André-Pierre Gignac

AttaquantFrance2010-2015 legende
9Numéro
190Matchs
77Buts
1985-12-05Naissance

L'homme

André-Pierre Gignac est né le 5 décembre 1985 à Martigues, dans les Bouches-du-Rhône. Oui, tu as bien lu — Martigues. Le mec est pratiquement né avec vue sur le Vélodrome. Avant de devenir le chouchou du virage, il a fait ses armes dans le football français à Pau, puis à Lorient, puis à Toulouse où il a commencé à empiler les buts avec une régularité de métronome. Pas le parcours classique du crack repéré à 14 ans — plutôt celui du bosseur qui monte les échelons un par un, à force de travail et de buts.

Physiquement, Gignac c'est un costaud. Pas le genre filiforme qui se faufile entre les défenseurs — plutôt le genre qui les bouge, qui prend appui sur eux, qui garde le ballon dos au but en attendant le soutien. Un avant-centre à l'ancienne, avec un jeu de tête solide, une frappe lourde des deux pieds, et surtout une générosité dans l'effort qui ne se voit pas chez tous les numéros 9. Gignac, il défend aussi. Il presse, il court, il se sacrifie. C'est pas juste un finisseur posé dans la surface — c'est un attaquant complet.

À l'OM

Son transfert à Marseille en 2010, en provenance de Toulouse pour environ 16 millions d'euros, arrive au bon moment. L'OM vient d'être champion de France, Deschamps est aux commandes, et le club cherche un buteur pour succéder à Niang et Brandão dans la hiérarchie offensive. Gignac débarque avec la pression du prix et l'étiquette de meilleur buteur français du moment. Au Vélodrome, on attend.

La première saison est compliquée. Pas catastrophique, mais Gignac peine à trouver ses marques dans un collectif en mutation. Les buts arrivent au compte-gouttes, les critiques fusent. Certains le trouvent trop lent, pas assez technique, pas au niveau d'un club qui vise l'Europe. Les réseaux sociaux — déjà virulents à l'époque — ne lui font pas de cadeau. C'est peut-être le passage le plus dur de son aventure marseillaise : ce moment où le public hésite entre confiance et déception.

Et puis Gignac fait ce que font les vrais : il s'accroche. Saison après saison, les stats montent. 2011-2012, il plante 21 buts toutes compétitions confondues. 2013-2014, rebelote avec 16 réalisations. 2014-2015, son dernier exercice, il termine meilleur buteur du club avec une vingtaine de pions. La machine est lancée, et ceux qui doutaient au début finissent par scander son nom.

Ce qui rendait Gignac spécial au Vélodrome, c'est pas seulement les buts. C'est l'attitude. Ce mec-là donnait tout, absolument tout, du coup d'envoi au coup de sifflet final. Quand l'OM perdait, il était le dernier à baisser les bras. Quand l'OM gagnait, il était le premier à aller saluer les virages. Il vivait le club de l'intérieur, pas comme un salarié de passage mais comme un supporter qui aurait la chance de porter le maillot. Les gens sentaient ça. Au Vélodrome, on pardonne les matchs ratés si tu mouilles le maillot. Gignac le mouillait — au sens propre comme au figuré.

Sous Bielsa, en 2014-2015, il connaît peut-être sa meilleure période. L'Argentin le fait jouer en pointe dans un système ultra-offensif, et Gignac profite des espaces créés par le pressing dément de l'équipe. Ses appels en profondeur sont mieux exploités, ses remises dos au but trouvent des partenaires lancés, et ses buts deviennent de plus en plus beaux. Le lob contre Nantes, la reprise de volée contre Rennes, le doublé contre Saint-Étienne — autant de moments gravés dans la mémoire collective.

En cinq saisons, Gignac compile environ 190 matchs et 77 buts avec l'OM. Des chiffres solides, pas extraordinaires sur le papier si on les compare aux monstres du poste, mais qui ne racontent qu'une partie de l'histoire. Parce que Gignac à Marseille, c'est pas une question de statistiques. C'est une question de connexion. Peu de joueurs ont autant incarné les valeurs du club — le travail, la passion, la combativité — dans une période où l'OM n'avait rien à offrir en termes de trophées.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
2010-2011Ligue 1 + Coupes + C14110
2011-2012Ligue 1 + Coupes4321
2012-2013Ligue 1 + Coupes3413
2013-2014Ligue 1 + Coupes + C13816
2014-2015Ligue 1 + Coupes + C33417
Total OM~190~77

Le palmarès à l'OM

Coupe de la Ligue : 2011, 2012

Trophée des Champions : 2011

Rien d'autre. Pas de Ligue 1, pas de Coupe de France. Gignac a traversé une période où l'OM vivait au-dessus de ses moyens sans jamais décrocher le gros lot. Les finales perdues, les saisons qui s'effilochent en avril, les classements décevants... il a tout connu. Deux Coupes de la Ligue, c'est mieux que rien, mais on sait tous que ce joueur-là méritait plus avec ce maillot.

Ce qu'on retient

On retient le grand Dédé. Le surnom dit tout — pas de chichi, pas de marketing, juste un mec que tout le monde appelle par son prénom comme un pote. À Marseille, Gignac c'était le voisin qui marque des buts. Celui qui va au restaurant sur le Vieux-Port et qui prend le temps de faire un selfie avec chaque gamin. Celui qui vit la ville, qui respire la ville, qui EST la ville.

On retient les buts, évidemment. La tête rageuse sur corner, le tir du gauche en pivot à l'entrée de la surface, le penalty calme et posé quand tout le stade retient son souffle. 77 buts en bleu et blanc, chacun célébré avec la même joie, la même course vers les supporters, les mêmes poings serrés. Pas de célébration chorégraphiée, pas de danse TikTok — juste un homme et son public.

On retient aussi le regret de ne pas l'avoir vu briller en équipe de France autant qu'il le méritait. 37 sélections, 7 buts — des miettes pour un attaquant de ce calibre. Giroud, Benzema et d'autres lui ont barré la route, et les sélectionneurs ne lui ont jamais vraiment fait confiance. L'injustice, les supporters marseillais connaissent bien.

Après l'OM

Le départ de Gignac en 2015, c'est l'histoire la plus improbable du football français. Libre de tout contrat, le buteur marseillais ne choisit pas la Premier League, pas un club espagnol, pas un projet doré au Moyen-Orient. Il signe aux Tigres de Monterrey, au Mexique. Le Mexique. Personne n'y croyait, tout le monde pensait à un coup de com. Dix ans plus tard, Gignac est toujours là-bas, meilleur buteur de l'histoire du club, idole absolue d'un pays qui l'a adopté comme un des siens.

Au Mexique, il a tout gagné. Cinq titres de Liga MX, des buts par centaines, un statut de dieu vivant à Monterrey. Les supporters des Tigres ont des tatouages de son visage, des fresques murales à son effigie, des chants à sa gloire. Le gamin de Martigues est devenu une icône de l'autre côté de l'Atlantique — et franchement, c'est la plus belle histoire de seconde carrière qu'on ait vue dans le foot français.

Pour les Marseillais, Gignac reste un des leurs. Il est parti, oui, mais il n'a jamais coupé le lien. Chaque interview, il parle de l'OM. Chaque retour en France, il passe par le Vélodrome. Le buteur du peuple ne s'est jamais pris pour un roi — et c'est exactement pour ça qu'à Marseille, on le traite comme tel.