emotion — ces images sont imprimees dans la memoire collective de tous les supporters.

Les stats

SaisonCompetitionMatchsButsPasses D.
1990-1991Division 1354-
1991-1992Division 1335-
1992-1993Division 1304-
Total OMToutes competitions~120~15-

Pour un defenseur central, 15 buts en trois saisons, c'est du costaud. Surtout quand l'un d'entre eux vaut une Ligue des champions.

Le palmarès à l'OM

Champion de France : 1991, 1992. Vainqueur de la Ligue des champions : 1993.

Deux championnats et la C1. Trois saisons, trois titres majeurs. Le ratio est imbattable. Boli n'est pas reste longtemps a Marseille, mais chaque minute comptait.

Ce qu'on retient

On retient cette tete. Evidemment. Quand on ferme les yeux et qu'on pense a Boli, c'est cette image qui revient : le corps en extension, la nuque qui claque, le ballon qui file au fond, et ce cri de joie primitif. Un geste de guerrier, pas de technicien. Un geste a l'image du bonhomme.

On retient aussi le defenseur. Pas le plus rapide, pas le plus fin techniquement, mais un mur. Le genre de type que tu ne veux pas voir debarquer en face quand tu es attaquant. Boli te rentrait dedans, te bousculait, te faisait comprendre physiquement que la surface de l'OM n'etait pas un terrain de jeu pour tout le monde.

Et on retient l'emotion. Boli jouait avec ses tripes, celebrait avec son coeur, pleurait sans se cacher. Dans un football qui commencait deja a se deshumaniser, a se professionnaliser a outrance, il rappelait que le ballon rond reste une affaire de passion. Exactement ce qu'on aime a Marseille.

Après l'OM

Apres la finale de Munich, Boli quitte l'OM dans la tourmente de l'affaire VA-OM. Direction le Rangers FC en Ecosse, puis un passage au Japon. La fin de carriere est discrete, loin des sommets europeens.

Reconverti dans le monde des affaires et de l'evenementiel sportif, Boli reste une figure mediatique appreciee. On le voit regulierement dans les tribunes du Velodrome, toujours accueilli comme un heros. Et il le restera. Parce que dans l'histoire de l'OM, il y a un avant et un apres le 26 mai 1993. Et Basile Boli, c'est celui qui a fait basculer l'histoire d'un coup de tete.

Trente ans apres, quand le speaker du Velodrome passe les images de cette finale sur les ecrans geants, un frisson traverse les travees. C'est l'heritage de Boli. Un frisson. Un but. L'eternite.