Abedi Ayew Pelé

Milieu offensifGhana1987-1993 legende
7Numéro
150Matchs
30Buts
1964-11-05Naissance

L'homme

Il portait le nom du plus grand joueur de l'histoire et il ne l'a jamais déshonoré. Abedi Pelé -- né Abedi Ayew à Dome, un quartier d'Accra, le 5 novembre 1964 -- n'était pas un surnom usurpé. Le Ghanéen avait cette chose rare, ce truc qu'on ne peut ni acheter ni enseigner : le génie pur. La capacité de faire des choses avec un ballon que les autres ne voient même pas en rêve.

Trois fois Ballon d'Or africain (1991, 1992, 1993). Le seul joueur à avoir raflé le trophée trois années de suite. Au Ghana, il est un dieu vivant. En Afrique, il est dans le panthéon, au côté de Weah, de Drogba, d'Eto'o. Mais pour nous, supporters de l'OM, il est quelque chose de plus intime : il est l'homme qui nous a emmenés jusqu'aux portes du paradis... avant qu'on lui interdise d'y entrer.

Avant Marseille, Abedi avait déjà roulé sa bosse. Des passages au Qatar, au Benfica, au Niort (oui, Niort, faut bien commencer quelque part en France). Partout, il laissait des traces de sa classe, sans jamais trouver le club à la hauteur de son talent. Et puis il a débarqué au Vélodrome. Et là, tout a pris sens.

À l'OM

Six saisons. De 1987 à 1993, avec un prêt à Lille au milieu (1990-1991), Abedi Pelé a illuminé le Vélodrome de son talent. Six ans à faire lever 60 000 personnes de leur siège avec un crochet, une accélération, un centre millimétré. Le genre de joueur pour lequel tu prends ton abonnement. Celui qui te donne envie de venir au stade même quand il pleut, même quand l'équipe joue mal, parce que tu sais qu'à un moment, il va sortir un geste qui justifiera le déplacement.

Dans l'OM de Bernard Tapie, équipe de stars et d'egos surdimensionnés, Abedi avait sa place à part. Pas le plus médiatique -- Papin prenait la lumière avec ses buts, Waddle avec son dribble de gentleman anglais, Boksic avec sa frappe de mammouth. Mais sur le terrain, c'est souvent de ses pieds que partait l'étincelle. Il avait cette qualité de passe qui transformait un ballon anodin en occasion de but. Il voyait des espaces que personne d'autre ne voyait, et ses coéquipiers le savaient : quand Abedi avait le ballon, il fallait démarrer, parce que la passe allait arriver.

La saison 1992-1993, celle de la Ligue des champions, c'est son apothéose et sa tragédie. Match après match, il porte l'OM avec une régularité de métronome. En demi-finale retour contre le Bruges, le 21 avril 1993 au Vélodrome, il livre un de ses meilleurs matchs. L'OM gagne 2-0 (après avoir perdu 1-0 à l'aller) et se qualifie pour la finale. Abedi est dans tous les bons coups, inspiré, insaisissable, génial.

Et puis l'arbitre sort un carton jaune. Un carton jaune qui va changer l'histoire. Abedi en avait déjà accumulé dans la compétition, et cette accumulation le prive de la finale. Munich, le 26 mai 1993, la plus grande nuit de l'histoire du club, et lui, il sera dans les tribunes. Pas sur le terrain. Pas avec ses coéquipiers. Suspendu.

C'est la grande injustice de la carrière d'Abedi Pelé. L'homme qui a tant donné pour que l'OM arrive en finale n'a pas eu le droit d'y participer. Boli a marqué, Barthez a tenu, Desailly a défendu -- mais Abedi a regardé, impuissant, depuis les gradins. On a gagné, oui. On est champions d'Europe, oui. Mais il y a une amertume qui ne disparaîtra jamais : le meilleur joueur africain du monde, le magicien qui avait fabriqué tant de victoires en chemin, n'était pas là pour le dénouement.

Environ 150 apparitions, une trentaine de buts. Des chiffres honorables, mais qui ne racontent pas le dixième de ce qu'il apportait. Abedi, c'était le joueur de passes décisives avant que les stats de passes décisives n'existent vraiment. Le créateur, l'artiste, le type qui faisait briller les autres.

Les stats

SaisonCompétitionMatchsButs
1987-1988Division 1--
1988-1989Division 1--
1989-1990Division 1--
1991-1992Division 1 + C1--
1992-1993Division 1 + C1--
Total OM~150~30

Le palmarès à l'OM

Ligue des champions 1993 (bien qu'absent de la finale). Quatre titres de champion de France (1989, 1990, 1991, 1992). Le palmarès est riche, même si le titre de 93 a été retiré et ceux de 91 et 92 ont été contestés dans le sillage de l'affaire VA-OM. Ce qui reste indiscutable, c'est la Coupe aux grandes oreilles. Et Abedi en est un artisan majeur, quoi qu'en dise la feuille de match de la finale.

Ce qu'on retient

Le dribble, d'abord. Abedi Pelé avait ce dribble court, sec, avec un centre de gravité très bas qui le rendait presque impossible à déséquilibrer. Il recevait le ballon dos au jeu, se retournait en une fraction de seconde, et l'adversaire se retrouvait dans le vent. Des appuis de boxeur, une première touche de velours, et cette accélération -- pas la plus rapide du monde, mais suffisante quand tu as trois mètres d'avance sur tout le monde grâce à ta technique.

On retient l'injustice, bien sûr. Ce carton jaune contre Bruges, cette suspension pour la finale. Quarante ans plus tard (ou presque), ça fait encore mal. Imagine Zidane privé de la finale du Mondial 98 pour accumulation de jaunes. C'est exactement ce qui est arrivé à Abedi. La différence, c'est que Zidane avait la couverture médiatique pour que le monde entier s'en émeuve. Abedi, joueur africain dans les années 90, n'a pas eu cette chance.

On retient aussi l'héritage. Les fils d'Abedi -- André Ayew et Jordan Ayew -- ont tous les deux porté le maillot de l'OM (André avec un passage notable de 2007 à 2015). Le sang Ayew coule dans les veines du club. Quand André célébrait un but au Vélodrome, les anciens pensaient au père. La filiation est directe, le talent aussi, même si le génie pur du paternel reste inégalé dans la famille.

Après l'OM

Après 1993, Abedi quitte Marseille pour Lyon, puis pour plusieurs clubs européens (1860 Munich, Turin) sans jamais retrouver la magie du Vélodrome. La fin de carrière est celle d'un artiste qui cherche une scène à sa mesure et ne la trouve plus. Il prend sa retraite internationale en 1998, après avoir porté le Ghana dans des dizaines de matchs et de compétitions africaines.

Reconverti dans la politique sportive au Ghana, Abedi Pelé est devenu une figure publique respectée dans son pays, impliqué dans le développement du football ghanéen. Son héritage sportif est considérable : il a ouvert la voie aux joueurs africains en Europe, prouvé qu'un Ghanéen pouvait être le meilleur joueur d'une équipe qui gagne la Ligue des champions. Avant les Drogba, les Eto'o, les Salah, il y avait Abedi.

Pour nous, il reste le génie volé. L'homme qui méritait d'être sur cette pelouse à Munich et qui n'y était pas. Chaque fois qu'on regarde les images de la finale 93, chaque fois qu'on voit Boli marquer et les joueurs s'enlacer, il manque quelqu'un. On le sait. Ce quelqu'un, c'est lui.