Si on devait résumer l'OM en un chiffre, un seul, ce serait celui-là : 1993. L'année où Marseille est devenu le premier — et à ce jour le seul — club français à soulever la Ligue des Champions. Ce trophée-là, il écrase tout le reste. Il est la ligne de démarcation entre ceux qui ont touché les étoiles et ceux qui en rêvent encore. Mais l'OM, c'est pas qu'une nuit à Munich. C'est plus d'un siècle de titres, de coupes, de moments de gloire arrachés au destin. Alors oui, on va parler de tout. Parce que chaque trophée a une histoire, et chaque histoire mérite qu'on s'en souvienne.
La Ligue des Champions 1993 — le Graal
26 mai 1993, Olympiastadion de Munich. OM-AC Milan. Deux monstres du football européen face à face. Basile Boli, 43e minute, but de la tête sur corner. Le seul but du match. Fabien Barthez sort le match de sa vie. Deschamps, capitaine à 24 ans, organise la résistance. Desailly, prêté par Nantes, est un mur. Abedi Pelé illumine le côté gauche. Völler est devant. Et tout un peuple retient son souffle pendant 47 minutes après l'ouverture du score.
Ce titre-là, on l'a gagné avec les tripes, avec la grinta, avec cette capacité marseillaise à se transcender quand l'enjeu est immense. L'OM de Goethals, c'était pas l'équipe la plus belle du monde — c'était la plus dure à battre. Et ce soir-là, Milan, avec Van Basten, Maldini, Baresi, Costacurta, n'a rien pu faire. Le trophée aux grandes oreilles est parti à Marseille, et il n'en est jamais reparti — dans nos cœurs, en tout cas.
Les titres de Champion de France
Neuf titres de champion. Neuf fois l'OM au sommet du football français. C'est le deuxième palmarès de l'histoire de la Ligue 1 derrière Saint-Étienne (10), même si le PSG a depuis largement dépassé tout le monde en titres post-2012.
Le premier sacre remonte à 1929, la toute première saison du championnat professionnel français. L'OM est champion inaugural. Ça pose un club. Puis viennent 1937, 1948, et surtout une série de doublés dans les années 70 qui installent Marseille comme place forte. 1969 et 1971 — l'ère Skoblar. Josip Skoblar, le Yougoslave au pied gauche dévastateur, Soulier d'Or européen en 1971 avec 44 buts en championnat. Quarante-quatre. Un chiffre qui donne le vertige, dans une époque où les défenseurs avaient le droit de t'arracher la cheville sans carton. Magnusson, le Suédois, l'accompagne sur le flanc avec une vista de meneur et des centres au cordeau. Ce duo-là, c'est la première grande paire offensive de l'histoire du club.
1972, troisième titre en quatre ans. L'OM domine la France. Puis le club s'effondre financièrement, descend en D2 en 1980, et il faut attendre l'arrivée de Tapie pour revoir les étoiles. 1989, 1990, 1991, 1992 — quatre titres consécutifs. Du jamais vu. L'OM de Tapie écrase tout. Papin, Ballon d'Or 1991, marque des buts qu'on ne croyait pas possibles. Des reprises de volée en extension, des frappes de trente mètres, des retournés acrobatiques. JPP, c'est le buteur le plus dingue que le football français ait jamais produit. À ses côtés, Waddle dribble, Mozer défend, Boli frappe, et Deschamps court pour tout le monde. Quatre titres de rang, une mainmise totale.
Le neuvième et dernier ? 2010. L'OM de Deschamps — oui, le même, mais en costume cette fois. Avec Lucho González en maestro, Niang devant, Mandanda dans les cages, et un collectif soudé par un entraîneur qui sait ce que c'est de gagner. Ce titre 2010, on l'attendait depuis 1992 (le titre 1993 ayant été retiré après l'affaire VA-OM). Dix-huit ans de disette. Quand le coup de sifflet final retentit, la Canebière explose. Marseille est redevenu champion de France, et pour un soir, tout est oublié.
Depuis... rien. Quinze ans sans titre de champion. La plus longue période sans sacre depuis l'après-guerre. Les présidences passent, les entraîneurs défilent, les promesses s'empilent. Mais le dixième étoile attend toujours.
Les Coupes de France — dix trophées
Dix Coupes de France, ça en fait du cristal dans les vitrines. La première en 1924, cinq ans avant le premier championnat. La dernière en 1989, gagnée contre Monaco au Parc des Princes — un Payet-Papin, pardon, un Marseille-Monaco qui voit l'OM s'imposer 4-3 dans un match de légende. Papin, évidemment, est à la fête.
Entre les deux, des finales épiques. 1926, 1927, 1935, 1938, 1943 (en pleine Occupation, le football continue, la vie continue), 1969, 1972, 1976. La Coupe de France, c'est le trophée du peuple, celui où les petits peuvent battre les gros, où un soir de mai décide de tout. L'OM a souvent brillé dans cette compétition, porté par l'énergie du Vélodrome et la tradition de club de coupe.
Depuis 1989, plus rien. Trente-sept ans sans Coupe de France. Des finales perdues — 2006 contre le PSG (0-2, avec les buts de Pauleta qui font encore mal), 2007 contre Sochaux (2-2, défaite aux tirs au but, Bartez rate le sien). Des demi-finales ratées, des éliminations stupides par des clubs de division inférieure. La Coupe de France est devenue un terrain de souffrance pour l'OM, un trophée qui se refuse à nous comme si la coupe avait décidé qu'on l'avait assez portée.
La Coupe de la Ligue et les trophées nationaux
Trois Coupes de la Ligue : 2010, 2011, 2012. Un triplé qui coïncide avec la meilleure période récente du club, l'ère Deschamps puis celle de Baup. La Coupe de la Ligue 2010, c'est le premier trophée de la saison du doublé — doublé Coupe de la Ligue-Championnat, une combinaison qu'on n'avait plus vue depuis les années Tapie. 2011 et 2012 confirment la domination sur cette compétition que beaucoup de clubs snobaient, mais que l'OM prenait au sérieux. Trois finales, trois victoires. De l'efficacité.
Un Trophée des Champions aussi, en 2010, face à Montpellier. Un trophée d'apéritif, certes, mais un trophée quand même. On ne crache sur rien quand on a soif de titres depuis si longtemps.
La Coupe Intertoto 2005 — le trophée qu'on charrie
Il faut en parler, parce que les supporters adverses ne se privent pas de le faire. La Coupe Intertoto 2005, remportée sous la présidence Diouf, souvent moquée comme un trophée de seconde zone. Et c'est vrai que la compétition n'avait rien de glorieux — un tournoi d'été pour se qualifier en Coupe UEFA. Mais un trophée, c'est un trophée. Et si tu veux être précis, c'est surtout le moyen par lequel l'OM a accédé à la Coupe UEFA cette saison-là. Personne ne fait de défilé pour l'Intertoto. Mais personne ne refuse un trophée non plus.
La Ligue des Champions — au-delà de 1993
Le titre de 1993, on en a parlé. Mais le parcours européen de l'OM ne se résume pas à une finale. Demi-finaliste en 1990 (élimination contre Benfica dans des conditions douteuses), demi-finaliste en 1991 (défaite contre l'Étoile Rouge de Belgrade, futur vainqueur). L'OM de Tapie a cogné aux portes pendant trois ans avant de les défoncer. En 2012, l'OM atteint les quarts de finale sous Deschamps, éliminé par le Bayern Munich — futur finaliste. Un parcours honorable, dans une poule de la mort avec l'Inter et le Borussia Dortmund. Payet, Gignac, Mandanda — la génération qui a redonné un peu de lustre européen au club.
Et maintenant ?
Le palmarès de l'OM, c'est celui d'un géant du football français. Le seul club hexagonal avec une étoile de champion d'Europe sur le maillot. Neuf titres de champion, dix Coupes de France, trois Coupes de la Ligue. Mais c'est aussi un palmarès qui s'est figé. Depuis 2012, plus un seul trophée — pas même une Coupe de France, pas même un lot de consolation. Les vitrines sont pleines de poussière et de souvenirs.
Le supporter marseillais vit avec cette dualité permanente : la fierté d'un passé immense et la frustration d'un présent qui n'y fait pas honneur. On montre nos étoiles quand le PSG nous nargue avec ses milliards. On brandit 1993 comme un bouclier. Mais au fond, on sait que le palmarès a besoin de s'étoffer. Que le club a besoin de gagner, pas juste de se souvenir.
Un jour, le dixième titre de champion viendra. Une nouvelle Coupe de France aussi. Et peut-être — rêvons grand, c'est gratuit — une deuxième Ligue des Champions. Ce jour-là, on ajoutera un chapitre à cette page. En attendant, on relit les anciens en serrant les dents. Et on y croit. Toujours.