L'épopée Europa League 2018 : jusqu'au bout du rêve

2017-2018histoire

On n'y croyait pas, au début. Franchement, qui pouvait imaginer l'OM en finale européenne en 2018 ? Le club sortait d'années de purgatoire, de présidences calamiteuses, de mercatos ratés et de saisons à finir dans le ventre mou. Rudi Garcia était arrivé à l'automne 2016 pour remplacer Franck Passi, et l'ambiance n'était pas exactement au rêve continental. Pourtant, cette saison 2017-2018 allait nous offrir quelque chose qu'on n'avait plus ressenti depuis longtemps — ce frisson des grandes soirées européennes au Vélodrome, cette sensation que tout est possible quand 60 000 voix poussent dans la même direction.

Tout commence à Konyaspor

L'aventure démarre dès les tours préliminaires, en août 2017, face à Konyaspor. Deux matchs où on serre les fesses — victoire 1-0 à l'aller, match nul au retour. Rien de glorieux, mais c'est le ticket d'entrée. En phase de groupes, l'OM se retrouve avec Salzbourg, Konyaspor encore, et Vitória Guimarães. Le groupe passe sans trop de frayeurs, avec Payet qui commence à montrer des éclairs de ce qui va suivre. Le Dimitri de cette saison-là, c'est un joueur qui a quelque chose à prouver. Revenu de son exil londonien à West Ham, sifflé parfois pour son surpoids apparent, il porte un maillot qui pèse plus lourd que les autres. Et quand Payet a un truc à prouver, le Vélodrome tremble.

Braga, le déclic

Les seizièmes de finale tombent : Sporting Braga. Du costaud, du solide, du portugais bien organisé. À l'aller au Portugal, l'OM arrache un 0-1 grâce à un but de Germain — oui, Valère Germain a eu ses soirs de grâce. Au retour, le Vélodrome fait le reste. 3-0, score sans appel. Ce soir-là, on commence à se dire que cette équipe a un truc. Pas forcément du talent partout — la défense reste fragile, Rami fait des trucs qui filent des sueurs froides — mais il y a une âme. Mandanda dans les buts, c'est le patron. Le Steve de ces soirées européennes, c'est un gardien qui repousse l'impossible, qui harangue sa défense, qui fait lever le stade à chaque arrêt. Sans lui, l'épopée s'arrête en février.

Bilbao, le feu au Vélodrome

Huitièmes de finale. Athletic Bilbao. Les Basques, rugueux, passionnés comme nous, avec San Mamés en forteresse. Le match aller là-bas est un cauchemar : défaite 1-3. Trois buts encaissés à l'extérieur, ça sent la fin avant même d'avoir commencé. On se dit que c'est cuit, que le rêve s'arrête là, que c'était bien joli le temps que ça a duré. Mais on a oublié un détail — on est l'OM, et le Vélodrome ne laisse pas mourir ses équipes comme ça.

Le retour, c'est un des plus grands matchs de l'histoire récente du club. 65 000 personnes debout dès l'échauffement. Ocampos ouvre le score à la 9e. Le stade explose. Thauvin plante le deuxième à la 14e. En cinq minutes, on est revenu à hauteur. Le reste du match est un siège. Bilbao recule, subit, craque. Germain, encore lui, scelle la qualification. 3-1 au Vélodrome, le même score qu'à l'aller mais dans l'autre sens. La remontada marseillaise, celle qu'on raconte encore dans les bars du Vieux-Port.

Leipzig, la confirmation

Quarts de finale. Le RB Leipzig, machine allemande financée par Red Bull, jeune, athlétique, portée par les buts de Timo Werner. Sur le papier, c'est un cran au-dessus. À l'aller en Allemagne, l'OM fait un hold-up magnifique : victoire 1-2 grâce à des buts de Brandt — non, pardon, de Augustin contre son camp et de Rolando. Rolando, le défenseur portugais qu'on avait recruté un peu par défaut et qui choisit le meilleur moment pour être décisif. L'OM gère, souffre, tient bon. Au retour, rebelote : 5-2 score cumulé. Payet régale, Thauvin est partout. Le Vélodrome chante "Aux armes" comme si c'était la dernière fois. La demi-finale est là.

Salzbourg, les portes de la finale

Demi-finales. Red Bull Salzbourg. Encore Red Bull — on commence à connaître la maison. Le match aller au Vélodrome est tendu, serré, nerveux. L'OM l'emporte 2-0 grâce à un doublé de Rolando — ce même Rolando, improbable héros de cette campagne. Deux buts de la tête sur coups de pied arrêtés. Du Rolando dans le texte. Au retour en Autriche, Salzbourg pousse, revient à 2-1 au global, et tout le stade autrichien y croit. Mais Thauvin calme tout le monde d'une frappe sèche. 3-2 au total. L'OM est en finale.

En finale d'une coupe d'Europe. Vingt-cinq ans après Munich. Vingt-cinq ans après Boli, Deschamps, Barthez et la Ligue des Champions. Marseille va jouer une finale européenne à Lyon — ironie du calendrier, le match se joue au Parc OL, chez le voisin honni.

La finale, ou comment Griezmann a brisé Marseille

16 mai 2018. Groupama Stadium, Lyon. OM-Atletico Madrid. L'affiche fait rêver, mais on sait que l'Atletico de Simeone, c'est pas une équipe qu'on renverse au mental. C'est du béton, de la tactique, du vice. Et surtout, il y a Antoine Griezmann. Le gamin de Mâcon, celui qui a grandi à la Real Sociedad, qui porte le maillot des Colchoneros. Et qui est un enfant de la région — pas marseillais, non, mais pas loin. Le genre de détail qui rend la défaite encore plus amère.

Le match commence et l'OM tient. On se dit que c'est jouable. Mandanda repousse, Payet organise. Et puis la 32e minute arrive, et avec elle le moment qui va hanter les nuits marseillaises. Payet s'écroule. Le genou. On voit tout de suite à sa grimace que c'est grave. Il sort sur civière, en larmes, le visage enfoui dans ses mains. Le Vélodrome — enfin, les supporters marseillais massés dans un coin du Groupama — se tait. Parce que sans Payet, cette épopée n'existe pas. Et sans Payet, cette finale non plus.

Griezmann ouvre le score à la 21e d'une frappe que Mandanda ne peut que toucher sans la dévier assez. Gabi enfonce le clou en fin de match (49e de la seconde période, sur un contre). Et Griezmann, parce que le destin a un sens de l'humour cruel, plante le troisième. 0-3. Score fleuve, défaite sans appel. L'Atletico soulève le trophée, et Marseille regarde, les yeux rouges.

Ce qu'il reste de cette épopée

Le chiffre est brutal. 0-3 en finale. Mais réduire cette campagne au score final, c'est passer à côté de tout ce qu'elle a représenté. Pendant des mois, l'OM a renoué avec ce qui fait son ADN : l'Europe, les nuits de folie, les remontadas impossibles, un stade qui porte son équipe au-delà de ses limites. Payet a été immense. Thauvin, en feu cette saison-là (22 buts en L1), a été le meilleur joueur offensif du parcours. Mandanda a sorti des arrêts qui n'ont pas de nom. Même des mecs comme Rolando ou Germain, qu'on charriait le reste de l'année, ont eu leur heure.

Garcia a eu le mérite de construire un groupe soudé, même si sa finale tactiquement a été trop timide face au monstre Simeone. On peut lui reprocher des choix — ne pas avoir osé, avoir joué petit bras contre une équipe qui se nourrit de la peur de l'adversaire. Mais on ne peut pas lui enlever le chemin parcouru.

Cette Europa League 2018, c'est la dernière grande aventure européenne de l'OM à ce jour. Elle a rappelé à toute la France — et à l'Europe — que Marseille, c'est pas un club comme les autres. Que quand le Vélodrome s'allume, quand "Aux armes" résonne, quand 60 000 Marseillais décident que ce soir, on passe, alors il n'y a rien de rationnel qui tienne. C'est ça, être supporter de l'OM. On sait que ça va probablement mal finir. Mais le voyage... le voyage, lui, vaut toutes les finales du monde.